Transavia, Ryanair, Easyjet, Vueling, Volotea : les low cost vont frapper fort cet été sur le marché français

Après avoir représenté près de 40 % du trafic en France l'an dernier, les compagnies low cost s'apprêtent à franchir un nouveau palier cet année. Pour preuve, les développements de grande ampleur annoncés par Transavia, Vueling et Volotea, sans oublier les poids lourds Ryanair et Easyjet. Et la demande répond présente. Les avions seront nombreux et remplis cet été.

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La bataille du low cost est engagée à Orly entre Easyjet, Vueling et Transavia.
La bataille du low cost est engagée à Orly entre Easyjet, Vueling et Transavia. (Crédits : Gonzalo Fuentes)

Le retour dans les avions sera massif cet été. Les frémissements dans les réservations ont laissé la place à une ébullition depuis quelques semaines avec des engagements sur toute la période estivale. Et dans ce bouillonnement, les compagnies low cost semblent les mieux positionnées pour la sortie de crise qui se profile après deux ans de crise du transport aérien. C'est particulièrement le cas sur le marché français qui, après avoir fait preuve de résilience, se prépare à une forte croissance parfois au-delà des niveaux de 2019. Du côté de Vueling, Transavia ou Volotea, les grandes manœuvres sont en tout cas lancées. Sans oublier Easyjet et Ryanair.

Pour Nicolas Hénin, directeur général adjoint de Transavia en charge du commercial et du marketing, il n'y pas de doute : "l'été sera très bon". Depuis l'été dernier, l'ensemble du secteur aérien - mais aussi ferroviaire - s'accorde à dire que l'envie de voyager est revenue chez les passagers et que le trafic redécolle dès que les contraintes sanitaires s'allègent. Problème, cette envie s'est jusqu'ici heurtée à la succession de vagues épidémiques et l'édiction de restrictions drastiques en quelques jours. Résultat, un manque de visibilité s'illustrant par des réservations de dernière minute (le marché français ayant déjà tendance à réserver tardivement). Jusqu'en février dernier, Transavia constatait ainsi que les deux tiers de ses réservations concernaient un départ dans les trente jours.

La visibilité revient et l'été se remplit

Depuis février, en dépit d'une vague Omicron encore persistante, cette visibilité tend à s'allonger avec des réservations de plus en plus anticipées. Nicolas Hénin se dit rassuré par ce mouvement soutenu sur l'ensemble des destinations, parlant d'une normalisation des comportements d'achat. Il indique même une forte accélération depuis quelques semaines : lors des sept derniers jours, les réservations ont bondi de plus de 50 % par rapport à la même période en 2019.

Ce mouvement se retrouve assez largement au niveau européen, les niveaux de réservation pour les deux mois d'été oscillant aujourd'hui entre 40 et 60 % selon les compagnies. Comme le note un analyste, ce n'est pas encore le niveau de 2019, où les taux pouvaient avoisiner les 75 % mais l'accélération est là-aussi réelle depuis le mois dernier.

Seules quelques compagnies dénotent, dont Ryanair partie plus tôt que ses concurrentes avec une politique de prix agressive dès le début de l'année. Ce qui lui permet aujourd'hui d'être dans le haut de la fourchette des réservations. C'est le cas aussi de Wizzair, mais la compagnie hongroise a limité cette stratégie à certaines zones.

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Les prix remontent, la demande persiste

Les deux ultra low cost ont gagné en visibilité mais, revers de la médaille, ont perdu en rentabilité au vu de la remontée forte des prix actuelle. Amorcée pour compenser l'envolée des cours du pétrole, conséquence de la guerre en Ukraine, celle-ci ne semble pas pour l'instant freiner la demande. Cette remontée pourrait donc se poursuivre dans les prochaines semaines, et devenir très intéressante pour les compagnies. Si cela ne devrait pas porter un trop lourd préjudice à Ryanair : son fort taux de couverture carburant va la préserver d'une explosion des coûts et lui permettre de tirer profit de l'effet volume. La situation est plus problématique pour Wizzair qui ne s'était pas protégée.

Pour Transavia, Nicolas Hénin indique ne pas avoir remonté ses tarifs d'appel et faire attention à préserver l'équilibre entre offre et demande, mais il lui apparaît clairement que si l'engouement actuel se poursuit les prix vont continuer d'augmenter. Ce qui donnera la possibilité à la compagnie d'accroître au maximum sa rentabilité sur les dates à forte demande.

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Des capacités en forte hausse

Cette forte demande enjoint naturellement les compagnies low cost à poursuivre la remontée en puissance de leurs capacités. Sur le marché intra-européen, l'offre proposée actuellement est légèrement supérieure à celle de 2019. Sur la France, le mouvement pourrait s'avérer encore plus fort au vu des développements annoncés par la plupart des opérateurs basés.

