« La plaie de la compression du son n’a plus de raison d’être ! »

Propos recueillis par Charles de Laubier, Edition Multimédi@

Propos recueillis par Charles de Laubier, Edition Multimédi@
YVES RIESEL - Lyra regroupe la maison de disques Abeille Musique créée en 1997 et Qobuz créée en 2007. Les deux sociétés font du numérique, lequel génère 60% du chiffre d'affaires de l'ensemble. Mais Abeille Musique, qui est toujours engagée dans la vente de CD, la production et la distribution, fait essentiellement de la vente aux professionnels (B2B). Tandis que Qobuz fait de la vente aux particuliers (B2C). Ce changement de dénomination ne concerne pas le clivage physique/numérique. Il vise à donner de la force à la marque Qobuz, qui maintenant s'ouvre à l'international, et à montrer la totale cohérence du métier de distribution de musique des deux sociétés.
La bande passante n'est plus une excuse suffisante pour expliquer la persistance du MP3 que rien ne justifie, sauf l'effrayant désintérêt de tant de services de musique en ligne pour la qualité sonore qu'ils délivrent. Véritable plaie de la musique depuis quinze ans, la compression du son n'a plus de raison d'être ! D'autant qu'il y a bien sûr un attrait pour une meilleure qualité de musique, ce que prouve le succès immédiat qui a suivi notre ouverture dans d'autres pays. Le son « Studio master 24 bits », qui est notre produit très haut de gamme, transporte jusqu'à six fois plus d'informations musicales que la « Qualité CD 16 bits/44,1 kHz » !
J'avais protesté, et j'avais eu raison. Tout le monde voit bien pourquoi aujourd'hui : parce que ce deal créait une grave distorsion de concurrence avec les autres services français, lesquels ont été plaqués au sol pendant trois ans... Mais les services dont vous parlez ne font pas le même métier que nous, et nous ne souhaitons pas faire le même métier qu'eux. Ou alors comparez McDonald's et Troisgros !
Ne sont comparables ni la manière, ni la taille, ni les buts, rien. Ces services font du gratuit pour engranger des millions de noms et ensuite tenter un jour de faire un peu payer leurs utilisateurs. Cela suppose une mobilisation de capital importante, qui ne va pas à la musique et qui ne va pas vraiment au marketing de la musique. Nous, nous créons des produits musicaux innovants ; nous avons une feuille de route avec des dizaines de projets originaux qui amélioreront la vie et la joie des amateurs de musique.
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Nous visons un public pour lequel la musique n'est pas du domaine des « utilities » mais de la passion, et qui accepte de payer pour leur passion. Là où il y a du désir, les gens acceptent de payer. Le consentement à payer n'a pas forcément à voir avec les moyens financiers des clients.
Je pense que le clivage téléchargement à l'acte/streaming est désormais caduc. On possédera des droits sur de la musique dans le « nuage », et ces droits pourront être définitifs, ou temporaires, voire limités par le répertoire, segmentés par la qualité, par l'animation du service, etc.
Chez Qobuz, je préfère dire que nous faisons du téléchargement définitif ET du streaming incluant du téléchargement temporaire - le tout étant accessible depuis le cloud. Voilà quels devraient être les mots exacts pour désigner ce que l'on a trop longtemps appelé téléchargement à l'acte et streaming.
Je ne voudrais pas être désagréable avec quiconque, mais je n'en attends strictement rien. Le sujet du partage de la valeur est le type même de la mauvaise question à un problème qui ne se posait pas. Les producteurs de musique aujourd'hui sont souvent affaiblis, et on les met encore une fois en accusation au lieu de les soutenir. Pour partager quoi que ce soit, il faut d'abord qu'il y ait quelque chose à partager.
Et c'est ce que nous devons imaginer, nous les services de musique en ligne : permettre aux labels, c'est-à-dire aux artistes, de s'en sortir avec le streaming, nécessite de déchaîner un peu plus d'imagination marketing et d'amour pour les musiques.
Propos recueillis par Charles de Laubier, Edition Multimédi@
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