Comment la Corée du Sud renforce son influence sur la scène internationale avec la vidéo de PSY, vue un milliard de fois

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Le clip de Gangnam style vient de dépasser le milliard de vues sur Youtube.
Le clip de "Gangnam style" vient de dépasser le milliard de vues sur Youtube. (Crédits : <small>YouTube</small>)
Le déferlement du "Gangnam style" de PSY est à l'image de celui de la hallyu, le soft power à la mode sud-coréenne, fruit d'une volonté à la fois commerciale et institutionnelle. Ce clip a permi d'attirer l'attention du monde entier sur le pays du matin frais.

Ça y est ! Un clip dépasse le milliard de vues sur la plateforme de vidéos YouTube et son auteur n'est ni américain, ni européen, ni chinois mais... coréen ! Il s'agit du clip de l'artiste Park Jae-Sang alias PSY : "Gangnam Style". Cette célébrité soudaine lui aura permis d'engranger 8,1 millions de dollars en 2012 selon Associated Press. Mais c'est surtout un bel exemple de la hallyu, littéralement la déferlante coréenne, soit le soft power à la sauce de la Corée du Sud.

Depuis des années, ce petit pays asiatique tente de se démarquer de ses imposants voisins le Japon et surtout la Chine sur la scène internationale. Il mise notamment sur la diffusion de sa culture pour faire parler de lui à travers le monde. La volonté semble à la fois être d'origine privée mais aussi publique.

Une déferlante orchestrée par une industrie culturelle puissante...

D'un part, de puissantes maisons de production créent des "produits culturels" et développent une stratégie dans laquelle le marketing occupe une place prépondérante. Cela concerne par exemple la SM Entertainment, la YG Entertainment (qui produit PSY), la JYP Entertainment, qui "fabriquent" et promeuvent des groupes de k-pop (comprenez pop coréenne) comme Girls Generation, Super Junior, F(x), etc.

Ces labels s'appuient notamment sur l'usage des nouvelles technologies, avec une stratégie marketing très réfléchie sur Internet, pour diffuser cette pop acidulée. Et pour cause : la Corée du Sud est le pays le plus connecté au monde, environ 80% de ses habitants utilisant un smartphone.

Seok-Kyeong Hong Mercier est maître de conférences à l'Université Bodreaux III. Elle effectue des recherches sur les conséquences culturelles de la mondialisation. D'origine coréenne, elle estime que la hallyu est le fait d'une volonté essentiellement commerciale: "La k-pop est très pré-fabriquée, standardisée alors que la musique populaire traditionnelle est très variée". "Les sociétés privées qui montent de toutes pièces ces groupes s'adaptent à la culture occidentale tout en gardant une marque de la culture coréenne, les codes marketing sont définis en fonction de leur cible prioritaire : la Chine" explique-t-elle. Certains groupes existent même en deux versions : l'une avec exclusivement des membres coréens pour toucher le marché national, et l'autre (sous la même identité) avec certains membres chinois pour toucher leurs compatriotes. Ils dansent, chantent, s'habillent de façon identique. La ressemblance est même souvent poussée à l'extrême par le recours à la chirurgie esthétique.

...avec l'appui des institutions culturelles nationales

D'autre part, les autorités coréennes semblent prêtent à largement soutenir la diffusion de la k-pop, et de la culture coréenne en général, dans le but d'attirer l'attention internationale. "Notre pays ne disposepas de beaucoup de ressources naturelles", explique Jong-Soo Lee, le directeur du Centre culturel de Corée à Paris. "Il nous faut trouver le moyen de nous démarquer de la Chine sur le plan mondial et cela passe notamment par la diffusion de notre culture", poursuit-il. Une stratégie initiée, selon ses dires, par le premier président élu démocratiquement en Corée du Sud, Kim Dae-jung, qui exerça ces fonctions entre 1998 et 2003.

Il existe aujourd'hui 24 centres culturels coréens à travers le monde, celui de Paris a été l'un des premiers à voir le jour et emploie dix personnes. Il est doté d'un budget annuel d'un million d'euros dont la moitié directement versé pour le soutien de projets culturels (organisation d'expositions, de festivals, frais d'invitation d'artistes coréens en France...). Du 12 au 16 novembre dernier, s'est par exemple tenu le premier festival français dédié à la culture coréenne au sein de l'Université Paris Dauphine. Les jeunes campent une cible privilégiée de la stratégie des autorités coréennes. Ainsi, les centres culturels ont été chargé de sélectionner 35 adolescents étrangers fans de la culture coréenne et de les inviter tous frais payés au Festival International de la k-pop à Séoul, en octobre 2012. L'objectif ? En faire des ambassadeurs de la Corée à travers le monde, des sortes de VRP culturels en somme.

