La compagnie bretonne a assigné en justice DFDS, son vieil ennemi danois, pour distorsion de concurrence sur la liaison Dieppe-Newhaven.Nouvel épisode dans le duel à couteaux tirés qui oppose le Français Brittany Ferries à son concurrent danois DFDS dans les eaux de la Manche. Sèchement évincée par ce dernier de la desserte de l'île de Jersey au départ de Saint-Malo, la compagnie bretonne attaque son rival sur un autre front. Elle annonce l'assigner devant le tribunal de Brest pour distorsion de concurrence sur la ligne transmanche entre Dieppe et Newhaven en Angleterre.
Émanation du Département de Seine-Maritime, le syndicat mixte (SMPAT) qui délègue la gestion de cette liaison maritime à DFDS est également visé. Une plainte est simultanément déposée contre lui auprès de la DG concurrence de l'UE, pour « versement d'aides illégales ». En cause, la subvention d'équilibre allouée par le SMPAT pour compenser le déficit de la ligne. Brittany Ferries estime que celle-ci permet à son rival de pratiquer des prix qui « ne reflètent pas la réalité économique et les coûts inhérents à l'exploitation ».
Pour son président, cette allocation d'argent public permet à DFDS d'attirer « artificiellement » des trafics, au détriment des liaisons transmanche opérées depuis la Normandie par la compagnie bretonne qui évalue son préjudice à plus de 150 millions d'euros depuis 2013. « La tarification n'a pas bougé depuis deux ans sur Dieppe Newhaven malgré l'augmentation de la taxe carbone que nous devons assumer sur nos fonds propres alors que l'exploitant de la ligne, lui, est, subventionné », dénonce Jean-Marc Roué.
Le marché transmanche
Interrogé par La Tribune, le syndicat mixte refuse de se prononcer sur le fond de la procédure mais n'en dément pas moins toute concurrence déloyale. « Les prix pratiqués par le délégataire sont le strict reflet du marché du Transmanche pour le fret comme pour les passagers », répond-il par écrit. Ses dirigeants indiquent par ailleurs que le montant de la taxe carbone (chiffré à 600.000 euros pour 2024) a bien été répercuté sur « le billet passagers ».