Air France, pourquoi "l'après-grève" sera plus dur que la grève

Si la grève des pilotes a des conséquences financières et commerciales désastreuses, son issue fragilise les prochaines négociations sur de nouveaux plans de compétitivité pour l'ensemble des personnels prévus dans le prochain plan stratégique 2015-2020.
Fabrice Gliszczynski

4 mn

Si les pilotes gagnent leur bras de fer, les autres catégories de personnel risquent aussi de monter au créneau.
Si les pilotes gagnent leur bras de fer, les autres catégories de personnel risquent aussi de monter au créneau. (Crédits : reuters.com)

Avec près de 60 millions d'euros de pertes d'exploitation enregistrées depuis le début du conflit, lundi, la grève des pilotes d'Air France pèse fortement sur les comptes de la compagnie. Une poursuite du mouvement la semaine prochaine, comme menace de le faire le syndicat national des pilotes de ligne (SNPL), majoritaire, compromettra l'objectif d'un retour à l'équilibre en fin d'année, après six années de pertes consécutives durant laquelle Air France a cumulé plus de deux milliards d'euros de pertes d'exploitation !

Nouvelles mesures de réductions des coûts

Pourtant, aussi grave soit cette grève sur le plan financier et commercial, l'"après-grève" s'annonce encore plus compliqué pour Air France. Pourquoi ? Car Air France-KLM prépare un nouveau plan stratégique 2015-2020 (Perform 2020) très ambitieux en termes de rentabilité, qui vise un retour sur capitaux employés compris entre 9 et 10% en 2017, un niveau jamais atteint dans l'histoire du groupe, même quand il était au top de sa forme entre 2004 et 2007. Or, la réusssite de ce plan passera notamment par une réduction encore très forte des coûts qu'il faudra négocier avec toutes les catégories de personnel. Et ce de manière décentralisé puisque, contrairement au plan Transform 2015 où chaque catégorie du personnel devait baisser ses coûts de 20%, Alexandre de Juniac fixera dans le prochain plan des objectifs adaptés à chaque activité.

Avant la grève, ces négociations s'annonçaient déjà compliquées puisqu'elles vont encore demander de nouveaux efforts aux salariés, après trois années de régime sec. Après la grève, elles le seront davantage. Ce conflit laissera des traces.

"Nous ne serons plus dans le même contexte qu'avant le conflit, il faudra reformuler le dialogue social", explique un dirigeant d'Air France, qui s'interroge sur la manière de renégocier avec les syndicats les plans de compétitivité. Et ce quel que soit le scénario de sortie de grève, lequel sera crucial.

Quelle sortie de grève?

S'il donne l'impression que les pilotes ont gagné leur bras de fer, les autres catégories du personnel risquent de montrer au créneau pour obtenir eux aussi des satisfactions.

"Si les revendications des pilotes sont satisfaites, ne serait-ce que partiellement, cela peut générer des tensions dans les autres syndicats, notamment ceux des personnels commerciaux qui pourraient être tentés de demander des concessions similaires", explique un syndicaliste.

En outre, dans ce scénario, il sera évidemment difficile pour la direction d'aller négocier des gains de productivité supplémentaires auprès autres catégories de personnel.

Elections professionnelles chez les pilotes

Si au contraire, la sortie de grève s'apparente à une défaite des syndicats, ce sera cette fois compliqué d'aller arracher de nouveaux accords de compétitivité avec eux. Surtout si le SNPL, majoritaire, devait sortir affaibli du conflit auprès des pilotes. En effet, en mars prochain, se tiendront les élections professionnelles.

"En cas de compromis mal ficelé pour sortir de la grève, le SNPL peut se retrouver affaibli et perdre du terrain face aux autres syndicats de pilotes. Si on se retrouve avec trois syndicats de pilotes représentatifs ce sera une catastrophe pour Air France, explique un pilote.

En raison de leur influence mais aussi de leur pouvoir de nuisance, les pilotes sont dans toutes les compagnies des acteurs majeurs de la compagnie.

Un point de vue partagé par un dirigeant.

"Si les élections sont merdiques, ce sera difficile pour nous pendant longtemps", explique cette source. La direction préfère disposer d'un interlocuteur fort. Le paysage syndical des PNC est souvent montré en exemple. Aucun des trois syndicats représentatifs ne possède les 30% des voix, nécessaires pour signer un accord d'entreprise.

