Quand Carrefour joue les bons élèves de la lutte anti-gaspillage

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L'hypermarché Carrefour de Villeneuve-la-Garenne (11.000 m2) produit 1300 tonnes de déchets par an.
L'hypermarché Carrefour de Villeneuve-la-Garenne (11.000 m2) produit 1300 tonnes de déchets par an. (Crédits : © Charles Platiau / Reuters)
Le numéro trois mondial de la distribution dévoile ses coulisses... et ses poubelles. Une opération transparence à quelques semaines de la COP21 qui soulève toute la complexité de la gestion des déchets dans ce secteur.

Carrefour compte ses bons points "verts". Le groupe de distribution multiplie les occasions de mettre en avant ses efforts en matière de responsabilité sociale et environnementale (RSE). Il organise ainsi pour ses clients des visites guidées des coulisses de ses hypermarchés depuis le 5 octobre.

A Villeneuve-la-Garenne (Hauts-de-Seine) dans le centre commercial Qwartz inauguré début 2014, plusieurs groupes sont déjà venus découvrir le métier des boulangers, bouchers ou chefs de rayon - pour certains dès 7h30 du matin. L'occasion pour le distributeur de mettre en avant ses  "métiers", ou bien des producteurs de sa "filière qualité", marque de distributeur de gamme moyenne sélectionnant notamment des PME françaises. Comme Jérôme Vernhes, fournisseur de fromages venu de Savoie vanter son Beaufort d'alpage vendu 34,30 euros le kilo. Ou bien un couple d'éleveurs du Maine-et-Loire qui fait griller sa viande sur un petit stand, avec un petit air Salon de l'Agriculture.

Hypermarché-témoin

Ces producteurs ont fait le chemin jusqu'à cet hypermarché qui, à la veille de la journée de lutte contre le gaspillage alimentaire le 16 octobre, a aussi convié quelques journalistes pour un parcours surtout centré sur l'environnement. Cette très grande locomotive de 40.000 références alimentaires, presque autant dans le non alimentaire, deux étages et 11.000 m2 de surface, se voulait déjà exemplaire en matière d'innovation digitale. Elle se dévoile cette fois en vitrine "verte" pour le groupe.

"C'est un peu le prototype de ce que nous sommes en train d'essayer de faire", explique Jérôme Bédier, le secrétaire général de Carrefour, venu lui aussi pour l'occasion. Il ajoute:

"Notre projet pour 2016 consiste à commencer à mettre en place de manière opérationnelle un système dans lequel chaque patron de magasin devient l'acteur de sa propre RSE. Cela ne doit pas quelque chose que l'on fait pour faire plaisir au siège"

Sur place, cela passe concrètement par des formations dédiées pour un personnel qui serait incité à multiplier les astuces. "C'est notre boulanger ici qui doit savoir faire ses croissants aux amandes avec des croissants de la veille", explique par exemple Sylvain Belkhiter, le directeur de l'hypermarché.

1300 tonnes de "poubelles"

Au-delà de l'anecdote, le chantier se révèle bien plus vaste. La taille des "poubelles" d'un tel vaisseau-amiral en témoigne : elles contenaient 1290 tonnes de déchets 2014. Ici, 80% de son contenu serait recyclé selon son directeur. Un niveau bien supérieur au taux national de 67% affiché par un groupe qui compte près de 12.000 magasins dans le monde au total, dont 1500 hypermarchés.

La plus grosse partie des déchets valorisés - la moitié - est constituée d'emballages, servant notamment au transport de gros des marchandises. Plutôt "propre" il sont plus faciles à recycler que d'autres déchets. Mais tous les sacs plastiques, cartons et autres matériaux servant au conditionnement des produits eux-mêmes ne sont pas tous ne sont ni recyclés ni recyclables, surtout ceux qui servent au transport par le consommateur lui-même. "Vouloir supprimer les emballages de caisse est une fausse bonne idée car cela reste nécessaire pour le client", estime à cet égard Jérôme Bédier.

>> De Paris à San Francisco, les sacs plastiques perdront-ils leur droit de cité ?

Quant au "vrac" popularisé par les magasins bio, "ce n'est pas un succès commercial considérable", admet le secrétaire général de Carrefour qui affirme à propos de l'entreprise qu'elle "le premier vendeur de bio en France".

Le triste sort des bananes esseulées

Côté "bio" justement, quelques incongruités apparaissent. Comme ces sacs en plastique pour emballer des bananes biologiques estampillées du label équitable Max Havelaar. "La réglementation nous impose de séparer les fruits" biologiques des autres argue Bertrand Swiderski, le directeur de RSE du groupe en désignant un stand où tous les fruits du même type sont pré-emballés.

Ces sacs permettent surtout d'éviter les "célibataires", ces bananes solitaires écartées par des clients et qui ont le plus grand mal à trouver preneur une fois détachées de leur grappe. "La banane est le produit frais le plus vendu dans tous les magasins Carrefour du monde, devant la pomme", assure Bertrand Swiderski. Dans certains pays, afin de réduire les quantités détruites de ce produit coûteux à transporter, les solitaires (pas forcément bio) ayant encore bonne allure sont scotchées avec d'autres compagnes d'infortune, puis bradées.

Les moches prennent leur marque

Ici, le principe du "fruit ou légume moche", une trouvaille du rival Intermarché, fait un peu tiquer. "Pour une carotte qui pourrait être réutilisée pour faire de la carotte râpée c'est inutile, et puis cela génère une attente chez le consommateur", estime le responsable RSE. Mais, Carrefour référence tout de même depuis septembre la marque "anti-gaspi" qui produit à bas prix des flocons de céréales enrobés mal calibrés ou bien des camemberts difformes.

