Fret aérien : la bulle va-t-elle exploser ?
Patrick Cappelli
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Photo d'illustration
Geodis
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La dynamique que connaît le fret aérien depuis le début de la crise sanitaire va-t-elle se poursuivre alors que la pandémie touche à sa fin ? Pour Bob Lange, Vice-président senior, responsable de l'analyse commerciale et des prévisions de marché d'Airbus, cette croissance forte est atypique : « historiquement, l'aérien représente 1 % du volume du fret dans le monde et 30 % en valeur. La moitié est transportée dans les soutes des avions passagers. Avec le Covid, la capacité des gros porteurs passagers a subitement disparu. Résultat : les prix ont augmenté et le marché de la conversion des avions a été stimulé. De vieux appareils de fret ont même été réactivés. La question étant : combien de temps cette situation va-t-elle se prolonger ? ». Avec la pandémie, les habitudes de consommation ont changé, avec un boom du e-commerce et des livraisons à domicile. Le transport de passagers long courrier, qui souffrait d'une concurrence féroce et de prix bas, est redevenu indispensable pour transporter les marchandises rapidement d'un bout à l'autre de la planète.
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D'autant que, dans le transport maritime, les ports engorgés ont du mal à résorber les milliers de conteneurs en souffrance. « Dans les années 90, les avions de fret courts et moyens courrier volaient 600 heures par an contre 4000 heures pour les vols passagers. Depuis deux ans, nous sommes passés à 1.500 heures sur l'Europe », a précisé Jean-François Dominiak, PDG d'ASL Airlines France. Cette bonne santé du fret aérien a donné des idées aux autres logisticiens. L'armateur CMA CGM a lancé sa propre compagnie Air Cargo début 2021 et prévoit la création d'une flotte de 12 avions de transport d'ici 2026. Geodis a acquis un premier appareil en leasing car le logisticien veut suivre ses clients là où ils vont : « notre offre logistique est multimodale avec de la route, du ferroviaire et de l'aérien, qui pèse déjà 20 % de notre chiffre d'affaires. Avec la crise sanitaire, nous avons réévalué notre besoin en transport aérien, qui est plus cher mais aussi plus rapide et plus fiable. D'autant que les prix du maritime ont fortement augmenté (ils ont été multipliés par 7 depuis mars 2020 selon le Freightos Global container price index qui inclut 20 routes océaniques). Il va y avoir une nouvelle poussée de produits vers l'Occident et donc des embouteillages des ports et des aéroports. Si l'économie ne s'effondre pas en septembre, les prix resteront élevés, a estimé Marie-Christine Lombard, présidente du directoire de Geodis, filiale de la SNCF.
Patrick Cappelli