Climat : « Il faudrait 12 milliards d'euros supplémentaires par an pour adapter nos villes » (Johanna Rolland, France Urbaine)

GRAND ENTRETIEN. Présidente (PS) de l'association d'élus France urbaine et maire de Nantes, Johanna Rolland s'étonne que l'Etat demande aux élus locaux d'accélérer la transition écologique tout en supprimant un à un tous ses leviers d'action. D'autant que selon une récente étude de l'Institut de l'économie pour le climat (I4CE) à laquelle les métropoles et les grandes villes ont contribué, les 2 milliards du « Fonds vert » annoncés par l'Etat sont bien loin du compte.
César Armand
(Crédits : Baptiste Roman - Hans Lucas)

Les RER métropolitains ? L'État doit s'engager pour accompagner le financement de ces investissements.

Johanna Rolland, France Urbaine

LA TRIBUNE : A la veille de la Journée internationale du climat, comment travaillez-vous chez France urbaine pour associer les entreprises, les citoyens et les collectivités environnantes dans la lutte contre le dérèglement climatique ?

JOHANNA ROLLAND: La transition écologique est l'une des préoccupations majeures des Français. C'est aussi une priorité absolue des élus des grandes villes. Nous sommes engagés dans des politiques offensives pour lutter contre le réchauffement climatique. Je pense au développement des transports collectifs ou des mobilités actives, à la rénovation énergétique des bâtiments mais aussi pour adapter nos villes à ses conséquences comme la renaturation et la création d'îlots de fraîcheur. Mais nous ne pouvons et nous ne voulons pas penser ces actions dans les seules limites des territoires urbains. Elles doivent être dialoguées avec les territoires périurbains et ruraux. Comment penser notre avenir commun sans parler et agir ensemble sur les mobilités, l'alimentation, la qualité de l'eau ? Ces sujets et bien d'autres n'ont pas de frontières.

Nous sommes convaincus que le changement viendra de la capacité qu'ont les différents acteurs, c'est-à-dire les citoyens, les entreprises ou les acteurs associatifs à travailler ensemble, de manière partagée, concrète et volontariste. Grâce au travail de notre commission « Transition écologique » présidée par Jean-Luc Moudenc et Nicolas Mayer-Rossignol, nous auditionnons, nous consultons, nous alertons et nous proposons des idées qui sont challengées et partagées avec toutes les forces vives qui font le dynamisme et la vitalité de notre pays, de manière transpartisane.

France urbaine soutient également des travaux scientifiques et universitaires, des études institutionnelles, dialogue avec les parlementaires et organisent dans toute la France des événements sur l'action des villes et la nécessité d'accélérer la transition écologique, à l'image du Forum Zéro Carbone, aux côtés de La Tribune. Échanger, partager, proposer. C'est le sens de notre action.

Lors du Paris Zéro Carbone, La Tribune dévoilera les résultats d'une étude de l'IFOP sur la mobilité en ville et l'acceptation des changements induits par le dérèglement climatique. Outre la pédagogie sur les zones à faibles émission-mobilité (ZFE-m), comment les élus des grandes villes tâchent de sensibiliser sur ce sujet ?

Pour France urbaine, ces zones à faibles émissions-mobilité (ZFE-m) sont fondées car c'est d'abord un enjeu de santé publique. La pollution de l'air est responsable de 40.000 décès prématurés par an en France. Pour autant, les ZFE-m posent encore de trop nombreuses questions laissées en suspens depuis deux ans par l'État, aussi bien sur les modalités concrètes de mise en œuvre que des mesures d'accompagnement des particuliers et des professionnels impactés.

Les métropoles et l'État doivent travailler ensemble pour ne pas transformer les « Zones à faibles émissions » en « Zones à forte exclusion ». Il faut renforcer l'accompagnement des populations en augmentant et en élargissant les aides aux habitants des territoires voisins impactés et en simplifiant leur accès via la mise en place d'un guichet unique géré par les territoires. Il faut aussi accompagner financièrement les collectivités à investir massivement dans le développement des infrastructures de mobilités pour proposer des alternatives à autosolisme en favorisant le covoiturage et en développant les transports en commun. Nous avons eu l'occasion de faire des propositions aux ministres concernés, en particulier le ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires Christophe Béchu. Il s'est montré à l'écoute. Nous attendons que cela se traduise concrètement. Il y a urgence.

Dans ce cadre, le développement des RER métropolitains, réaffirmé par le président de la République, fait-il partie de vos priorités  ?

Nous saluons cette intention nécessaire pour atteindre la neutralité carbone en 2050 car nous sommes prêts, mais avec Régions de France et le Groupement des autorités organisatrices de transport (GART), nous disons que l'État doit s'engager pour accompagner le financement de ces investissements. Une réflexion doit s'engager avec l'État sur le modèle économique des transports collectifs, qui sont structurellement déficitaires et pour lesquels la tarification doit favoriser un usage massif et accessible à tous.