Plus original, pour tous les déchets organiques qui ne peuvent vraiment pas être commercialisés, l'hyper de Villeneuve-la-Garenne teste la méthanisation. Entre 5 et 6% des produits organiques sont ainsi récoltés et récupérés dans un compost pour produire du biogaz.

L'autre solution pour réutiliser ces déchets : les donner. Dans l'hypermarché de Villeneuve-la-Garenne, sur cent kilos d'invendus alimentaires, vingt kilos ont été donnés aux associations l'an dernier. Cela représente l'équivalent de 471.000 repas distribués. Au total, les hypermarchés du groupe en ont distribué 77 millions au total en France aux principales associations en charge de la redistribution. Un niveau stable depuis ces dernières années. "Notre objectif n'est pas d'augmenter les dons, mais de bien les valoriser en travaillant avec les associations afin d'essayer de créer les conditions pour qu'il y ait une bonne gestion du frais", précise Jérome Bédier.

Camions frigorifiques

La logistique, c'est justement le principale problématique des associations. Car la récupération des denrées réunies dans un hypermarché, a fortiori aussi grand que celui-ci, permet de constituer des stocks relativement importants en une seule fois. Celle des produits donnés par des magasins de plus petite surface nécessite plusieurs voyages donc des coûts plus élevés. D'où la nécessité de soutiens financiers pour acheter des camions réfrigérés par exemple. Cette année, la fondation Carrefour a donné 400.000 euros à des associations à cette fin, de quoi payer un peu moins de 20 véhicules, précise Sophie Fourchy-Spiesser, directrice de cette fondation.

Cette problématique logistique nécessitera des dons bien plus élevés si les plus petites surfaces de moins de 1000 m2 (et plus de 400 m2) participent aussi aux programmes de dons. Une proposition de loi en ce sens déposée au Parlement pourrait les y contraindre qui reprend le principe des mesures figurant dans la loi de transition énergétique censurées par le Conseil constitutionnel au cours de l'été.

Trois mois pour faire preuve de bonne volonté

Pour l'heure, les distributeurs ont promis que, même sans loi, ils généraliseraient la lutte contre le gaspillage aux magasins de proximité. Les représentants des principaux groupements ont en effet signé une convention proposée par Ségolène Royal, la ministre chargée de l'Ecologie, le 27 août. Non sans que certains rechignent pour la forme, le patron de E.Leclerc fustigeant même le ton de "maîtresse d'école" de la ministre qui critiquait les pratiques de javellisation quelques jours avant de convoquer les distributeurs.

Un point d'étape était prévu au bout de trois mois, qui doit donc avoir lieu fin novembre, pile au moment du lancement officiel de la Conférence des Nations unies sur le climat. D'ici là, pas sûr que les grands distributeurs auront eu le temps de se mettre au pas. Du moins l'exemple de Carrefour le laisse supposer. "Il y a déjà des choses qui se font dans les petites surfaces", indique Sophie Fourchy-Spiesser, qui évoque des initiatives près de Reims, à Rueil-Malmaison (92), ou encore des conserveries dans le Nord-pas-de-Calais. Mais "on pourrait faire davantage avec la proximité si les associations avaient la capacité de collecter les produits", reconnait-elle. Surtout, ces plus petits magasins sont souvent des franchisés pas nécessairement engagés comme leur tête de réseau.

De l'art de bien gérer sa marchandise

Reste que même étendus aux surfaces de proximité, ces dons ne représentent qu'une part restreinte de l'ensemble déchets des distributeurs. En matière de lutte contre le gaspillage, le plus logique serait de s'y prendre bien en amont pour limiter la suproduction."La base de l'anti-gaspi c'est de bien gérer sa marchandise", martèle même le secrétaire général de Carrefour.

Dans l'hyper-modèle de Qwartz, "nous ne produisons que les baguettes dont nous avons besoin" glisse par exemple son directeur Sylvain Belkhiter. Mais le magasin doit rester "attractif", intervient son supérieur hiérarchique Jérôme Bédier: "c'est ça tout l'équilibre et la difficulté, il ne faut pas que si l'on vient un peu tard le soir, il n'y ait plus qu'une baguette au rayon boulangerie." Une gestion plus raisonnée peut-être, mais pas question donc de renoncer à l'impression d'abondance dans les linéaires.

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Commentaires
a écrit le 19/10/2015 à 6:21 :
Cet article est bourré de fautes!
Marina c'est pas bien, il va falloir penser à te relire, à moins que quelqu'un n'ait pas fait son travail avant la mise en ligne...
Dommage le sujet est intéressant.
a écrit le 18/10/2015 à 18:53 :
Bon debut mais juste un début, tout petit début, à encourager (bravo pour la methanisation) mais qui devra aller bien plus loin en intégrant des normes précises sur la suppression des sur emballages à la source, sur les sur éclairages et sur l'absence d'espaces verts correctement traités, sur la confiscation de terres agricoles fertiles pour y construire des carrefours et autres temples pollueurs.... car pour faire oublier l'idéologie de ces temples de la surconsommation il va falloir que les mesures soient à la hauteur des dégâts causés et là y'a du boulot! Il ne suffit plus de faire de la cosmétique pour nous faire avaler la pilule, il faut des actions concrétes et courageuses, quitte à aller contre le consommateur!!!
a écrit le 18/10/2015 à 13:44 :
Ils arnaquent les actionnaires et salariés d'hyparlo lors de l Opr et jouent les grands communicateurs ! Un peu de modestie et plus d honnêteté ! Georges !👹🇨🇭

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