Au sein du Ministère de la Culture coréen, existent des départements dédiés à la diffusion de la culture du pays à l'international selon différentes thématiques : les mangas, les jeux vidéos, les films et séries télévisées, la k-pop, etc. L'enveloppe budgétaire qui y est dédiée atteint 10 millions d'euros par an.

La culture coréenne comme fer de lance de l'économie ?

"La k-pop est l'élément central de notre stratégie de vague culturelle", confiait Jong-Pil Shin, membre du service industrie culturelle du Ministère de la Culture coréen dans un reportage diffusé sur France 2 début novembre. "Cela se vérifie dans le tourisme, poursuivait-il, sur 10 millions d'étrangers venus en Corée du Sud en 2011, 1 million avait entendu parler de la Corée par la k-pop". A Séoul, des parcours touristiques à la mode hollywoodienne existent : il s'agit notamment de visiter les quartiers consacrés à la création cinématographique coréenne.

Une opinion qui ne fait que confirmer celle avancée par le Ministre de la Culture lui-même, Kwang Sik Choe, dans un reportage diffusé début 2012 sur Arte : "La k-pop contribue à améliorer l'image de notre pays. Elle a entraîné un intérêt pour la littérature coréenne, la musique traditionnelle et les produits coréens en général. Cette musique nous fait connaître dans le monde entier".

La Corée du sud est aujourd'hui le deuxième pays exportateur de musique en Asie, et le 8e au monde. En France, le label Polydor a flairé le filon en signant l'un des groupes leader du domaine : Girls Generation. Le soft power coréen n'en a pas fini de générer curiosité et revenus pour le pays du matin frais.

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>> DIAPORAMA PSY Gangnam Style : le "gag" de la fin du monde

>> INFOGRAPHIE Les chiffres du succès du clip Gangnam style (Mashable)

>> VIDEO : le clip de "Gangnam style"

