Testée et approuvée tout d'abord en Allemagne, la technologie du train à hydrogène commence à se concrétiser en France avec la commande ce jeudi de la SNCF de 12 trains régionaux à Alstom pour le compte de quatre Régions françaises. Grâce à un important lobbying de la région Occitanie, qui a fédéré autour d'elle d'autres collectivités sur le sujet, le train à hydrogène devrait faire son apparition sur les rails français dès 2023 pour une mise en service commerciale vers 2025.Quand une innovation prend des tournures politiques. Dès septembre 2018, deux trains à hydrogène Coradia iLint, conçus par Alstom, parcourent la centaine de kilomètres qui séparent Cuxhaven, station balnéaire allemande de la mer du Nord, de Buxtehude, aux portes de Hambourg. À l'époque, ce qui s'apparente à un exploit technologique est accueilli amèrement par certains, et notamment dans les rangs du conseil régional d'Occitanie.
En 2015, le constructeur ferroviaire français a implanté à Tarbes (Hautes-Pyrénées) son centre mondial d'excellence pour les chaînes de traction pour l'ensemble de ses trains. Et c'est principalement ce site de près de 700 personnes aujourd'hui qui développe ce système de traction pour les trains à hydrogène alors testés en Allemagne. Qu'une technologie française, d'autant plus occitane, trouve son terrain de jeu chez les voisins Outre-Rhin plutôt que dans l'Hexagone passe mal auprès de la présidente socialiste de la région, Carole Delga. Dès novembre 2018, l'élue locale et ancienne ministre sous François Hollande se rend sur le site d'Alstom pour annoncer ses intentions.
"Je souhaite que la région Occitanie devienne le terrain d'expérimentation privilégié du train à hydrogène, en France", déclare-t-elle aux salariés, en précisant vouloir acquérir trois rames pour lancer une phase d'expérimentation sur son territoire.
Une incertitude autour du calendrier de livraison
Pas si simple. Un premier obstacle voit le jour. Alstom refuse de prendre une si petite commande au regard des coûts de développement que nécessite cette technologie. Après plusieurs mois de discussions au sein de l'association d'élus Régions de France, l'Occitanie embarque dans cette aventure les régions Bourgogne-Franche-Comté, Auvergne-Rhône-Alpes et Grand Est. Après des négociations difficiles, le dossier s'est décanté ces dernières semaines avec la commande, début mars, de trois trains à hydrogène par la région Bourgogne-Franche-Comté. Le 25 mars, ce fut au tour de la région Occitanie d'approuver, lors de son assemblée plénière, la délibération permettant de passer commande. Quelques jours plus tard, les deux autres régions, Auvergne-Rhône-Alpes et Grand Est, passèrent elles aussi à l'acte.