Portée par la réorganisation du groupe Air France, Transavia change de dimension. Sa flotte connaît un développement accéléré, passant d'une cinquantaine d'appareils l'été dernier à 61 désormais. Nicolas Hénin vise une croissance de son offre de 50 % sur l'année par rapport à 2019. Cette hausse de capacité doit se conjuguer avec une remontée progressive des taux de remplissage. Là où Transavia était à 75 % au premier trimestre, elle espère atteindre 80 % en avril (en dépit du ralentissement des ventes en janvier à cause du variant Omicron), puis au moins 85 à 90 % cet été. Nicolas Hénin espère même s'approcher du niveau d'avant crise, soit 93 %, sur la pointe juillet-août.

Comme Transavia, Volotea est en phase de développement sur l'ensemble de son réseau et la France sera son principal vecteur de croissance. Avec 5,5 millions de sièges offerts en 2022, son offre sera deux fois plus importante qu'en 2019. De fait, la France deviendra son principal marché en représentant quasiment la moitié de son activité. Cela s'illustre par l'ouverture d'une 7e base dans l'Hexagone, après celle de Lyon l'an dernier. Les annulations à répétitions du week-end pascal pourraient constituer un frein dans les prochaines semaines, sans pour autant impacter significativement l'été.

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Vueling, 2e compagnie sur Orly

Vueling ne sera pas en reste. La compagnie espagnole a récupéré 18 "slots" (soit 9 allers-retours quotidiens) abandonnés à Orly par Air France en contrepartie des aides d'Etats accordées par la France. Elle va ainsi passer de 11 lignes à l'été 2019 à près de 50 cet été, de 5 avions basés à 9, et s'imposer comme la deuxième compagnie de la plateforme parisienne, derrière le groupe Air France mais devant Easyjet. Alors que le trafic de Vueling stagnait autour de 3 millions de passagers entre 2015 et 2019, il devrait repartir sensiblement à la hausse.

Ce fort développement doit contribuer à l'objectif ambitieux affiché par Marco Sansavini, PDG de Vueling, à savoir retrouver 100 % de sa capacité de 2019 dès le deuxième trimestre qui vient de commencer.

De son côté, Ryanair a aussi multiplié les annonces sur la France dès le mois de mars. La low cost irlandaise se targue de programmes records sur Bordeaux, Toulouse et Marseille, avec un avion supplémentaire basé, dépassant ainsi les niveaux de 2019. Dans la cité phocéenne, la low cost dispose désormais de 5 avions basés (dont deux 737 MAX) et ajoute 87 vols hebdomadaires pour atteindre le total de 240. A Toulouse, elle passe de 40 à 80 vols par semaine.

A ce jeu, Easyjet ne présente pas les progressions les plus spectaculaires. Forte de son réseau domestique en France, qui a joué le rôle d'amortisseur comme l'évoquait il y a quelques semaines Bertrand Godinot, directeur général pour la France et les Pays-Bas, la compagnie orange n'entend pas proposer une croissance tous azimuts. Elle bénéficie néanmoins de la réouverture complète du marché britannique. Et le potentiel est grand au vu des chiffres d'avant crise : avec 12 millions de visiteurs chaque année, les Britanniques sont les premiers touristes internationaux en France. Pour Easyjet, cela représentait pas moins de 5 millions de passagers. Si les stations de ski ont déjà profité du retour des Britanniques, celui-ci devrait être bien plus massif cet été.

En ligne avec les prévisions de l'ensemble du groupe, qui avait déjà remis 80 % de sa capacité en ligne en mars, Easyjet peut espérer retrouver son niveau de 2019 ou presque cet été.

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Le bassin méditerranéen plébiscité

Face à cette avalanche d'offre, la différence entre les différentes compagnies pourrait bien se faire au niveau du réseau. Assez globalement, la plupart des compagnies vont continuer à miser sur leurs marchés forts, avec en premier lieu le bassin méditerranéen.

En dépit de certaines ouvertures originales, Transavia et Easyjet vont répondre à ce schéma. L'Espagne devrait rester la destination phare avec les incontournables Grèce et Portugal. Ce dernier sera soutenu par un trafic VFR ("visit friends and relatives") fort en sus du flux touristique. Ce devrait être aussi le cas pour l'Afrique du Nord, en particulier le Maroc qui a subi des fermetures strictes à répétition. Certaines destinations assez peu connues des Français, comme Chypre, font leur apparition. Larnaca sera ainsi desservie par les deux compagnies.

Autre similitude entre Transavia et Easyjet, les deux compagnies vont continuer de se renforcer sur le réseau intérieur français qui leur assure une stabilité certaine, même si les possibilités de croissance sont limitées. La Corse va d'ailleurs rester une valeur sûre cet été après avoir bien performé cet hiver, en dehors de la saisonnalité traditionnelle.

