Avec son filet intelligent, Green City Organisation capte les déchets des eaux pluviales

La startup marseillaise Green City Organisation a développé D’Rain, un système de captage des déchets à la sortie des exutoires des eaux pluviales. Un dispositif connecté et simple à installer qui permet de réduire la pollution des villes littorales. (Cet article est issu de T La Revue n°10 - « Pourquoi faut-il sauver l'eau ? », actuellement en kiosque).
(Crédits : Wallis)

Sur une vidéo de la startup marseillaise Green City Organisation, un plongeur bataille pour accrocher trois énormes filets à une collerette métallique enserrant l'extrémité d'un exutoire sous-marin (tuyau de rejet des eaux pluviales) du Vieux-Port de Marseille. Autour de lui, différents déchets flottent dans l'eau trouble. Une fois bien arrimés à cette collerette, ces filets d'une contenance de 9 m3 seront prêts à récupérer des tonnes de déchets de toutes sortes, de la bouteille plastique au mégot de cigarette, qui seront rejetés lors du prochain épisode pluvieux violent qui balaiera la cité phocéenne. Green City Organisation rappelle que plus de 80 % de la pollution que l'on trouve en mer provient de la terre, et que les microplastiques tant décriés et si difficiles à éradiquer sont, au départ, des macrodéchets. D'où la nécessité de les capter avant qu'ils ne viennent souiller les eaux marines. Isabelle Gerente, présidente de Green City Organisation, est chti d'origine. Après avoir décroché son diplôme de l'école de commerce lilloise Skema Business School, elle décroche un emploi à Marseille, où elle vit depuis 25 ans. « La première chose que j'ai faite en arrivant a été de m'offrir un baptême de plongée. J'ai vraiment découvert la mer à ce moment-là en pratiquant la plongée sous-marine » évoque la quinquagénaire férue de natation qui a fait sa scolarité en sports études.

De l'ultra-trail aux eaux littorales

En 2017, alors âgée de 45 ans, elle décide de s'épanouir différemment au niveau professionnel et quitte son poste à la Chambre de Commerce et d'Industrie. Adepte de l'ultra-trail, une course à pied très exigeante en pleine nature, elle prend son bâton de pèlerin et s'en va arpenter 50 jours durant le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle au rythme très soutenu de 40 kilomètres quotidiens afin de réfléchir à son futur. Un an plus tard, elle part en Norvège avec une tente pour marcher et affiner son projet. « Je voulais absolument me consacrer à la protection de l'environnement. J'ai alors décidé de passer mon diplôme de scaphandrier professionnel. » Thierry Dubourdieu-Rayrot, son partenaire d'utra-trail, est également ingénieur et patron d'une entreprise de travaux sous-marins. Il lui parle alors du système qu'il a développé et breveté. « Nous avions fait beaucoup de trails et de swimrun (course à pied et nage en eau libre) ensemble. Je savais que je pouvais lui faire confiance » évoque Isabelle Gerente. Durant l'été 2019, elle réactive l'entreprise qu'elle avait fondée deux ans auparavant pour réaliser des événements sportifs à caractère écologique, une activité qui n'avait pas fonctionné, et en transforme l'objet et les statuts pour fonder Green City Organisation. Depuis, Jean-Patrick Barbera, ancien pompier professionnel tout juste retraité, a rejoint les deux fondateurs pour s'occuper du commercial et de l'international. Les trois quinquas se sont lancés dans cette aventure entrepreneuriale pour rendre les eaux littorales plus propres, une mission chère au cœur de ces passionnés de plongée qui constatent tous les jours le triste état de la Méditerranée.

