Les premières brèches dans le monopole de la SNCF se concrétisent

Après la volonté d'Emmanuel Macron de relancer la réforme des retraites, avec la suppression des régimes spéciaux, et les déclarations du ministre délégué aux transports Jean-Baptiste Djebarri sur les « facilités de circulation » accordées aux familles des cheminots en cas de transfert à des concurrents, l'édifice SNCF subit un nouveau coup de boutoir en quelques jours avec l'ouverture à la concurrence. Celle-ci prend une forme concrète avec la décision de la Région de PACA de proposer Transdev pour opérer la ligne Marseille-Nice en 2025 et l'arrivée d'ici à la fin de l'année des trains à grande vitesse de Trenitalia sur sa ligne la plus rentable, le Paris-Lyon.

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Les flèches rouges italiennes s'apprêtent à desservir Paris et Lyon avant la fin de l'année.
Les "flèches rouges" italiennes s'apprêtent à desservir Paris et Lyon avant la fin de l'année. (Crédits : Ferrovie dello Stato Italiane)

L'ouverture à la concurrence du marché du transport  ferroviaire de passagers sur le réseau intérieur français  était actée depuis des années. Mais certains parmi les syndicats de la SNCF n'arrivaient toujours pas à concevoir la fin du monopole du groupe ferroviaire depuis sa création en 1937. Près de quinze ans ans après l'ouverture du marché du fret, elle prend désormais une forme concrète, avec des noms de concurrents et les premières lignes qui vont basculer vers un autre opérateur.  Ce mardi,la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur, dirigée par la droite, a proposé à ses élus de choisir Transdev pour exploiter la liaison Marseille-Nice. Le vote aura lieu le 29 octobre. Ce sera la première fois que la SNCF perdra une ligne de TER en France dans le cadre de la mise en concurrence. Le contrat de concession porte sur une durée 10 ans, à partir de 2025. Il est estimé à 870 millions d'euros.

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Doublement de l'offre

Trois entreprises étaient en lice pour remporter cette liaison via Toulon, qui concerne 10% du trafic régional en nombre de trains proposés: la SNCF, Transdev et Thello, filiale de la compagnie publique des chemins de fer italienne Trenitalia.

Avec l'offre de Transdev, "dès 2025, le trafic sera doublé" passant de sept allers-retours

La Région a par ailleurs proposé que la SNCF conserve l'exploitation des lignes "Azur" incluant les liaisons entre Les Arcs/Draguignan et Vintimille (Italie), ainsi que Nice-Tende et enfin Cannes-Grasse où l'entreprise publique était seule en lice. Ce deuxième lot représente 23% du trafic régional et le contrat, également de 10 ans, est estimé à 1,5 milliard d'euros. L'exploitation doit débuter en décembre 2024 pour ce deuxième lot. Quatre autres régions de France ont également annoncé leur volonté d'expérimenter l'ouverture à la concurrence de leur TER: le Grand-Est, les Hauts-de-France, l'Ile-de-France et les Pays-de-la-Loire.

Trenitalia déboule sur Paris-Lyon

Autre mauvaise nouvelle pour la SNCF, sur les lignes à grande vitesse cette fois.Selon l'AFP, la compagnie publique italienne Trenitalia lancera ses trains à grande vitesse sur le réseau français « d'ici la fin de l'année ». Elle devrait les opérer sous son nom et non celui de sa filiale française Thello, qui a exploité des lignes entre la France et l'Italie entre 2010 et le 1er juillet dernier. Les voyageurs français pourront bientôt choisir le Frecciarossa (« flèche rouge ») italien pour voyager sur la ligne Milan-Turin-Lyon-Paris au lieu des TGV inOui de la SNCF. L'affrontement risque d'être brutal, notamment sur la dernière portion du trajet - la plus rentable du réseau SNCF - à savoir le Paris-Lyon. Selon l'opérateur historique français, il s'agit du tronçon à grande vitesse le plus fréquenté d'Europe. Avec près de 45 millions de passagers en 2017, elle représentait le tiers du trafic annuel TGV de la SNCF.

