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ClimatLa Tribune de la COP21

Quand Carrefour calcule son prix du carbone

Photo de Marina Torre

Marina Torre

Publié le 27 novembre 2015 à 06:00 - Mis à jour le 27 novembre 2015 à 15:44

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Sans être au menu officiel de la COP21, des entreprises s’emparent de la tarification carbone comme outil interne au service de leurs politiques de responsabilité sociale et environnementale. Dans la grande distribution, gros contributeur d’émission de gaz à effet de serre avec le transport, Carrefour a fait ce choix. Mais ne l’associe pas à des mesures coercitives.

Calculer un prix du carbone afin d'évaluer d'éventuelles économies. Un nombre croissant d'entreprises tentent d'élaborer une telle tarification, même en interne. Parmi les dernières à se doter d'un tel outil figure Carrefour.

Cet élément fait partie des promesses du groupe dans le cadre du "manifeste" initié par le groupe belge Solvay (coté à Paris) et présenté publiquement ce 26 novembre, trois jours avant le démarrage officiel de la COP21 à Paris.

Une dizaine des 37 autres signataires français de cette nouvelle charte se voulant exemplaires ont également opté, en plus d'autres promesses en matière de développement durable, pour l'établissement d'une telle tarification interne du carbone.

Prix national ou international?

Chez Carrefour, ce fameux prix n'est pas encore fixé. Pour ce faire, "nous utiliserons une installation de production de froid", explique Bertrand Swiderski, le directeur de RSE du groupe. Les émissions générées par son utilisation seront ensuite converties en euros sur la base d'un taux qui reste lui-même à définir, et s'ajouteront au prix de l'appareil lui-même (afin d'intégrer le coût fixe de l'investissement).

Outre un moyen d'inciter à la réduction des émissions, cela permettrait ensuite d'évaluer les "émissions de CO2 qui ont pu être évitées" grâce à l'usage de nouvelles technologies plus "propres".

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Pour fixer ce prix justement, deux options sont à l'étude: un prix international qui s'appliquerait à toutes les filiales du groupe dans le monde, ou bien un prix par pays. La première n'est "peut-être pas la meilleure solution car les pays sont plus ou moins matures", juge Bertrand Swiderski.

Voulu par des chefs d'Etat, mais pas au menu de la COP21

Une coalition de chefs d'Etat a dit souhaiter l'établissement d'une telle tarification au niveau global, afin de piloter les politiques de réduction d'émissions de gaz à effet de serre.

>> Prix du carbone : tout le monde en parle... mais qu'est-ce que c'est ?

Le GIEC, dans son dernier rapport note à son propos:

"En principe, les mécanismes qui fixent un prix pour le carbone — y compris les programmes de plafonnement des émissions et d'échange de droits d'émission et les taxes carbone — permettent d'atteindre des objectifs d'atténuation d'une manière rentable, mais leur mise en œuvre a donné des résultats variables à cause, en partie, des contextes nationaux ainsi que de la conception des politiques.Les effets environnementaux à court terme des systèmes de plafonnement des émissions et d'échange de droits d'émission ont été limités en raison du manque de rigueur de l'application des quotas (éléments disponibles limités, degré de cohérence moyen). Dans certains pays, des politiques fiscales visant spécifiquement à réduire les émissions de GES (parallèlement aux mesures technologiques et autres) ont contribué à affaiblir le lien entre les émissions de GES et le PIB" (p.119 de la synthèse du rapport)

Prix flexible chez Walmart

Pourtant ce projet également désiré par des ONG ne figure pas à l'agenda des négociations officielles de la Conférence des Nations unies sur le Climat qui démarre le 30 novembre.

>> La « finance climat », joker de la COP21 ?

Ce qui n'empêche pas certaines entreprises de s'emparer de cet outil, en l'adaptant à leurs propres problématiques. Outre-Atlantique, en 2013, près de 30 grandes entreprises avaient créé le leur, d'après une étude de l'ONG britannique CDP. Parmi elles, le géant américain de la distribution Walmart, qui, sans dévoiler le détail du prix, a indiqué à l'association qu'il était fixé de façon flexible "afin de permettre d'évoluer avec le temps et les fluctuations externes des prix".

Engagements "volontaires"

Au delà de cette initiative,les grands distributeurs suivent chacun leur propre politique de réduction. En France, le projet d'instaurer un objectif commun, encadré par la loi, a fait long feu. Dans le cadre de la loi de transition énergétique, publiée au Journal officiel le 18 août 2015, il était en effet prévu que les entreprises de la grande distribution devaient réduire leurs émissions de gaz à effet de serre lié au transport et à la logistique d'au moins 10% d'ici à 2020 et de 20% d'ici 2025. D'ailleurs, à l'occasion des discussions parlementaires sur la loi de Transition énergétique, les économies de carbone de 12,5% entre 2009 et 2012 par unité de transport (en kg de CO2 par palette) attribuées à Carrefour avaient été citées.