Comme une chasse d'eau géante

Le principe consistant à placer un filet au bout d'un tuyau pour récupérer les déchets charriés par les eaux pluviales n'est pas nouveau. « Mais les solutions existantes ne sont pas adaptées aux exutoires sous-marins. Lorsque le filet est plein, il se transforme en bouchon. L'eau ne pouvant plus s'écouler, elle soulève les plaques d'égout en amont et les rues sont inondées et souillées » décrit Isabelle Gerente. Quand il pleut, les eaux de ruissellement en surface se chargent en déchets, tombent dans les avaloirs (bouches d'égout) et, par gravité, arrivent au point le plus bas qui est la mer. « Lorsque les précipitations sont modérées, les réseaux transportent ces eaux jusqu'à la station d'épuration qui va les traiter. Mais quand la pluie tombe très très fort, ce qui, malheureusement, arrive de plus en plus souvent, ces stations n'ont pas la capacité de récupérer et d'assainir à la fois les eaux usées et les eaux de pluie » explique Isabelle Gerente. Le démonstrateur a été installé le 14 décembre 2021. Le 14 février 2022, de fortes précipitations ont eu lieu à Marseille. « En deux mois, les déchets se sont accumulés. Et lorsque la grosse averse est arrivée, ça a été comme tirer une chasse d'eau. Plusieurs milliers de litres de déchets, notamment plastiques, ont été expulsés directement dans la mer. C'est très impressionnant à voir » décrit la cofondatrice de la start-up. Marseille comptant 200 exutoires, dont 180 sous-marins, « ça dégueule de déchets » selon l'expression imagée d'Isabelle Gerente.

Des capteurs pour surveiller la qualité de l'eau

Les robots nettoyeurs peuvent récupérer quelques-uns des plastiques flottant à la surface, mais une grande partie se retrouve au fond. L'innovation majeure du système D'Rain, c'est la collerette métallique, composée de plusieurs pièces dont l'une est prévue pour pivoter à une certaine pression. Lorsque le filet est plein, il va se décrocher partiellement de façon mécanique et automatique pour libérer le flux d'eau tandis que les déchets restent emprisonnés. Un mécanisme inspiré du girelier provençal, une nasse tressée pour la capture des girelles, des petits poissons d'eau douce. Le digital entre alors en action grâce à un capteur IoT qui envoie, via un réseau Internet bas débit, une alerte aux services municipaux. « Avec les systèmes classiques, les gestionnaires de réseaux ne savaient pas quand envoyer leurs équipes récupérer les filets pleins. C'est une des raisons pour lesquelles ils n'ont pas eu de succès » précise Isabelle Gerente. Des capteurs transforment cette collerette en une station de mesure de données telles que la température, la salinité, la turbidité (teneur en matériaux en suspension), l'acidité et le taux d'oxygène de l'eau. Green City Organisation étudie encore le modèle économique de vente de ces datas qui pourraient être commercialisées dans quelques mois. L'ambition de la start-up marseillaise est forte. Dans cinq ans, elle compte récupérer l'équivalent de ce que rejette la France en Méditerranée, soit 11 000 tonnes de déchets par an. Pour ce faire, elle prévoit de monter un réseau de licenciés, en France et à l'international, particulièrement sur le pourtour méditerranéen. En effet, la solution a été conçue pour pouvoir être fabriquée facilement partout. « Tous les pays méditerranéens ont besoin de solutions de ce type pour lutter contre la pollution, notamment des plastiques » estime la présidente de Green City Organisation. D'Rain a été récompensé par plusieurs concours d'innovation et la start-up est soutenue financièrement par TotalEnergies et l'Agence de l'Eau. La fourchette de prix du système va de 5 000 à 50 000 euros. « Nous avions tous les trois envie de faire quelque chose pour les générations futures. D'Rain est notre contribution pour protéger la mer » conclut Isabelle Gerente.

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Article issu de T La Revue n°10 spécial "eau" actuellement en kiosque et disponible sur notre boutique en ligne

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Commentaire 1
à écrit le 12/08/2022 à 12:13
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Je ne comprends pas que La Tribune, journal sérieux s'il en est, ne se renseigne pas davantage sur les entreprises dont elle parle. Cette Green City Organisation a par exemple posé un seul filet en tout et pour tout, dans le Vieux Port de Marseille, ...

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