Hausse du prix du Pass Navigo : le Medef refuse d'être le « dindon de la farce », Pécresse lui répond

Dans le cadre du budget 2023 en cours d'examen au Parlement, la présidente d’Île-de-France Mobilités, Valérie Pécresse, demande au gouvernement d'augmenter le versement mobilité, dont s'acquittent les entreprises de 11 salariés et plus. Objectif: ne pas faire peser la hausse des coûts de l'électricité et du gaz sur les usagers. Une proposition contestée par le Medef Île-de-France qui s'appuie sur des rapports de la Cour des Comptes.
César Armand
(Crédits : CC0 Public Domain)

C'est une réunion stratégique qui se tient cet après-midi du 10 octobre chez Île-de-France Mobilités (IDFM). L'autorité organisatrice des transports dans la région-capitale réunit son conseil d'administration pour dire « Non, au forfait Navigo à 100 euros par mois ». Objectif: maintenir son prix à 75,20 euros.

Dans le cadre de son débat d'orientation budgétaire 2023 et en plein examen de la loi de finances en séance publique en Parlement, sa présidente (LR) Valérie Pécresse cherche en effet 750 millions d'euros pour financer le surcoût des transports publics engendré par la flambée des prix du gaz et de l'électricité.

Augmenter le versement mobilité de 7,5%

La fréquentation n'étant revenue qu'à 80% de son niveau d'avant-Covid, la patronne du conseil régional juge « disproportionné » d'abaisser l'offre. « Son maintien est essentiel afin de permettre la reprise de la fréquentation et lutter contre le changement climatique », fait-elle valoir.

Aussi, refusant de laisser les « seuls usagers supporter le coût » de cette situation, demande-t-elle un effort à l'Etat, aux collectivités et aux entreprises. Négociant avec la Première ministre Elisabeth Borne et le ministre des Finances Bruno Le Maire, Valérie Pécresse plaide pour l'augmentation du versement mobilité, dont s'acquittent les sociétés de plus de onze salariés et plus, de 7,5%.

Un amendement au budget 2023 contesté par le patronat

Un amendement au budget de l'Etat 2023 - qu'elle a fait passer auprès de parlementaires de sa famille politique - dont le patronat demande déjà le retrait. Dans un communiqué publié le 5 octobre par le Medef Île-de-France, la branche régionale et les sept antennes départementales jugent cette proposition « inéquitable », déclarant qu'elles financent déjà Île-de-France Mobilités « à près de 60% ».

Dans une lettre datée du 7 octobre et adressée au président du Medef Île-de-France., que La Tribune a pu consulter, Valérie Pécresse lui rétorque qu'il ne mentionne pas « le contenu exact » de l'amendement. Ce dernier ne « concerne ni les entreprises de moins de 11 salariés ni celles de la grande couronne qui ne disposent pas un réseau de transport aussi fourni » que celui de Paris et de la petite couronne, poursuit-elle.

« Nous sommes d'accord pour contribuer à l'effort de guerre mais nous ne voulons pas être les dindons de la farce », réplique aujourd'hui le président du Medef Île-de-France, Daniel Weizmann. Selon lui, dans le même temps, la masse salariale a augmenté de 10% dans la région-capitale, rapportant, au titre du versement mobilités, 200 millions d'euros de recettes supplémentaires pour Île-de-France Mobilités (IDFM) en 2021, 200 millions en 2022 avant 150 en 2023. Autrement dit, 550 millions de plus.

Des rapports de la Cour des Comptes à l'appui

Le patron francilien s'appuie également sur le dernier rapport annuel de la Cour des Comptes qui précise que l'augmentation de la contribution des entreprises « n'apparaît pas souhaitable ». « En Île-de-France et de très loin, nous payons la plus grosse taxe transport de France. En plus du versement mobilité, nous nous acquittons de taxes sur les bureaux et les parkings pour financer le Grand Paris Express », le métro circulaire qui tournera autour du Grand Paris dans son intégralité d'ici à 2030.

Là encore, la présidente du conseil régional se défend, arguant que « les rapports [des "Sages de la rue de Cambon] ont souligné la qualité de gestion de l'établissement ». « La Cour des Comptes rappelle dans ses rapports qu'IDFM n'est à ce jour pas financée à hauteur de ses besoins et doit se voir accorder de nouvelles sources de recettes », enchaîne Valérie Pécresse.

En réalité, le Medef comme la Région pourraient se retrouver sur une proposition commune: faire entrer le patronat aux conseils d'administration des autorités organisatrices de transport. Actuellement, sur trente-et-un membres, seul le président de la chambre de commerce et d'industrie (CCI) Paris Île-de-France siège au milieu de vingt-neuf élus locaux - 16 du conseil régional, 5 de Paris, 7 des départements, 1 des intercommunalités - et d'un seul et unique représentant des usagers.

César Armand

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Commentaire 1
à écrit le 10/10/2022 à 17:05
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Subventionner à fond les gens qui se sont éloignés de leur lieu de travail, au détriment de ceux qui font l'effort de s'en rapprocher, quelle brillante idée. Comme ça, sur le long terme, il y a de plus en plus de trajets domicile-travail, de plus en ...

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