En proie à des normes européennes et françaises draconiennes, ainsi qu’à une guerre des prix, les acteurs et fabricants spécialisés dans la livraison douce des centres-villes, via les vélos-cargo notamment, affichent des résultats en demi-teintes.Le désengorgement des hypercentres des grandes agglomérations françaises est un objectif récurrent des ministres des Transports depuis 2017. Pourtant, sept ans après, il demeure largement hypothétique. En 2024, un véhicule sur cinq circulant en milieu urbain serait un utilitaire, responsable de 25% des émissions de CO2 dans les villes. Un véritable enjeu environnemental qui, a priori, aurait dû favoriser les acteurs de la livraison en mobilité douce à deux ou trois roues. Pourtant, c'est loin d'être le cas.
En cause, notamment, une législation européenne restrictive qui privilégie largement la sécurité et limite le développement des acteurs déjà installés sur le créneau de la livraison douce. « Concernant les vélos-cargo, le poids maximal autorisé pour le transport de marchandise est de 300 kilos, précise Arnaud Helderlé, inspecteur homologation au sein de l'Utac. Certes, la norme est doublée en cas de remorque, mais cela reste insuffisant pour se substituer à un petit fourgon thermique ou électrique».
Des drones terrestres à Tours
La jeune pousse Lib Tract, créée à Tours en Indre-et-Loire en 2022, a justement conçu une remorque semi-autonome, capable d'embarquer un volume identique à celui d'une camionnette, soit environ 4m2. Baptisé E-tract, le nouveau produit, encore à l'état de prototype, peut être piloté par un livreur à pied ou à vélo, équipé d'une télécommande. « Grâce à l'IA, à la télédétection par laser, et à des capteurs à ultra-sons, ce drone terrestre est très fiable, assure Jérôme Jouve, président de Lib Tract. Il s'adapte à toutes les configurations de voiries, y compris les plus compliquées ». Mais si la remorque intelligente a vocation à ouvrir le champ à une nouvelle économie de la livraison à domicile, selon Jérôme Jouve, elle doit encore passer sous les fourches caudines de la Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (Dreal) du Centre-Val de Loire. Avec une homologation attendue fin 2025, l'industrialisation de l'E-tract pourra démarrer au mieux en 2026.
Guillaume Fischer (Tours), Olivier Mirguet (Strasbourg), Florence Falvy (Nantes)