Mélissa Sabatier Versailles, la sourcière des Pyrénées

Depuis près de cinq ans, cette jeune entrepreneuse accompagne avec une méthode atypique les agriculteurs, mais pas seulement, dans le développement de leurs activités. Elle travaille sur les cours d’eau et leurs valeurs énergétiques pour agir sur les sols et les animaux. Reportage. (Cet article est issu de T La Revue n°10 - « Pourquoi faut-il sauver l'eau ? », actuellement en kiosque).
(Crédits : Rémi Benoit pour La Tribune)

Un vendredi ensoleillé du mois d'avril, non loin du sous-traitant aéronautique SFIB installé dans les Hautes-Pyrénées, un petit groupe de personnes parcourent les parcelles agricoles à proximité. À entendre leurs échanges, nous avons l'impression d'assister aux prémices d'un projet immobilier. « J'aimerais installer mes futurs bureaux ici et là l'espace de vente », présente, en montrant du doigt, tout en faisant des schémas, le jeune homme propriétaire des terrains. « Moi je vois plus ta future boutique dans cet espace et tes bureaux à l'étage », lui répond Mélissa Sabatier Versailles en arpentant une bâtisse qui sert aujourd'hui de lieu de stockage pour du matériel agricole. Non, son interlocutrice n'est pas une architecte d'intérieur, mais plutôt une architecte de la nature. « Je suis consultante en développement environnemental », précise-t-elle. Et le chantier s'annonce important pour elle dans cette propriété agricole qui comporte 40 hectares de prairie et 20 de cultures. Le jeune homme, qui souhaite garder l'anonymat, reprend l'exploitation de ses parents avec l'ambition d'en faire une ferme ouverte. Autrement dit, le nouvel agriculteur souhaite accueillir d'autres projets de transformation agricole portés par d'autres, en plus de ses propres activités, avant de revendre le produit final sur place, tout en développant également à terme une offre d'hébergement pour les saisonniers ainsi qu'un espace de réception. Pour mener à bien cette stratégie de coworking agricole nouvelle génération, l'agriculteur « souhaite partir sur de bonnes bases » grâce aux compétences de Mélissa Sabatier Versailles.

Des courants d'eau positifs ou négatifs

« J'ai une hypersensibilité à l'eau. Je suis capable de voir les cours d'eau présents dans les sous-sols. J'ai comme une sorte de carte dans la tête [...]. Mon travail est notamment d'associer les bonnes parcelles aux bonnes cultures en étudiant et en travaillant en partie sur les blocages au niveau des sols. Si c'est le cas, vous pouvez mettre dix ans à obtenir des résultats que vous devriez avoir normalement en deux ans », poursuit la professionnelle à la tête du cabinet Anobé. L'entrepreneuse est ce qu'on appelle - de manière plus rustique - une sourcière en eau, cette profession souvent associée au marcheur qui ne fait que chercher de l'eau avec ses baguettes métalliques. « Un sourcier n'est pas là uniquement pour chercher de l'eau ou bouger les courants d'eau, son devoir est aussi de la comprendre et de voir ce qu'elle véhicule. Il y a des courants d'eau positifs et des courants d'eau négatifs, qui peuvent exercer une influence sur les sols et les corps. Il faut donc parfois arrêter le courant d'eau en question ou le purifier. Les animaux sont particulièrement hypersensibles à cela », répond Mélissa.

Pour illustrer cet aspect, la jeune femme qui travaillait auparavant dans la communication aime prendre en exemple l'accompagnement qu'elle a réalisé auprès d'un producteur laitier à Lacaze (Tarn). L'exploitant, qui dispose d'un élevage de canards et de brebis laitières, a pu constater une meilleure santé de ses animaux après les actions de la sourcière des Pyrénées sur ses sols, ainsi qu'une meilleure qualité et un meilleur rendement concernant sa production de lait. Dans le cadre du projet de coworking agricole à Bénac (Hautes-Pyrénées), il est encore bien trop tôt pour identifier les bienfaits car le nouvel agriculteur et la géobiologue n'en sont qu'à la première étape de leur éventuelle collaboration, à savoir le diagnostic agricole. « Ce premier contact représente près de 80 % du travail car c'est là que l'agriculteur me présente son projet et où l'on étudie les parcelles problématiques », ajoute-t-elle. Une fois l'association officialisée avec son client, le cabinet Anobé l'accompagne au minimum sur un an, et Mélissa laisse la liberté à ce dernier de payer la facture seulement à l'apparition indéniable des premiers résultats. Avec cette méthode, la sourcière veut éviter de se voir coller l'étiquette de gourou alors que les agriculteurs investissent « en moyenne entre 3 000 et 5 000 euros » pour s'attacher ses services, après un diagnostic de 150 euros. C'est aussi une manière de leur donner confiance en ces nouvelles pratiques, encore méconnues dans le monde agricole.