>>  VIDEO "Gangnam Style" par YouTube

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Commentaires
a écrit le 22/04/2018 à 9:40 :
Petite rectification les Girls Generation, les super junior et les f(x) font partis de la SM Entertainment et non de la JYP
a écrit le 22/08/2013 à 1:44 :
Juste pour rectifier, le premier festival français consacré à la culture coréenne à eu lieu en 2011. C'était le Festival Korean Connection qui a été reconduit en avril 2012. Ensuite eu lieu le Festival à l'Unversité Paris-Dauphine (donc c'était le troisième festival français consacré à la culture coréenne).
a écrit le 22/12/2012 à 16:25 :
Très talentueux danseur, dans un clip dont j'ai entendu parler quand j'étais aux Etats-Unis et j'avoue que j'ai été agréablement surprise, ne pouvant m'empêcher de sourire quand je regarde le clip. Le phénomène Psy n'arrive que maintenant en France, comme quoi on a un train de retard sur les phénomènes planétaires, et n'en déplaise aux détracteurs et frileux de la mondialisation culturelle, ce clip a toutes les raisons de connaître un tel succès, et au festival des talents mondiaux, on risque de prendre le dernier train pour n'arriver à la fin ! Mais bon, on est tellement submergé ici par les théories sociales de gouvernance, que c'est le dernier de nos soucis. Je suis quand même agréablement amusée par ce clip, et ça ne me coûte rien, économie oblige, par les temps qui courent!
a écrit le 22/12/2012 à 13:10 :
allez une fois en discothèque en Corée. C'est chouette. "Gangnam Style" me rappelle des chansons entendues il y a 10 ans en corée. Remettez en!
a écrit le 22/12/2012 à 11:44 :
Quelle C..nerie!! et on appelle ça de la musique! seigneur !
a écrit le 22/12/2012 à 11:20 :
Le dynamisme du soft-power coréen est surprenant si on se rappelle que la Corée a la population et le PIB de l'Espagne. Son rayonnement en Chine et surtout au Japon est impressionnant mais reste plus discret en Europe. Il touche surtout les adolescents et autres adultes pré-pubère, un peu comme les mangas japonnais, mais il participe effectivement à l'image d'un pays jeune et dynamique. Tout en faisant oublier que le pays du matin calme est le pays ou on se suicide le plus au monde ! "http://www.leparisien.fr/flash-actualite-monde/le-suicide-un-fleau-dur-a-combattre-dans-une-coree-qui-prone-le-stoicisme-26-09-2012-2182086.php". La CHINE cherche aussi a imposer son modèle culturel, le dessin animé Kai-lan qui permet d'apprendre des mots en chinois en est un bon exemple. Mais je pense que le soft-power le plus dynamique est celui de l' INDE, bien qu'il ne semble pas découler d'une volonté étatique. Grâce à sa cuisine implantée partout dans le monde, et ses comédies musicales et autres clips qui font un vrai carton dans les pays ou l'on apprécie la chasteté des rapports. Les cours de danse indienne se développent également en occident. Le modèle culturel indien sera dans l'avenir celui qui concurrencera probablement le plus le modèle americain et occidental.
a écrit le 22/12/2012 à 0:59 :
La musique est assez souvent l'expression (un peu comme un cri profond et de tendance assez longue de l'ordre d'une décennie) d'une situation d'un pays ou d'une zone géographique et ce que traduit Gangdam Style, qui n'est qu'un élement émergent d'une partie de la musique coréenne et asiatique entre autres, semble comme dans d'autres situations similaires présager de changements à venir pour la zone concernée. Par exemple (toutes proportions gardées !) l'influence de Chopin est à l'origine de toute une lignée de compositeurs tels Gabriel Fauré, Maurice Ravel, Claude Debussy, Sergueï Rachmaninov, Alexandre Scriabine et une certaine expression musicale qui traduisait le changement plus profond d'une situation d'une zone géographique. A cette période d'expression musicale riche, innovante et comme un cri ou une alarme a succédé des changements qui se sont traduits par la guerre de 1870 puis consécutivement 1914 en Europe. A la période Charleston 1923/1928 a succédé la crise de 1929. A la période Beatles/ Rolling Stones a succédé les révoltes de 68 en Europe, la crise du pétrole etc soulignant un écart de modes de vies et une fracture de plusieurs mondes. La période K-Pop et une certaine forme de musique asiatique pourrait présager dans une période d'une décennie environ d'une instabilité de la zone asiatique qui peut se traduire par des tensions ou conflits, voire des choses plus positives comme l'effondrement du régime nord-coréen qui se distancie de son environnement régional et ce à quoi les chinois semblent se préparer à terme, même si pour le moment la situation arrange ces derniers comme les américains ou les japonais, qui eux n'ont pas très envie d'avoir un concurrent réunifié plus important. On a déjà étudié la musique et ce que cela présageait ou traduisait des situations économiques comme par exemple l'a fait le NYU Polytechnic - Department of Finance and Risk Engineering en novembre 2010 dans une étude et beaucoup d'autres. Il est assez probable que l'on assiste à un changement à venir et une situation plus critique sur la zone asiatique qui s'est développée en créant des déséquilibres qui peuvent aboutir à des conflits. L'étude de la musique africaine actuelle traduit quant à elle pour plusieurs pays une phase d'essor et d'innovation, on peut dire que la traduction de l'étude de cette musique est assez positive en général. A l'inverse celle de la musique russe actuelle traduit plus une remise en cause, une recherche et un certain malaise qui est plutôt négatif que seulement neutre. Bref, on pourrait sans doute dire sans trop se tromper : "écoutez les musiques actuelles d'un pays et les paroles des chansons, pour peu que la culture ne soit pas trop bridée et vous pourrez sans doute voir l'avenir de son peuple se dessiner avec quelques années d'avance" ! Pour la France c'est neutre actuellement mais çà pourrait basculer positif, un peu de patience !
Réponse de le 23/12/2012 à 1:20 :
Je viens de regarder une émission sur Elvis Presley sur Arte, et la conclusion sur l'évolution de la musique du King rejoint assez bien votre commentaire sur la musique comme reflet du destin d'un pays. En ce qui le concerne, il a été en phase avec trois générations : les années 50, où il était rebelle,; les années 60 où il était perdu, les années 70 où il s'est auto-détruit. Je ne pouvais jamais avoir de recul sur les années 70, étant en plein dedans, et de penser que c'était l'époque de l'auto-destruction, c'est soudain comme une révélation sur ma génération, pas tout à fait faux... À méditer!

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