Relocaliser, c’est possible : la démonstration du groupe Lemoine

La Tribune entame ce 15 avril en Normandie un tour de France de la relance dans les territoires. Pour sa première étape, ce cycle de débats « Transformons la France » prend ses quartiers au cœur de l’une des dix usines du groupe Lemoine, une entreprise familiale leader européen des produits d'hygiène qui s'est illustrée en transformant une chaîne de production de coton-tiges en ligne de fabrication d'écouvillons pour les tests PCR. Sa dirigeante Jeanne Lemoine démontre avec brio que la relocalisation industrielle est sinon facile au moins possible. Récit d’un tour de force.

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Les qualités de l'établissement familial fondé à la fin des années 1980 par le couple Philippe et Jeanne Lemoine (photo) ne sont pas sans évoquer celles du fameux Mittelstand que la France jalouse à l'Allemagne. Aujourd'hui, le groupe emploie 900 salariés dans dix usines à travers le monde.
Les qualités de l'établissement familial fondé à la fin des années 1980 par le couple Philippe et Jeanne Lemoine (photo) ne sont pas sans évoquer celles du fameux Mittelstand que la France jalouse à l'Allemagne. Aujourd'hui, le groupe emploie 900 salariés dans dix usines à travers le monde. (Crédits : Reuters)

La crise sanitaire aura eu au moins une vertu. Elle a révélé au grand jour les capacités  d'adaptation et d'inventivité des entreprises. Partout, on a vu des PME se retrousser les manches pour affronter ce qui restera comme l'une des périodes les plus tumultueuses de l'histoire récente. A cet exercice, le normand Lemoine fait presque figure de cas d'école. Enraciné dans le bocage de l'Orne depuis l'origine, ce groupe discret est devenu en trente ans le leader européen des produits d'hygiène en coton, et le numéro 2 mondial derrière l'américain US Cotton à qui il vient de griller la politesse dans les rayons des supermarchés Walmart. Excusez du peu.

Avec ses 900 salariés et ses dix usines à travers le monde, il incarne ce tissu d'entreprises industrielles de taille intermédiaire qui passe souvent sous les radars tricolores. Rapidité de décision, actionnariat stable, ancrage territorial fort, collaborateurs engagés... Les qualités de l'établissement familial fondé à la fin des années 1980 par le couple Philippe et Jeanne Lemoine ne sont pas sans évoquer celles du fameux Mittelstand que la France jalouse à l'Allemagne.

"Une question de volonté"

Son premier tour de force sous l'ère Covid ? Avoir transformé une ligne de production de coton-tiges pour la spécialiser dans la fabrication d'écouvillons : ces bâtonnets indispensables aux tests PCR que l'Europe se disputait lors du premier confinement. C'est en regardant un reportage sur une chaîne d'info continue que Jeanne Lemoine décide de relever le gant. Un rien tête brûlée, la dame a appris à se colleter avec les défis industriels à force de devoir s'imposer sur les marchés étrangers.

« En marsles deux seules usines italienne et britannique ne servaient plus que leur marché domestique et la France connaissait une pénurie inquiétante, se souvient-elle. L'APHP en particulier disait craindre de ne pas pouvoir tester ses soignants. Il m'est immédiatement venu à l'esprit que notre savoir-faire pouvait être utile ».

Un mois et beaucoup de nuits blanches plus tard, l'usine de Caligny dans l'Orne produit un demi-million d'écouvillons stérilisés par semaine avec la complicité de la DGE et du service de santé des armées. Facile à dire, beaucoup moins aisé à réaliser dans un laps de temps aussi court, s'agissant d'un produit médical soumis à une kyrielle d'agréments.

Olivier Véran salue la prouesse sur le réseau qui gazouille. "Jeanne a contribué à l'effort national de dépistage en réorganisant l'usine familiale", twitte le ministre de la Santé en dessous d'une photo le montrant en conversation avec la présidente. Un hommage mérité aux yeux du directeur industriel du groupe. « Jamais je n'aurais cru cela possible mais on a su se mobiliser, témoigne Rémy Point. Cela démontre que relocaliser est moins une question technique ou financière qu'une affaire de volonté et d'état d'esprit. »

Quand le risque paie

Forte de ce succès, l'entreprise se lance également dans la confection de masques chirurgicaux en mai 2020. « A ce moment-là, les Chinois vendaient au plus offrant directement sur les tarmacs des aéroports, jusqu'à un dollar la pièce, se souvient Jeanne Lemoine. C'était néanmoins, une prise de risque dans la mesure où beaucoup de gens pensaient que le plus dur de l'épidémie était passé. »

L'équipe dirigeante n'en décide pas moins de recruter 30 personnes après avoir acquis  en Italie le premier prototype d'une machine ultra-performante vendue deux millions d'euros et capable de débiter jusqu'à 600 masques à la minute : dix fois la cadence des équipements de fabrication asiatique. Une option salutaire pour Rémy Point :

« Le choix technologique est clef dans la réussite d'une relocalisation industrielle, explique t-il. Dans le cas présent, il nous permet d'avoir des prix de revient quasiment équivalent à ceux des Chinois et d'espérer  rester concurrentiels là où beaucoup d'autres entreprises ne résisteront pas quand la demande de gros volumes ralentira ».

Signe qui ne trompe pas : Michel Edouard Leclerc a annoncé, il y a peu, commercialiser ces masques « made in Normandie » dans tous ses rayons. « Cette crise a rendu nos entreprises plus crédibles et plus audibles. De mon point de vue, le mouvement est irréversible », conclut Jeanne Lemoine. Comme une introduction à notre débat « Transformons la France ».

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Commentaires 4
à écrit le 15/04/2021 à 17:06
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-29 milliards de bâtonnets ouatés, soit 42000 bâtonnets par minute. -145 millions de sachets disques à démaquiller -12 millions de sachets de coton hydrophile -400 000 masques chirurgicaux type II par jour -Soit une production de 9 produits pa...

à écrit le 15/04/2021 à 10:45
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Nécessité fait loi et prendre exemple sur une entreprise pour généraliser le concept est sans grand intérêt! Il serai plus judicieux de jouer avec les frontières pour éviter les multinationales et les opportunistes!

à écrit le 15/04/2021 à 9:48
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c'est la methode couet, pour pas dire la methode cauet evidemment que personne ne veut revenir, sauf a la marge, sur des petits projets entre reorienter un projet industriel face a une demande ponctuelle car on a un outil qu'il faut rentabiliser, e...

à écrit le 15/04/2021 à 9:24
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Bon, on est les rois du coton tige ! Techniquement, ça doit pas être un "truc" hyper complexe à fabriquer ! Il y a longtemps, tout le monde y arrivait en enroulant un bout de coton au bout d'une allumette 🤣.

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