En clôture du congrès des maires, la Première ministre a érigé les communes en levier de la transition écologique. Les intercommunalités comme les vôtres ont-elles les moyens de leurs ambitions ?

Notre ambition, c'est la planète. Notre ambition, c'est d'agir pour un enjeu qui dépasse nos limites intercommunales. Les territoires urbains abritent 75 % des citoyens de l'Union européenne et consomment plus de 65 % de l'énergie mondiale. Ils représentent plus de 70 % des émissions de CO2. Il est essentiel que les villes agissent comme des écosystèmes d'expérimentation et d'innovation pour aider tous les autres dans leur transition vers la neutralité climatique d'ici 2050. Si les villes sont une part du problème, elles sont de fait une part de la solution.

Le pilotage de la transition écologique doit être territorialisé, à l'échelle du bassin de vie et au plus près des réalités de chacun. Nous le faisons déjà dans un contexte financièrement très complexe pour beaucoup de collectivités avec l'explosion des coûts de l'énergie qui pèse lourdement sur les budgets. Alors oui nous avons besoin du soutien de l'État. Nous l'avons déjà dans les mots. Dans les faits, il se fait attendre.

Nous mettons en place des Plans climat-air-énergie territoriaux, des plans de sobriété, nous intégrons les objectifs climatiques et de préservation de la biodiversité dans nos plans locaux d'urbanisme, dans nos schémas métropolitains de cohérence territoriale. Que ce soit en matière de rénovation énergétique des logements, de développement des énergies renouvelables, de mobilité, de numérique, d'économie circulaire, de qualité de l'air ou de biodiversité, nous agissons au quotidien.

Où en sont justement les métropoles dans l'élaboration et le vote de leur plan climat air énergie métropolitain (PCAEM) ?

Les Plans Climat Air Énergie Métropolitains sont essentiels car ils ont pour objectif de faire converger l'action des communes de chaque métropole en faveur de la résilience climatique, de la transition énergétique et de la qualité de l'air, en favorisant les synergies et en promouvant les actions locales et métropolitaines. La quasi-totalité des métropoles ont voté leur PCAEM ou leur PCAET. A plusieurs, on fait plus et mieux. La transition écologique ne déroge pas à la règle, au contraire.

L'heure est à la sobriété énergétique. Faute de levier fiscal depuis la suppression de la taxe d'habitation et de la CVAE à venir, de quels outils disposez-vous pour financer la transition écologique et énergétique et ainsi diminuer les émissions de gaz à effet de serre ?

Les élus locaux font face à des injonctions contradictoires : l'État nous demande d'accélérer la transition écologique et nous supprime un à un tous nos leviers d'action. Entre l'inflation et la décision incompréhensible de l'État de supprimer la CVAE, les communes et les intercommunalités sont dans un goulot d'étranglement inédit et inquiétant. L'enjeu est de pouvoir boucler nos budgets et de préserver la capacité d'autofinancement des collectivités dans les années à venir, c'est-à-dire notre capacité à invertir et à maintenir les services publics.

C'est aussi la réussite même des politiques de lutte contre le réchauffement climatique qui est posée. Car l'écologie sera sociale ou ne sera pas. Il ne peut être question de créer de nouvelles fractures ; il y en a déjà tant à résorber qu'elles soient sociales ou territoriales. Cette transition se pense à travers un accompagnement des mesures à la hauteur de leur coût pour les citoyens, en particulier les plus vulnérables mais également par une solidarité entre les territoires, en tenant compte de leurs spécificités voire de leurs difficultés. Nous sommes déterminés à aller dans ce sens, à prendre nos responsabilités.

Nous attendons que l'État réponde présent notamment au travers de cette planification écologique annoncée mais dont nous ne voyons pas encore la traduction. Dans une récente étude à laquelle France urbaine a participé, l'Institut de l'Économie pour le Climat (I4CE) chiffre à 12 milliards d'euros supplémentaires par an les investissements de collectivités locales nécessaires à la tenue des objectifs en termes de lutte contre le réchauffement climatique et pour adapter nos villes. Avec le « Fonds vert » de 2 milliards d'euros dégagé par l'État, le compte n'y est pas.

César Armand

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Commentaires 21
à écrit le 07/12/2022 à 9:33
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C'est Mme Rolland , maire de Nantes qui s'exprime .Avec un tel bilan notamment concernant la sécurité , je me planquerais nuit et jour. Si le ridicule tuait ...

