La SNCF met ses pendules à l’heure des télétravailleurs

Le boom du travail à distance percute aussi le rail. Illustration en Normandie où la SNCF et la Région ont mis en place une nouvelle offre taillée sur mesure pour les télétravailleurs et augmenté le nombre de trains en heures creuses.

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La question du télétravail s'est imposée à l'agenda du service marketing de la compagnie cheminote et de la Région, devenue autorité organisatrice des Intercités.
La question du télétravail s'est imposée à l'agenda du service marketing de la compagnie cheminote et de la Région, devenue autorité organisatrice des Intercités. (Crédits : Reuters)

La SNCF va-t-elle devoir apprendre à se passer des navetteurs ? Autrement dit, des voyageurs qui empruntent le train du lundi au vendredi avec une régularité de métronome. La question s'est imposée à l'agenda des services marketing de la compagnie cheminote dans la branche TGV, où la politique tarifaire est en passe d'évoluer nous dit-on, mais aussi dans les TER. C'est le cas en Normandie où l'essor du télétravail est venu bousculer les habitudes, notamment sur les liaisons avec la capitale. « Beaucoup de voyageurs ne font plus exactement la même chose d'une journée sur l'autre. Les abonnés que nous voyons le lundi ne sont plus systématiquement là en fin de semaine », rapporte Nathalie Liot, directrice de la relation client pour les lignes normandes.

Les trains n'ayant pas encore retrouvé leur rythme de croisière, pandémie oblige, le phénomène est difficile à quantifier précisément mais il est incontestable, confirme Jean-Baptiste Gastinne, vice-président de la Région en charge des transports. « La crise a précipité  le changement des rythmes de travail que nous avions observé dès 2016 à la faveur d'une enquête sur les déplacements des Normands ». Plusieurs signaux en attestent. Entre autres évolutions, la SNCF enregistre, par exemple, un sursaut de fréquentation au départ de la gare Saint Lazare en direction de la Normandie le jeudi soir. A cela  s'ajoute, une désaffection croissante pour les formules d'abonnement classiques, jugés trop corsetées par beaucoup de voyageurs.

A horaires flexibles, abonnement flexible

En réaction, une nouvelle offre d'abonnement est proposée aux usagers des lignes normandes depuis le mois de février. Opportunément dénommée Flexipass, elle comprend vingt trajets à utiliser sur trente jours glissants -et non pas du premier au dernier jour du mois comme à l'accoutumée. Soit l'équivalent de dix allers-retours. « Elle a été pensée avec un panel pour s'adapter à des voyageurs qui télétravaillent deux ou trois jours par semaine », détaille Jean-Philippe Dupont, directeur régional de la SNCF. A la clef, une réduction tarifaire de 20% en comparaison du pass mensuel. Détail important : le Flexipass est éligible à la prime transport que doivent obligatoirement les employeurs à leurs salariés (50% du coût total).

Grâce à ce nouveau produit, SNCF et Région espèrent convaincre des utilisateurs irréguliers (voire des adeptes du volant) de basculer vers une formule fixe mais flexible. Dans leur ligne de mire notamment, les salariés franciliens à qui les confinements successifs ont donné des envies d'ailleurs. Sans être un blockbuster, l'offre semble avoir rencontré son public. En sept mois, un millier de Flexipass ont été commercialisés dans les gares normandes et parisiennes. « Le démarrage a été un peu lent faute de communication, mais on a constaté une augmentation de 22% entre mars et juin et une autre en septembre ce qui me fait dire que ce pourrait être un produit d'avenir », commente Jean-Baptiste Gastinne.

Reste à vérifier sur les derniers mois de l'année si l'appétence des usagers se confirme ou s'il ne s'agit que d'un feu de paille, vite éteint par les employeurs. Dans tous les cas, la SNCF promet de s'adapter. « Si le besoin s'en fait sentir, il sera possible d'ajuster cette offre ou d'en proposer une autre » insiste Nathalie Liot.

Les nouvelles habitudes des voyageurs ont d'autres conséquences sur le rail. Elles ont également incité la Région à revisiter la grille horaire des Intercités vers ou au départ de Paris, sur la foi d'une enquête menée sur 538 millions de déplacements annuels des Normands à partir de leurs téléphones mobiles. « Cette étude exhaustive a montré que les flux étaient plus étalés dans la journée et les modes de vie moins uniformes que nous ne le pensions » souligne son vice-président. Sur la base de ses conclusions, plusieurs trains ont été ajoutés dans les heures creuses du matin ou de l'après-midi desquelles la SNCF était absente.  
Les navetteurs lassés des retards (récurrents) aux heures de pointe savent ce qu'il leur reste à faire : tenter de travailler en horaires décalés.

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