Sécurité aérienne, une pratique universelle dans le viseur

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(Crédits : reuters.com)
L'AESA, l'agence européenne de la sécurité aérienne se penche sur la pratique des partages de codes entre compagnies, un procédé qui structure l'ensemble du transport aérien mondial. L'AESA veut s'assurer que les compagnies partenaires présentent les mêmes niveaux de sécurité.

Reçu ce jeudi par l'association des journalistes professionnels de l'aéronautique et de l'espace (AJPAE), Patrick Ky, directeur exécutif de l'agence européenne de la sécurité aérienne (AESA) n'a pas mâché ses mots pour présenter ses sujets de préoccupation et les défis à relever pour l'agence qu'il dirige.

Lire ici :  Sécurité aérienne, ces pays d'Asie du sud-est qui inquiètent l'Europe et Des hackers aux commandes d'un avion? C'est possible

"Code-share"

Parmi eux, un inquiète les compagnies aériennes. L'AESA veut mettre son nez dans les les partages de codes ou code-share, une pratique qui permet à une compagnie de placer ses numéros de vols sur des lignes d'un partenaire. Et donc de vendre des sièges sans avions et personnels supplémentaires. Autrement dit d'étendre, à moindres frais, son réseau de manière considérable. Ce procédé structure aujourd'hui l'ensemble du transport aérien mondial et notamment les trois alliances mondiales (Star Alliance, Onewordl et Skyteam), qui représentent plus des trois-quarts du trafic mondial. Aujourd'hui, on ne compte plus le nombre de vols commercialisés par deux, trois, voire quatre compagnies aériennes.

Le MH17 survolait l'Ukraine

Or, ces pratiques sont aujourd'hui dans le viseur de l'AESA. « Nous commençons à regarder cela de très près », a déclaré  ce jeudi Patrick Ky en citant l'exemple du MH17 de Malaysia Airlines, abattu en juillet 2014 par un missile sol air alors qu'il survolait l'Ukraine, et dont la plupart des victimes avaient acheté un billet KLM.

«Quand un passager achète un billet à une compagnie et qu'il voyage sur une autre, il attend un niveau de sécurité identique à celui de la compagnie avec laquelle il a acheté le billet. Nous voulons nous assurer que c'est toujours le cas».

Audit IOSA

Dans les règlements de sécurité aérienne, le partage de codes est possible si la compagnie qui partage son code s'assure que l'autre compagnie respecte le standard de l'organisation internationale de l'aviation civile (OACI). Soit en pratiquant un audit, soit en le faisant faire par d'autres.

Depuis une dizaine d'années, l'Iata (association internationale du transport aérien) a mis en place un système d'audit des compagnies aériennes, baptisé IOSA, lequel est aujourd'hui considéré comme le nec plus ultra en termes de sécurité aérienne. S'il ne veut pas se substituer à l'IOSA, l'AESA veut savoir comment il fonctionne. « Nous discutons avec Iata pour s'appuyer sur les processus Iosa, mais nous devons connaître leur manière d'auditer. Nous devons donc auditer Iosa ».

Les alliances (Star Alliance, Oneworld, Skyteam) exigent la certification Iosa. « En plus de Iosa, nous effectuons notre propre audit pour tous les nouveaux entrants », explique Star Alliance.

Une compagnie de Skyteam survole la Syrie

Patrick Ky prend d'autres exemples pour justifier les problèmes liés aux code-share. Il a notamment cité l'exemple d'une compagnie non européenne membre de Skyteam (celle d'Air France) qui survole la Syrie alors que l'AESA recommande de ne pas survoler la Syrie ni l'Irak. « Sur ce vol, il peut y avoir un passager qui a acheté un vol Air France. Que fait-on ? Je n'ai pas la réponse », explique-t-il. L'AESA n'a pas en effet la possibilité d'agir sur des compagnies non-européennes.

Survol de la Crimée

Autre exemple, l'AESA recommande de ne pas utiliser les 4 routes nord sud au-dessus de la Crimée rouvertes par l'Ukraine cet été. Ces routes croisent des routes nord-sud utilisées par les avions russes. Or, une grosse compagnie aérienne utilise ces routes, selon Patrick Ky. « Que fait-on ? Est-ce que en tant que passager on prendrait cette compagnie ? C'est un vrai sujet », fait valoir Patrick Ky.

La problématique est la même pour les affrètements.

Ces exemples montrent que les compagnies aériennes n'ont pas le même comportement face aux risques. Et qui posent la question de l'information aux passagers. « Est-ce qu'en tant que passager on a le droit d'accéder au risque que l'on fait prendre ».

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Commentaires
a écrit le 13/10/2015 à 7:56 :
Je confirme. J'ai voyagé en juin en direction du Koweit en ayant acheté sur AF depuis Paris via Beyrouth. Le Beyrouth-Koweit city (effectué par MEA) est effectivement passé au dessus de la Syrie et de l'Irak...j'ai croisé les doigts...
a écrit le 12/10/2015 à 11:10 :
Avant de prendre un long courrier, utilisez les sites spécialisés pour voir les routes utilisées pour ce vol au cours des dernières semaines... cela peut être édifiant.
a écrit le 12/10/2015 à 8:20 :
Skytream survole la Syrie... Petite erreur de frappe

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