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Air France : un « Oui » au référendum ne changerait pas l'équation économique

Photo de Fabrice Gliszczynski

Fabrice Gliszczynski

Publié le 02 mai 2018 à 15:11 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:01

Air france prevoit d'assurer 75% de ses vols mardi

Air france prevoit d'assurer 75% de ses vols mardi

Marcus Donner

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Vendredi 4 mai, en fin de journée, Air France communiquera le résultat de la consultation lancée auprès de ses salariés sur sa proposition d'augmentation salariale. En cas de victoire du "Non", le Pdg d'Air France-KLM démissionnera. Si le "Oui" l'emporte, le différend salarial pourra être tranché mais les grandes questions stratégiques ne seront pas réglées.

À deux jours du résultat du référendum de la direction d'Air France sur sa proposition d'augmentation salariale (+7% de 2018 à 2021) destiné à court-circuiter une intersyndicale arc-boutée sur sa revendication d'une hausse de +5,1% pour la seule année 2018, nombreux sont ceux parmi les salariés, les hommes politiques ou observateurs en tout genre, qui n'hésitent pas à faire le parallèle avec le référendum salvateur de 1994 gagné par le président de l'époque Christian Blanc.

"Oui pour l'avenir d'Air France"

Ils appellent à voter "Oui" pour soutenir la stratégie de croissance du Président actuel, Jean-Marc Janaillac, lequel a promis de quitter ses fonctions en cas de victoire du "Non" », et pour donner "un avenir" à la compagnie. Comme ce fut le cas en 1994, le "Oui" ouvrirait la voie à un avenir radieux quand le "Non" plongerait l'entreprise dans le chaos. Le scénario du départ de Jean-Marc Janaillac et d'une intersyndicale toute puissante paralyserait en effet une compagnie qui n'avait déjà pas beaucoup bougé depuis les 15 jours de grève des pilotes en 2014. Le temps de lancer le processus de recrutement d'un nouveau Pdg et que ce dernier s'empare des dossiers de la compagnie, il faudrait pratiquement un an avant de relancer la machine. Pour autant, la victoire du "Oui" ne garantirait pas un avenir plus serein à Air France comme ce fut le cas en 1994, quand bien même la participation et le résultat devaient tourner au plébiscite pour Jean-Marc Janaillac.

Car les deux référendums n'ont de point commun que le nom. Le premier portait sur un projet industriel d'envergure visant à sauver une compagnie qui était cliniquement morte quand le second ne doit trancher qu'un « simple » différend salarial dans une compagnie qui, même si elle est en retard par rapport à ses concurrents, a enregistré sa meilleure année financière en 2017.

Même en cas de "Oui" franc et massif comme ce fut le cas en 1994 (83,55% de participation et 82% de salariés favorables au plan de Blanc), la problématique d'Air France ne changera pas. Certes, il pourrait permettre à la direction de remettre à la signature des syndicats sa proposition salariale que pourraient signer plus facilement certains syndicats.

Mais, la compagnie devra toujours trouver les moyens d'être suffisamment solide pour non seulement financer sa croissance mais aussi pour résister à un retournement de l'environnement. Déjà, avec une victoire du "Oui", Air France augmenterait ses coûts alors que sa situation compétitive demande qu'elle les baisse (d'autant plus qu'elle a échoué l'an dernier à tenir son objectif de baisses des coûts unitaires de 1,5%), et ne serait par ailleurs sûre de mettre fin à cette grève qui a déjà coûté 300 millions d'euros, même si celle-ci, de moins en moins suivie, risque de s'éteindre d'elle-même.

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Surtout, même avec une victoire du "Oui", les grandes mesures stratégiques resteront à prendre. Soit dans le cadre des négociations spécifiques avec les pilotes en échange d'une hausse de rémunération, comme cela est envisagé pour le développement de la low-cost Transavia pour lequel l'accord des pilotes est obligatoire, soit dans le cadre du plan stratégique qui doit être présenté en septembre, lequel doit notamment se pencher sur des dossiers aussi lourds que la restructuration de Hop et de tout le réseau court-courrier ou le démarrage ou pas d'une activité low-cost long-courrier. Le tout déterminant de grosses commandes d'avions. Or, dans une entreprise une nouvelle fois déchirée avec une ambiance détestable entre les salariés, un référendum qui désavouerait les syndicats risquerait d'influencer les mesures à prendre. Pour ne pas heurter davantage des syndicats dont l'irritation serait décuplée par la victoire du "Oui" au référendum, la direction oserait-elle prendre en effet les décisions nécessaires à ses yeux pour s'adapter à un monde qui bouge ?

Fabrice Gliszczynski

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