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Choix des PDG, British Airways diffère d'Air France et de Lufthansa

Photo de Fabrice Gliszczynski

Fabrice Gliszczynski

Publié le 10 novembre 2015 à 06:00 - Mis à jour le 13 juin 2018 à 05:59

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Pour diriger sa plus grosse filiale - la très britannique British Airways -, IAG a choisi de nommer l'Espagnol Alex Cruz, PDG de la compagnie à bas coûts du groupe, Vueling. Cette façon de procéder tranche avec celle de ses concurrents. Voir un Hollandais à la tête d'Air France ou un Français à KLM est par exemple inconcevable.

En plus de se distinguer par une excellente performance financière, IAG (la maison-mère de British Airways, Iberia, Vueling et Aer Lingus) se distingue aussi par une approche de la gouvernance plutôt particulière par rapport à ses concurrents européens. Qu'on en juge: vendredi 6 novembre, le groupe nommait à la tête de British Airways (sa plus grosse filiale) l'Espagnol Alex Cruz, 49 ans, actuel Pdg de Vueling, la compagnie espagnole low-cost du groupe. Il remplacera en avril prochain Keith Williams qui se retirera après dix-huit années passées dans la compagnie britannique.

Esprit d'entrepreneur

Cette nomination traduit l'esprit qui règne au sein de ce groupe aérien, né du mariage en 2011 de British Airways et d'Iberia, auxquelles ont été ajoutées depuis Vueling en 2013 et Aer Lingus tout récemment : choisir le meilleur profil, indépendamment de son ancienneté dans la compagnie ou dans le groupe, et encore moins de sa nationalité.

Alex Cruz n'a travaillé dans aucune des deux compagnies fondatrices d'IAG (British Airways et Iberia) et a intégré le groupe en 2013 seulement, au moment du rachat de Vueling par IAG. Après avoir débuté sa carrière chez American Airlines, puis embrassé la carrière de consultant dans l'aviation, Alex Cruz a lancé la compagnie à bas coûts espagnole Clickair en 2006 (dans laquelle Iberia prit une participation) qu'il fusionnera avec Vueling en 2009, laquelle sera achetée à 100% en 2013 par IAG.

Il a par ailleurs été choisi pour diriger le vaisseau amiral du groupe alors qu'il est aux manettes de l'entité low-cost du groupe, parfois pris comme la dernière roue du carrosse dans certains groupes concurrents. Enfin, il n'est pas anglais, mais espagnol.

Certes, ce n'est pas la première fois que British Airways confie le manche à un non britannique. Rod Eddington, qui dirigea la compagnie de 2000 à 2005, était australien et Willie Walsh, qui lui succéda à la tête de BA jusqu'en 2010 avant de prendre la tête de l'ensemble du groupe IAG (poste qu'il occupe toujours), est irlandais. Mais enfin, ils étaient quand même tous deux anglo-saxons.

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Vigilance sur les coûts et innovations

Tous ces éléments, qui auraient pu constituer des obstacles rédhibitoires dans d'autres compagnies, n'en sont pas chez IAG. Cela semble traduire un climat apaisé au sein du groupe, sans conflit de nationalité, et une volonté de choisir ce qui correspond au mieux à l'intérêt général de IAG. Jouissant d'une excellente réputation dans le secteur, Alex Cruz apparaît sans conteste comme un très bon choix.

"C'est comme un chemin naturel pour Alex Cruz. Il mérite ce poste. C'est un très grand Pdg", confie à La Tribune, un professionnel du secteur.

Cette nomination marque la volonté d'IAG et de British Airways de conserver son intransigeance en termes de coûts (une obsession depuis le début des années 2000) et de ne pas baisser la garde (voire d'aller plus loin) en termes d'innovations.

"Sous la direction d'Alex Cruz, Vueling est devenue une compagnie aérienne dynamique, innovante et efficace en terme de coûts", a souligné le directeur général d'IAG, Willie Walsh.

Alex Cruz a effectivement prouvé avec Vueling ses capacités à réduire les coûts (ils sont largement inférieurs à 5 centimes d'euros au siège kilomètre offerts) sans rogner sur la qualité de services, puisque Vueling est l'une des compagnies les plus innovantes du secteur en Europe si ce n'est la plus innovante. Elle combine de manière très efficace les bonnes pratiques des compagnies classiques et des low-cost tout en investissant à tout-va dans les nouvelles technologies.

Le modèle Vueling

N'hésitant pas à s'éloigner du modèle low-cost originel, Vueling possède par exemple une classe affaires, est présente depuis toujours dans les GDS (outils de réservations des agences de voyages), et assure des vols en correspondance...

Côté innovations, la compagnie a toujours été parmi les premières à intégrer de nouvelles technologies comme, récemment, la mise à disposition de la carte d'enregistrement sur l'Apple Watch. Ce modèle hybride, qui va plus loin que celui d'Easyjet, est devenu redoutablement efficace.