à écrit le 07/12/2022 à 8:30
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Il n'y a pas à s'étonner quand on est une élue quand même hein, vous voyez bien comment ça fonctionne, ceux qui possèdent et détruisent le monde en ronflant veulent continuer de posséder et détruire le monde en ronflant sans en assumer la moindre res...

à écrit le 06/12/2022 à 18:43
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Ces gauchos du lalaland, c'est hallucinant le niveau de cretinerie !!!! Bon ils vont revenir de force sur terre tous ces détraqués.

à écrit le 06/12/2022 à 17:52
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Bonjour, 12 milliards, pourquoi pas plus, ils faut être réaliste... Actuellement nous n'ons pas les moyens d'une telle dépense... Par compte, si notre pays conduite une autre politique migratoire (migrants choisies), si nous supprimons toute les a...

le 06/12/2022 à 18:48
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... et surtout !... augmenter drastiquement les impôts de ceux qui sont incapables d'écrire un texte en français sans faire une faute à chaque ligne. J'ai notamment apprécié , je vous cite : " (migrants choisies)" , avec ce féminin révélateur d'un ...

à écrit le 06/12/2022 à 16:34
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Copine de Segolene Royal, dont sa carriere s'est finalement termine chez les pingouins?

à écrit le 06/12/2022 à 16:19
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Sous l'emprise gauchiste, la capacité de nuisance de l'État croît exponentiellement. La réponse du citoyen doit être d'anémier l'État par l'optimisation fiscale généralisée, par la captation systématique de l'argent distribué en aides dites sociales,...

à écrit le 06/12/2022 à 15:17
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La même qui était prête à financer pour 60 millions d'euros l'arbre aux hérons...juste pour satisfaire quelques bobos-urbains et en affaires avec sa municipalité, et qui a couté en bureaux d'études 8 millions d'euros ! Cette maire au bilan catastrop...

à écrit le 06/12/2022 à 10:54
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Les Nantais qui subissent la mauvaise gestion de leur Maire vont devoir sortir le chéquier pour satisfaire les écolos -socialos qui gèrent la ville.

à écrit le 06/12/2022 à 9:56
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" La transition écologique est l'une des préoccupations majeures des Français" Ah bon ?

à écrit le 06/12/2022 à 9:45
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En bonne socialiste, elle réclame encore plus d'argent. Sait-elle que l'état est en faillite et que les contribuables n'en peuvent plus ? A quand des économies dans le fonctionnement de toutes ces collectivités locales ?

à écrit le 06/12/2022 à 9:39
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Raisonnement typiquement socialiste : pour trouver pareille somme, soit on augmente les impôts soit on augmente la dette !! Mme Roland s’honorerait à faire avec les moyens dont elle dispose avec certitude……

à écrit le 06/12/2022 à 9:34
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La thermodynamique appliquée à la terre est complexe, cependant s’il nous reste des questions nous pouvons observer des faits.. Il y a 20000 ans seulement à l’échelle géologique 3km de glace recouvrait tout le nord de l’Europe et de l’Amérique, l’océ...

à écrit le 06/12/2022 à 9:29
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Qu'elle s'occupe de l'insécurité grandissante dans la ville de Nantes dont elle est la maire.

à écrit le 06/12/2022 à 9:25
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Dans un pays en faillite il faudra apprendre à financer les investissements en baissant les dépenses courantes.

à écrit le 06/12/2022 à 9:15
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bref, il faut que l'etat fasse des cheques quoi qu'il en coute aux allemands, le tout ' sans aucune consequence' sur les taux........bon, la france etant un pays en quasi faillite, les elue.es devront augmenter les impots pour sauver la planete quand...

à écrit le 06/12/2022 à 8:52
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Vous voulez pas encore plus de l'argent des contribuables ? Une vraie machine à corruption ces subventions.

à écrit le 06/12/2022 à 8:36
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Johanna Rolland? Celle qui voulait créer un deuxième stade à coté de la Beaujoire? Il y a en France des situations extravagantes...

à écrit le 06/12/2022 à 7:58
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Il n'y a pas à s'étonner quand on est une élue quand même hein, vous voyez bien comment ça fonctionne, ceux qui possèdent et détruisent le monde en ronflant veulent continuer de posséder et détruire le monde en ronflant sans en assumer la moindre res...

le 06/12/2022 à 15:39
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Madame, comme vous je souffre d'apnée du sommeil. Et pourtant je n'ai jamais détourné d'argent bien que je n'ai pas de mandat politique. Je ne manque pas le soir de réduire mon thermostat à 23° même si je laisse ma piscine éclairée la nui. C'est tell...

à écrit le 06/12/2022 à 7:37
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Adapter nos villes c'est les mettre à la campagne car il ne sera pas nécessaire de s'entasser pour dormir, le travail y sera en réduction à part pour de l'administratif ! ;-)

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