Sur ce segment Paris-Lyon, en plus de son offre premium inOui, la SNCF pourra s'appuyer sur son offre à bas coût OuiGo pour contrecarrer les ambitions italiennes. Elle avait d'ailleurs anticipé l'arrivée de la concurrence en ouvrant en 2020 des liaisons directes entre la gare de Lyon à Paris et les gares de la Part-Dieu et Perrache à Lyon, en plus de sa desserte des gares excentrées de Marne-La-Vallée et Lyon-Saint-Exupéry.

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Seulement cinq trains pour commencer

Selon l'AFP, cinq trains Frecciarossa 1000 ont été autorisés à rouler en France, mais leur fréquence quotidienne n'a pas encore été arrêtée. Trenitalia devra néanmoins muscler son offre si elle compte faire de l'ombre à la SNCF, notamment sur le Paris-Lyon qui voit défiler 240 trains par jours (tous types d'opérations confondus).

Conçu par Bombardier et Hitachi Rail Italy (ex-AnsaldoBreda), le Frecciarossa 1000 est capable d'évoluer à une vitesse maximale opérationnelle de 360 km/h et d'emporter plus de 450 passagers. De premiers essais ont eu lieu entre Paris et Lyon, fin août.

En parallèle, Trenitalia devrait aussi s'implanter en Espagne afin de desservir Barcelone, Valence, Malaga et Séville depuis Madrid. Outre la Renfe espagnole, l'opérateur italien devrait se confronter avec la SNCF qui a déjà déployé son offre OuiGo entre Madrid et Barcelone (via Saragosse et Tarragone), et qui regarde désormais vers Valence, Cordoue, Séville, Alicante et Malaga.

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Commentaires 27
à écrit le 09/09/2021 à 19:02
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Additif : la ligne franco-italienne Paris-Milan-Venise THELLO était une catastrophe, pour cause de wagons (italiens) fort mal conçus et hyper bruyants... Pas "pro" du tout...

à écrit le 09/09/2021 à 19:00
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Il faut arrêter de geindre et "rendre la pareille" à l'Italie et l'Espagne en faisant circuler les trains chez eux ! L'ouverture du marché vaut pour tout le monde, ne l'oublions pas.

à écrit le 09/09/2021 à 13:22
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Je ne vois pas comment Transdev en PACA va pouvoir en même temps doubler l'offre de transport, avec du matériel neuf et baisser le coût pour la région. Ensuite, il y a d'autres éléments à prendre en compte, dont le maintien des "petites" liaisons vi...

à écrit le 08/09/2021 à 23:50
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Il va falloir privatiser la SNCF

le 09/09/2021 à 18:33
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Il faudrait commencer par le réseau ferré (cf. catastrophe de Brétigny-sur-Orge, 7 morts 70 blessés).

à écrit le 08/09/2021 à 22:12
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Ras le bol des débats bidons service public c. méchants capitalistes. On a du mal à accepter que la SNCF doive renoncer à sa rente de situation : on a été élevé comme ça (Le Monde, l'école républicaine, etc....) Mais à la SNCF, à en croire le patro...

à écrit le 08/09/2021 à 19:02
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Les usagers vont enfin devenir client. Et le client est roi.

à écrit le 08/09/2021 à 17:46
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La comparaison du service de la SNCF avec des pays comme l'Italie ou la Russie n'est pas forcément en faveur de celle-ci. Cependant les Anglais ont démontré la limite des privatisations à tout prix, le résultat étant catastrophique. La question réman...

à écrit le 08/09/2021 à 17:23
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60 ans qui nous emmer_xx les cheminots de la sncf avec leur geule mal luné au service catastrophique les grèves locale départementale régionale nationale à répétition comme les retards. L'arrivée de compagnies ferroviaires prives de voyageurs feront...

le 08/09/2021 à 20:51
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Les libéraux ne regardent vraiment que la moitié du problème. 10 % du trafic et 30 % des recettes : cela s’apparente bien à la privatisation des profits. Mais quid des petites lignes, souvent déficitaires ? Transdev n’a même pas déposé d’offre pour l...

