[article publié le 4 novembre 2020 à 15h20, mis à jour le 4 novembre 2020 à 17h35 avec les annonces du gouvernement sur le versement transport]
LA TRIBUNE - Dans quel état d'esprit sont les grandes villes près d'une semaine après le retour du confinement ?
JOHANNA ROLLAND - Nous nous sommes réunis mardi matin [le 3 novembre, Ndlr] en visioconférence pendant près de deux heures. De nombreux sujets ont été mis sur la table, provoquant de denses et riches échanges entre nous, et en premier lieu la situation sanitaire.
Les niveaux de l'épidémie restent encore différents selon les territoires, où de 30% à 80% des lits de réanimation sont occupés. La situation est particulièrement grave. Toutes les sensibilités politiques constatent en outre une très forte hausse de la pauvreté dans nos métropoles, mais la réponse de l'État reste largement insuffisante avec seulement 0,8% du plan de relance consacré à la question.
En première ligne, les associations nous alertent et nous devons déclencher des premières mesures, mais il nous faut des moyens de fonctionnement. Aujourd'hui, nous n'avons toujours pas de réponse du gouvernement, alors que nos dépenses de solidarité apportent des filets de sécurité. Nous avons donc décidé de confier au maire de Nancy et président de la Métropole du Grand Nancy, Mathieu Klein, un groupe de travail dédié.
Vos collectivités ont d'ailleurs déjà perdu des milliards d'euros depuis le début de la crise sanitaire. Entre la territorialisation du plan de relance et la loi 3D qui arrive au Parlement, espérez-vous toujours l'autonomie financière ?
Nous sommes unanimes sur la question des finances locales. Quid de l'autonomie des collectivités sans liberté de financement et sans garantie sur les recettes? Nous attendons ce tournant qui est absolument indispensable, mais nous n'avons obtenu aucune réponse.
La France demeure un pays jacobin et centralisé. Or, il ne peut y avoir de nouvelle étape de la décentralisation sans réelle autonomie des collectivités. A ce stade, nous entendons un Premier ministre attaché au rôle des territoires, mais nous attendons toujours, fortement et fermement, une traduction de ces éléments.
À cet égard, le sujet du versement transport [la contribution des entreprises aux collectivités pour financer les transports en commun, Ndlr] est une question d'équité. Si elle est réglée pour les autorités organisatrices de mobilité structurées en syndicats, à l'image de la solution trouvée par le gouvernement pour Île-de-France Mobilités, elle ne l'est pas pour la majorité d'entre elles qui ne sont pas en syndicat mixte. Ce sera un manque à gagner annuel de 10 à 20 millions d'euros pour nos finances dès 2020.