Un Hollandais à la tête d'Air France et un Français à KLM? Inconcevable

En choisissant Alex Cruz, l'approche du groupe IAG en termes de gouvernance tranche avec celles d'Air France-KLM et de Lufthansa. Si ce choix paraît évident pour IAG, un cas similaire semble aujourd'hui difficilement imaginable chez ses concurrents.

En gros, c'est un peu comme si Air France-KLM était parvenu à acheter Alitalia et que, deux ans plus tard, le Pdg d'Alitalia était nommé à la tête d'Air France. Difficile à imaginer. Idem chez Lufthansa.

Inconcevable également au sein d'Air France-KLM, de nommer un Hollandais de KLM à la tête d'Air France ou, inversement, de voir un membre d'Air France prendre les rênes de KLM.

Depuis le rachat de KLM par Air France, les deux compagnies n'ont pas toujours entretenues de très bons rapports et aujourd'hui les deux compagnies se regardent en chiens de faïence. KLM jouit d'une grande autonomie dans le choix de ses dirigeants.

Le rôle de l'Etat

Qu'un Hollandais de KLM puisse un jour prendre les manettes d'Air France-KLM paraît également difficile. Les mentalités françaises au sein du groupe ne semblent pas prêtes. Notamment l'Etat français, principal actionnaire d'Air France-KLM avec 17%. Plus gros actionnaire du groupe, l'Etat joue toujours un rôle central dans le groupe même si ce dernier est une entreprise privée.

Lors du rachat de KLM par Air France en 2004, le poste de Pdg d'Air France-KLM a toujours été confié au Pdg d'Air France, selon une règle inscrite dans l'accord de fusion, laquelle n'est plus d'actualité depuis le changement de gouvernance décidé en 2013.

Trois grosses évolutions de la gouvernance

Depuis 2004, il y a eu en fait trois grosses modifications de gouvernance. Tout d'abord en 2009, quand Jean-Cyril Spinetta décida de prendre du champ. Il réussit à convaincre l'Etat (très réticent) de nommer son numéro deux, Pierre-Henri Gourgeon, pour lui succéder à la tête d'Air France et d'Air France-KLM. C'était la première fois que le patron de la compagnie française était choisi en interne.

L'Etat demanda néanmoins à Jean-Cyril Spinetta de conserver la présidence non exécutive du groupe. La mayonnaise ne prit pas et s'en est suivie, en 2011, une incroyable guerre des chefs à l'issue de laquelle, à l'automne 2011, Pierre-Henri Gourgeon était remercié pour être remplacé à la tête d'Air France-KLM par Jean-Cyril Spinetta qui revenait donc aux affaires.

Lire ici Comment Spinetta a repris le contrôle d'Air France

Parallèlement, Alexandre de Juniac, ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde à Bercy (et ancien de Thales) était nommé à la tête d'Air France.

Un scénario ensuite amendé par l'Etat français: en juillet 2013, Jean-Cyril Spinetta se retira et fut remplacé par Alexandre de Juniac, lequel choisit Frédéric Gagey (ex-Air Inter, ex-Air France et ex-KLM) pour diriger Air France.

Au même moment, l'ancien ministre des Transports hollandais, Camiel Eurlings, prit la présidence du directoire de KLM. Il fut révoqué l'an dernier pour être remplacé par un pur produit de la maison, Peter Elbers.

Lufthansa : le cas de Christoph Franz

Lufthansa fonctionne encore différemment. Elle choisit généralement son directeur général en interne.

Certes, en 2010, le groupe allemand, a nommé Christoph Franz, qui était le Pdg de Swiss, une de ses filiales achetées en 2005. Mais à la différence de IAG avec Alex Cruz, Christoph Franz était allemand et avait déjà travaillé chez Lufthansa dans les années 1990, avant de partir à la Deutsche Bahn. A son départ en 2014, Carsten Spohr, qui dirigeait l'activité cargo compagnie allemande, lui succéda.

En revanche, Lufthansa n'a pas hésité en 2010 à confier les rênes d'une autre de ses filiales, Austrian Airlines, à un Français. En 2010, en effet, Thierry Antinori, directeur commercial de Lufthansa et seul étranger à être membre du conseil d'administration de la compagnie allemande, fut nommé Pdg d'Austrian Airlines avec pour mission de la restructurer.

En cas de succès, avait-il une chance d'accéder un jour à la tête de Lufthansa ? On ne le saura jamais. A quelques semaines de la prise de ses fonctions, Thierry Antinori quitta le groupe pour rejoindre Emirates quelques mois après.

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Il fut remplacé par Jaan Albrech, un Mexicain ayant également la nationalité autrichienne (ses grands-parents étaient autrichiens), qui avait dirigé l'alliance Star Alliance. Après avoir réussi à restructurer Austrian, Jaan Albrech a été nommé Pdg de SunExpress, la filiale commune de Lufthansa et Turkish Airlines.

Aujourd'hui, retour au modèle classique, Swiss et Austrian sont respectivement dirigées par... un Suisse et un Autrichien.

Fabrice Gliszczynski

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