C'est elle qui choisit ses projets

Après environ cinq ans d'activité, la professionnelle souhaite développer une clientèle composée majoritairement d'agriculteurs, tout en leur proposant aussi une offre de formation autour de la gestion de l'eau. « Pour moi, on ne devrait pas manquer d'eau, elle est simplement mal gérée et là c'est un peu la panique parce que la nature nous en donne un peu moins. Ce qui m'intéresse donc, pour ma part, c'est de travailler sur la qualité de l'eau et non pas forcément sur sa quantité [...]. Un forage n'est pas l'unique solution quand on manque d'eau sur une parcelle. Avec la même quantité d'eau, nous pouvons avoir de meilleurs résultats sur une exploitation agricole en travaillant sur sa qualité, c'est-à-dire en transformant sa valeur énergétique », estime Mélissa qui est parvenue à se construire une crédibilité au fil du temps auprès des professionnels malgré sa posture. « Je ne souhaite accompagner que des projets à intérêts environnementaux et humains et non pas des projets égoïstes générés par la peur du manque de ressources. » Ainsi, elle a par exemple refusé de participer à la création d'un lac artificiel chez un particulier.

Bien que les particuliers ne représentent pas la majorité de sa clientèle et qu'elle ne cherche pas à développer cette tranche d'activité, le bouche-à-oreille fait quand même son effet. Dans le respect de ses valeurs, la sourcière a ainsi accompagné Sami, qui est venu s'installer sur les hauteurs d'un petit village des Hautes-Pyrénées avec toute sa famille. « À l'époque, nous recherchions un géobiologue pour faire une étude des sols. Nous voulions savoir comment nous implanter de manière intelligente sur six hectares de terrain », raconte l'habitant qui a aussi remis en état toute une bâtisse déjà présente sur le terrain. « À la suite de ce travail avec Mélissa, nous avons défini une zone forestière, une autre pour les animaux, une pour les maraîchages et une pour les arbres fruitiers », ajoute-t-il. Le projet de vie de la famille ? Cultiver le maximum de produits avec le souci de redynamiser les sols de manière naturelle, autrement dit, adapter les plantations et les activités aux caractéristiques de ce qui se trouve sous leurs pieds.

Des raccordements parfois trop onéreux

Depuis quelques mois, plusieurs espèces d'arbres fruitiers ont donc pris racine sur la propriété « et nous sommes satisfaits du résultat, nous avons gagné des années », croit savoir Sami. Dans l'inventaire ? Des pommiers, poiriers, pruniers, pêchers, abricotiers, noisetiers, châtaigniers, noyers et d'autres... Au total, ce sont 120 arbres fruitiers qui ont trouvé refuge et qui s'épanouissent sur d'anciennes friches. De plus, ces arbres ne viennent pas de très loin puisqu'ils ont été fournis par les Pépinières de Tournay, situées à une vingtaine de kilomètres des terrains de Sami. Fondée il y a une dizaine d'années, la société détenue par le couple Lamarque-Bruinaud ne cesse de voir grandir son activité au point de préparer l'ouverture d'un poste à temps plein en CDI pour les prochains mois, en plus des deux saisonniers qui vont également gonfler les rangs l'été. Seulement, étant situé à 550 mètres de la première ligne d'eau du réseau, le raccordement coûtait trop cher à la pépinière pour ses cultures. Elle a été obligée de développer son propre système de récupération des eaux et aujourd'hui elle est totalement autonome grâce à deux bassins de 50 et 450 m3. Mais pour accueillir des salariés, les normes du Code du Travail exigent que l'entreprise fournisse des infrastructures sanitaires. « Encore une fois, tirer le réseau d'eau jusqu'à nos terrains coûterait trop cher. C'est ainsi que l'idée d'un projet de forage s'est révélée intéressante pour nous, et nous faisons donc intervenir Mélissa afin d'étudier la parcelle qui va accueillir ces futurs équipements d'une surface plancher totale de 100 m2 et trouver le meilleur point de forage en adéquation avec nos besoins », explique Clément Bruinaud. Si la sourcière des Pyrénées cherche par ce genre de projet à allier développement économique et respect de l'environnement, elle ne propose pas encore ses services aux collectivités dans le cadre d'opérations d'aménagement. Sa prochaine cible ?

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Article issu de T La Revue n°10 spécial "eau" actuellement en kiosque et disponible sur notre boutique en ligne

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Commentaires 4
à écrit le 17/07/2022 à 16:53
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Il est si facile de s'autosuggestionner ! Cette so(u)rcière croit sans doute à ses pouvoirs extra-lucides, comme les voyantes et les rebouteux; ce n'est donc pas un "charlatan", c'est plutôt une gouroute, qui va mettre des années à se détromper. Il f...

le 17/07/2022 à 23:53
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@Pense-libre Parce que le système agroindustriel n'est pas dirigé par des gourous ( de la finance) qui détruisent à coup sûr la planète?

le 18/07/2022 à 16:45
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Les marchands d'illusion, qui ont existé de tous temps (les gogos sont éternels) profitent bien sûr des modes ambiantes : maintenant, ils "sauvent la planète" en trouvant des eaux magiques; autrefois, ils "enlevaient le mauvais œil", ou bien faisaien...

à écrit le 17/07/2022 à 9:41
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"Le jeune homme, qui souhaite garder l'anonymat," Et il a réellement intérêt puisque démarche singulière au milieu de l'obscurantisme agro-industriel triomphant même si je ne pense pas que les lecteurs du chasseur français viennent lire quoi que ce s...

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