Or, ces mesures étaient contenues dans l'article 44 (article 12 dans une première version) de la loi qui a été retoqué par le Conseil constitutionnel à la suite de la QPC posée par Les Républicains. Depuis, d'autres dispositions concernant le gaspillage alimentaire ont fait l'objet d'un engagement volontaire - donc non coercitif - de la part des grands distributeurs. Mais ce n'est pas le cas de celles qui prévoyaient l'obligation de mettre en place un plan de réduction des émissions dues au transport des marchandises avant fin 2016, et d'en faire part à l'Ademe d'ici le 31 décembre 2017.

Objectifs de réduction variés

Autrement dit, la réduction des émissions de gaz à effet de serre repose encore sur le bon vouloir des entreprises. "Nous nous sommes engagés à "réduire de 40% les émissions de CO2 de nos magasins dans le monde en 2025 (par rapport au niveau de 2010) et de 70% d'ici 2050", a rappelé de son côté Jérôme Bédier, le secrétaire général de Carrefour lors d'une conférence ce jeudi. La réduction des émissions liées au transport est incluse dans cet objectif.

Parmi les solutions proposées pour la réduire, outre l'utilisation de matériel frigorifiques moins gourmands en énergie - donc aussi sources d'économies financières -, Carrefour teste la production de biométhane à partir de déchets organiques. Le groupe compte mettre sur les routes quelque "200 camions assurant les livraisons en centre-ville" et utilisant ce biométhane d'ici 2017. Ces véhicules resteraient encore minoritaires dans un groupe qui compte près de 12.000 magasins dans le monde. Ce, même si le "nombre de camions sur les routes" a déjà été réduit de "25.000 entre 2012 et 2013" grâce à un nouveau système logistique visant à réduire les trajets à vide.

>> Quand Carrefour joue les bons élèves de la lutte anti-gaspillage

Chacun sa charte

De son côté, Auchan, qui a lui aussi signé le "manifeste" proposé par Solvay, sans évoquer la tarification du carbone, promet de son côté de réduire la consommation d'énergie de ses magasins et centres commerciaux de 20% d'ici 2018, principalement à travers des programmes de révision des matériels frigorifiques.

Des concurrents ont préféré apposer leur signature en bas d'autres textes. La charte Paris Action Climat a ainsi reçu celle du groupe Casino qui s'est lui aussi mis à poser des portes sur ses meubles réfrigérants et à éviter l'usage des fluides réfrigérants comme les hydrofluocarbures (HFC). Il met en outre en avant la démarche de sa filiale Franprix, livrée par voie fluviale en denrées alimentaires à Paris.

L'application de programmes de développement durables revêtent un caractère juridiquement plus complexe dans les groupements de franchisés. Ce qui n'empêche pas E.Leclerc, récemment objet d'une action de Greenpeace dans le cadre d'une campagne contre l'usage des pesticides, de communiquer sur ses propres démarches à travers un site dédié.

Une démarche "volontaire"

Enfin, quels que soient les objectifs et l'existence ou non d'une tarification interne du carbone ou pas, les fournisseurs, petits ou grands, ne sont pas nécessairement engagés par les déclarations d'intention de leurs donneurs d'ordre. Et rares sont ceux qui oseraient imposer des objectifs par contrat.

"Nous estimons que la responsabilité sociale des entreprises doit toujours être une démarche volontaire, sauf sur les Droits de l'Homme", affirme le responsable RSE de Carrefour. Et de citer les négociations en cours dans le cadre du Consumer Goods Forum avec les plus gros fournisseurs comme Nestlé, Danone ou Unilever, ou du côté des petits fournisseurs, son outil d'évaluation interne des émissions ou bien la mise en avant des initiatives prometteuses à travers un concours.

Pour aller plus loin :

Transport, poids lourd des émissions

Le secteur des transports est à l'origine d'environ 27 % des émissions de dioxyde de carbone (CO2) des pays de l'OCDE dont 80 % proviennent des transports routiers.

Prise isolément, la chaîne alimentaire dont les grands distributeurs sont une composante essentielle, connaît une répartition différente:

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Ce graphique est tiré d'une note du Commissariat général au développement durable datant de 2013 qui remettait en cause le bilan carbone des "circuits courts". Il ne mentionne pas la contribution du transport des autres marchandises, hors circuit alimentaire, et pourtant également présents dans les hypermarchés, supermarchés et magasins de proximité généralistes.

Marina Torre

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