SAS ne s'en sort décidément pas. Structurellement déficitaire depuis des années, concurrencée par les low cost, frappée par la crise sanitaire puis la fermeture de l'espace aérien russe, et désormais confrontée à la grève illimitée de son principal syndicat de pilotes, la compagnie scandinave vient de se placer sous la protection du fameux chapitre 11 de la loi sur les faillites aux Etats-Unis. Fortement fragilisée, elle a besoin de nouveaux investisseurs avec de l'argent frais. Malgré une restructuration qui s'annonce lourde et un ciel européen en mal de consolidation, elle devrait avoir du mal à susciter les convoitises.
Après avoir été freinée en début d'année par le variant Omicron, SAS est remontée en puissance à partir de février jusqu'à atteindre près de 4 millions de passagers tout au long de son deuxième trimestre 2022 (février-avril) avec de bonnes perspectives pour l'été. Les revenus sont aussi repartis à la hausse à plus de 650 millions d'euros, avec une croissance près de deux fois plus rapide que celles des coûts opérationnels par rapport à la même période en 2021. De quoi mettre en lumière les premiers effets du plan stratégique "Forward", lancé en début d'année pour restaurer la compétitivité de la compagnie. Pourtant, malgré ces améliorations, SAS est loin d'être repassée dans le vert : les indicateurs restent éloignés du niveau d'avant crise, la marge opérationnelle est négative (-11 %) et les pertes financières sont importantes. D'où un déficit net de l'ordre 140 millions d'euros.
Anko van der Werff, directeur général de SAS, a donc justifié ce recours au droit américain comme un accélérateur pour le plan stratégique qui doit conduire à des économies annuelles de près de 700 millions d'euros par an (dont une partie a déjà été initiée en 2020, avec des suppressions massives d'effectifs). Même si la réduction de la masse salariale doit peser moins de 20 % de l'objectif de réduction de coûts, le passage sous le chapitre 11 devrait permettre de remettre à plat les différents accords salariaux - l'échec des négociations à l'amiable avec les pilotes ayant débouché sur le déclenchement d'une grève illimitée lundi et très suivie jusqu'ici. Selon les dires de la compagnie, ce mouvement social lui coûterait une dizaine de millions d'euros par jour.