Aujourd'hui le SNPL est ultra-majoritaire avec plus de 70% des voix. Réformateur au cours de la dernière décennie (accords sur la création de Transavia, sur les bases de province, sur Transform 2015), le SNPL a perdu de l'audience auprès des pilotes. Au printemps, lors des dernières élections du conseil d'administration d'Air France, le SNPL a perdu son siège au profit du SPAF, beaucoup plus radical. Certes les élections incluaient les filiales régionales dans lesquelles le poids du SNPL est moindre. Ce qui ne sera pas le cas pour les élections professionnelles. Certes, le candidat SNPL n'avait pas le meilleur profil pour représenter les pilotes moyen-courrier, les plus inquiets sur leur avenir. Il n'empêche, pour la direction, ce calendrier électoral joue énormément dans le durcissement actuel du SNPL. Pour autant, l'hypothèse d'une sortie de grève défavorable au SNPL est à nuancer compensé par la tenue d'un référendum auprès de tous les pilotes sur le scénario de sortie de crise.

Bref, "pour sortir par le haut, il ne faut pas qu'il y ait de vainqueur", explique-t-on en interne...Difficile dans un bras de fer. Pour l'heure ce dernier continue. Il pourrait s'étendre à la semaine prochaine.

Fabrice Gliszczynski

4 mn

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Commentaires 19
à écrit le 20/09/2014 à 18:22
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Je suis pilote de ligne, j'ai quitté la France pour fuir le culte de la personnalité et les egos démesurés des pilotes Français en particulier d'AF . Jamais je ne travaillerai pour une compagnie où officient autant de blaireaux. Quand la compagnie...

à écrit le 19/09/2014 à 22:57
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Syndicats d'en bas, syndicats d'en haut : une constante, la lacheté ! Quelle honte ! Voila pourquoi le france coule...nous sommes ruinés. La solution : l'éradication du gauchisme et du syndicalisme inhumain français. Le monde rigole, la france est as...

à écrit le 19/09/2014 à 22:30
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@pnc je ne crois pas à votre pseudo , sinon vous sauriez que votre syndicat soutient le mouvement ou alors c'est que vous n'avez rien compris .

le 20/09/2014 à 11:10
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Vous ne croyez pas a mon pseudo ? C' est votre droit ! Je n'ai rien compris ?! Je travaille chez air France depuis 27 ans et les pilotes je les connais très bien ! Combien de grèves contre l'adaptation a la vérité du marche ? 1992 1998 2000 2007 et j...

à écrit le 19/09/2014 à 21:38
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Quel gâchis ! Quel dommage ! Des pilotes aveugles et sourds et des TPMG ... ( tout pour ma gueule ) ...

à écrit le 19/09/2014 à 19:47
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Une entreprise qui fut une référence il y a longtemps mais minée de l'intérieur par le syndicalisme et les droizakis. On lui souhaite de disparaitre ou de passer sous contrôle étranger. Une citadelle franchouillarde de moins... Les autres suivront. T...

à écrit le 19/09/2014 à 18:12
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L'après grève, c'est la faillite non?

à écrit le 19/09/2014 à 17:00
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Il faut licencier les pilotes, il y en a d'autre qui attendent a la porte !

le 28/09/2014 à 23:40
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grande classe et tellement intelligent...

à écrit le 19/09/2014 à 13:47
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A vouloir mettre les nations en concurrence sans utiliser les mêmes règles et à mettre un fardeau sur les épaules des entreprises, voilà à quoi on en arrive. Tout le monde est en concurrence avec tout le monde et c'est la guerre. Les pilotes ont les ...

le 20/09/2014 à 7:07
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OK. Raisonnons dans la zone euro; il y a des différences liées à la démographie, au capital humain et à l'énergie. Cherchons les points de différence et établissons une réforme fiscale permettant de réduire les différences. Merci.

à écrit le 19/09/2014 à 13:20
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Je ne comprends pas ce mouvement : Les pilotes Transavia sont, comme le reconnaissent même les responsables du SNPL, aussi bien voire mieux payés que leur équivalent chez Air France ; L'augmentation du nombre d' avions chez Transavia augmenterait l...

le 19/09/2014 à 14:22
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Je croyais que vous étiez pilote chez HOP, formule que vous utilisez souvent.

le 19/09/2014 à 14:23
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Vous ne comprenez pas le mouvement, c'est la première fois que vous ne comprenez pas quelque chose.

le 19/09/2014 à 14:24
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Vous travaillez aussi dans la saucisse de Lyon, vous n'en parlez jamais.

le 19/09/2014 à 14:26
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Le DG AF va faire appel à vous pour les négociations avec les pilotes.

le 19/09/2014 à 20:51
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Où en êtes vous avec vos Audi, je suis preneur mes enfants adorent les voitures en plastique.

à écrit le 19/09/2014 à 13:03
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La solution ne concerne pas uniquement AIR FRANCE mais toutes les entreprises; cela s'appelle le pacte de responsabilité.

le 20/09/2014 à 7:11
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Tout est expliqué page 12 de la note n°6 du conseil d'analyse économique du premier ministre.

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