à écrit le 08/09/2021 à 16:35
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2018 : Alors que la législation européenne oblige la France à ouvrir à la concurrence son réseau de chemins de fer au plus tard en décembre 2019, les Britanniques font un pas dans l'autre sens. Le rail anglais a été privatisé en 1994. Mais devant ...

à écrit le 08/09/2021 à 16:33
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2017 : La qualité du service ferroviaire se détériore à vitesse grand V outre-Manche, 20 ans après la privatisation de British Rail. Hausse incontrôlée du prix des billets, trains supprimés et réduction du personnels conduisent près de deux Britan...

le 08/09/2021 à 17:24
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En GB la privatisation généralisée n'a pas fait l'objet de préparation contrairement à ll'UE. Les pays qui l'ont mis en place ont vu les pris baisser avec un meilleur service. Si la sncf n'était pas phagocytée par des syndicats extrémistes le service...

le 09/09/2021 à 8:17
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Pourriez-vous étayer vos propos par des faits?

le 09/09/2021 à 16:17
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@marc469 Oui, je sais ,cela ne te fais pas plaisir ,mais ça équilibre les commentaires et te montre que la privatisation n'est pas la panacée non plus.

à écrit le 08/09/2021 à 16:32
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Une brèche vraiment? Pour rappel, Transdev est détenu à 66 % par la Caisse des dépôts... Belle concurrence fictive comparable aux "géants" de la tech chinoise subventionné par Beijing.

à écrit le 08/09/2021 à 14:31
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une autre solution exploser la SeuNeuCeuFeu façon puzzle et distribuer les morceau aux uns et aux autres moyennant finances pour une période déterminée.

à écrit le 08/09/2021 à 13:38
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La concurrence convoite les lignes rentables. Y aura t-il aussi des marchés ouverts pour les lignes régionales, traditionnellement d'un moins bon rendement financier ?

à écrit le 08/09/2021 à 12:28
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Ce n’est pas comme si le fret ferroviaire était ouvert à la concurrence depuis 2006, comme les TER ? avec le succès que l’on connait tous. C’est sûr ouvrir les lignes TGV les plus rentables, à la concurrence européenne va connaitre un franc succès. C...

à écrit le 08/09/2021 à 10:21
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Bah "ouverture à la concurrence" c'est copinage et pistons en néolibéralisme, nous paierons encore plus cher pour toujours moins de service. Un classique.

à écrit le 08/09/2021 à 8:59
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Il est temps d'introduire la concurrence dans l'intérêt de tous y compris même celui de la SNCF.

le 08/09/2021 à 20:59
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Les libéraux ne regardent vraiment que la moitié du problème. 10 % du trafic et 30 % des recettes : cela s’apparente bien à la privatisation des profits. Mais quid des petites lignes, souvent déficitaires ? Transdev n’a même pas déposé d’offre pour l...

à écrit le 08/09/2021 à 8:32
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Au delà de ce qu est la sncf pour les français , est ce bien le moment pour une entreprise publique d être frappé dans le dos par l état : la perte de milliards de ca , le cash flow négatif. Etc..

le 08/09/2021 à 10:07
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Si les francais contraints par leurs impots n'acceptaient plus les caprices de cette entreprise de bras casses, nul doute qu'ils seraient d'accord de payer le juste prix pour un reel service a l'heure, ce qui est loin d'etre le cas.

le 08/09/2021 à 10:14
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C'est au contraire une très bonne nouvelle. Elle va obliger la sncf à se réformer et à améliorer ses services.

le 08/09/2021 à 13:35
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@brehat. Honnêtement, je suis d'accord avec vous et je trouve cela triste. Mais cela devient usant la façon dont la sncf traite sa clientèle et les payeurs de taxes. Le respect et la solidarité s'acquiert aussi par l'exemple, et force est de constate...

le 09/09/2021 à 5:26
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@Brehat. Mais l'etat, c'est vous tous. Vous renaclez a voir la realite, celle ci va arriver, ca va saigner en France, specialement.

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