GRAND ENTRETIEN. Dans une interview à La Tribune, la présidente du directoire de Keolis, Marie-Ange Debon, détaille les modalités des deux contrats de transport interurbain remportés en région Sud, pour lesquels la flotte de bus et de cars sera convertie intégralement à l'électrique d'ici 2023. Des véhicules fabriqués par les entreprises chinoises BYD et Yutong.
LA TRIBUNE : Le projet de loi de finances 2022 renforce les incitations fiscales relatives à l'utilisation d'énergies décarbonées dans les transports au 1er janvier 2023. Les collectivités ont-elles enfin pris ce virage écologique ?
MARIE-ANGE DEBON, présidente du directoire de Keolis, présidente de l'Union des transports publics et ferroviaires (UTP) : Selon les lieux, les géographies et la densité, ce n'est pas toujours la même solution. Dans nos transports publics, le rail et le tramway sont largement électriques. Le bus et le car sont eux aussi en route vers des motorisations bas-carbone comme l'électricité voire zéro carbone tel l'hydrogène, bien que plus balbutiant.
Quoiqu'il en soit, il s'agit d'une tendance lourde dans les centres urbains. Il y a plus de deux ans maintenant, nous avons électrifié une ligne de bus à haut niveau de service à Bayonne, de la même façon que nous exploitons une flotte de 300 véhicules électriques aux Pays-Bas dans un environnement un peu moins dense.
Les villes scandinaves avancent très vite vers les énergies alternatives avec des véhicules hybrides fonctionnant grâce à l'agriculture et au biocarburant de la même manière qu'elles lancent énormément d'appels d'offres pour des flottes de véhicules électriques. C'est un mouvement général qui s'amorce en Europe, y compris en France.
Y compris dans l'inter-urbain, parent pauvre de la décarbonation des mobilités ?
Les équipes de Keolis n'y auraient pas cru il y a quelques années en arrière. Aujourd'hui, cela s'accélère. Nous annonçons avoir remporté deux contrats majeurs du réseau de transport inter-urbain en région Sud pour lesquels la flotte de bus et de cars sera convertie intégralement à l'électrique d'ici 2023. C'est une première en France. 120 bus et cars électriques dont certains à double étage circuleront pour relier les principales villes du territoire des Alpes-Maritimes : Cannes, Nice, Grasse, Antibes. C'est le résultat de la volonté du conseil régional d'aller plus loin dans la décarbonation des transports.
Avec près de 7 millions de voyages sur ces deux contrats, nous passons à l'étape supérieure après les centres-villes. Dans l'inter-urbain en France, les bus et cars fonctionnent encore à 80% au diesel, nous avons donc une marge de progression significative. Le bénéfice n'est pas qu'écologique car les bus électriques sont moins bruyants et plus agréables à conduire et permettent donc d'attirer de nouveaux publics. A nous d'en faire de beaux objets où les gens ont envie d'aller.
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