Transavia devrait tout de même se distinguer en se lançant enfin sur l'Algérie grâce aux créneaux récupérés suite à la faillite d'Aigle Azur en 2019. La survenue du Covid-19 ne lui avait pas permis jusque-là d'exploiter véritablement le marché, mais elle compte bien se rattraper en passant de 8 à 24 vols hebdomadaires par semaine ce mois-ci et espère pouvoir monter à 50 cet été. L'Algérie devrait ainsi constituer un véritable relai de croissance.

Le mouvement sera relativement similaire chez Ryanair et Volotea, si ce n'est une plus forte présence de l'Italie. Comme Easyjet, la compagnie irlandaise devrait également profiter de la réouverture du marché britannique. De son côté, Volotea se développe également sur l'Algérie mais au départ des régions et sera également bien présente sur l'Île de beauté.

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Vueling à contre-courant

A l'inverse de ce mouvement général, Vueling s'est plutôt dirigé vers un éclatement de son réseau. Pour emporter la mise des créneaux à Orly, elle a notamment proposé à la Commission européenne, en charge de l'attribution, l'ouverture d'un grand nombre de nouvelles destinations à travers l'Europe. Là où ses concurrentes se renforcent avec des fréquences, la filiale du groupe IAG ouvre donc des routes vers le Royaume-Uni et l'Allemagne, mais aussi vers le Danemark, la Norvège et la Suède.

Bien que l'Espagne reste son principal marché, le centre de gravité de Vueling se déplace donc vers le Nord. Et le mouvement dépasse le simple cas d'Orly. Cette multiplication des destinations au détriment des fréquences étonne plusieurs observateurs, qui notent qu'elle pourrait fragiliser quelque peu ses opérations si des annulations venaient à survenir.

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Attention aux frictions

Si le tableau estival semble déjà beau, un analyste met néanmoins en garde sur un point précis. Prenant pour exemple les récentes annulations de vol, il note que les compagnies pourraient être tentées dans les prochaines semaines de réduire leurs programmes de vols en raison de tensions sur les ressources humaines disponibles. Il s'agirait ainsi de gagner en souplesse opérationnelle et éviter des annulations de vol en plein cœur de l'été.

Même si cette prudence est de mise, le trafic pourrait tout de même dépasser les 90 % voire tutoyer le niveau de 2019. En particulier sur le marché français où les équipes ont été mieux préservées que dans d'autres pays grâce aux mesures telles que l'activité partielle de longue durée et les accords de performance collective.

 collective.

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Commentaires 9
à écrit le 23/04/2022 à 8:27
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Ce n'est ni le covid ni les écologistes qui nuisent au transport aérien ! Il était déjà mal en point en 2019, le covid l'a achevé en 2020. Les raisons ? Un modèle économique imbécile, le «bas-coût/bas-prix» (low-cost). Les prix des billets étant infé...

à écrit le 23/04/2022 à 3:10
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Hélas encore des agents au sol qui vont subir les attitudes animale de certains passagers qui ont oubliés d'être civilisé à cause du COVID heureusement que j'ai quitté se milieu qui se dégrade avec les low cost avec clientèle low cost assumez ! jamai...

à écrit le 22/04/2022 à 17:52
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Ryanair s'est enrichi de deux 737 max. hors de question de voler dans un aéroplane instable qui n'aurait jamais dû être homologué compte tenu des règles de l'aviation commerciale. plus globalement, je refuse de voler sur Boeing/Douglas Mac Doneld. po...

à écrit le 22/04/2022 à 17:44
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Et si on commençait par couper toutes les subventions qui tournent autour de ce moyen de transport.. C'est bien aussi le canal du midi à pieds ou en vélo..

le 23/04/2022 à 10:29
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"C'est bien aussi le canal du midi" vous allez y trouver la foule si tout le monde s'y concentre. En Suède, je faisais une pause en regardant ma carte routière, pour la suite du trajet. Quelqu'un me demande si j'ai besoin de renseignements, en frança...

à écrit le 22/04/2022 à 16:24
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pas concerné...ca fait plus de 10 ans que je ne prends plus l avion lui préfère le train quand c est possible ..sinon je reste dans ma région ...riches en monuments ,paysages atypiques et moins de tout ce que l on trouve ailleurs dans le monde: touri...

à écrit le 22/04/2022 à 12:10
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Le "low cost" c'est pour les sans dents. pendant ce temps : Entre 10 000 euros et 20 000 euros d’argent public jetés par la fenêtre. Plus de 4,37 tonnes de CO2 émises, soit l’équivalent de la consommation moyenne d’une personne durant six mois en ...

à écrit le 22/04/2022 à 9:20
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L'avion, si on pouvait l'éviter pour des activités ludiques liées au tourisme de masse ce serait le premier point positif pour la planète.

le 23/04/2022 à 10:31
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Rien ne va plus, avec covid les pros ont fini par adopter la visioconférence, ça réduit fortement l'usage (lucratif pour les compagnies) de l'avion (et de l'hôtellerie aussi). S'ils ne transportent plus de commerciaux, ni de touristes, que vont deven...

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