Construction : plus résistant que le pin, le hêtre sort du bois
Nathalie Jourdan à Rouen
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L'entreprise Manubois a mis au point une nouvelle technique de lamellé collé qui lui permet de proposer des pièces de grosse section et de grande longueur.
La forêt française est composée à près de 80% de feuillus mais la construction utilise majoritairement des résineux souvent importés. Epaulé par l’interprofession bois, le groupe normand Lefebvre veut encourager le recours au hêtre : une essence noble qui, une fois traitée, peut constituer une alternative aux structures en béton ou en métal.
Il est l'autre roi des forêts derrière le chêne. Moins prisé que son cousin, le hêtre recouvre plus de la moitié de nos espaces forestiers. Homogène, il est apprécié des fabricants de mobilier et des décorateurs d'intérieur. Le secteur de la construction, en revanche, lui préfère l'épicéa moins onéreux et plus normé.
« Le hêtre est sous valorisé et sous exploité alors que l'on valorise fortement des essences de moindre qualité », déplore Maxime Castel, chargé de développement au sein de l'entreprise Manubois, filiale du groupe Lefebvre implanté aux Grandes Ventes en Seine-Maritime au cœur d'une des plus importantes hêtraies de France (500 collaborateurs - 55 millions d'euros de chiffre d'affaires).
"Une densité hors du commun"
C'est précisément pour trouver de nouveaux débouchés à cette essence que l'entreprise normande a mis au point une nouvelle technique de lamellé collé qui lui permet de proposer des pièces de grosse section et de grande longueur.
«Les propriétés mécaniques de ce produit ont été caractérisées par l'institut technologique FCBA. Il présente une densité hors du commun, deux fois supérieure à celle de son équivalent en résineux et peut être utilisé par le bâtiment en substitution du béton et du métal pour les fortes charges», détaille Romain Mani, chargé de mission au sein de l'antenne normande de l'interprofession (Fibois).
Également soutenu par l'Ademe et les Régions Ile-de-France et Normandie dans le cadre du Contrat de plan de la vallée de Seine, ce projet collaboratif dénommé Probois entre opportunément en résonance avec la nouvelle réglementation (RE2020) qui régira les performances environnementales des bâtiments neufs à compter de l'été prochain ; et dont on sait qu'elle fera la part belle aux matériaux bio-sourcés.
« La période est favorable à ce type de produits 100% renouvelables et recyclables, note Maxime Castel. Le marché est prêt et il y a une volonté de la filière de raccourcir les circuits en encourageant l'usage des feuillus français ».
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Un substitut durable au béton
Un premier bâtiment démonstrateur verra d'ailleurs le jour cet été au sein de l'éco-quartier Flaubert aménagé par la Métropole de Rouen qui a exigé des promoteurs au moins 29 kilos de bois par mètre carré construit pour alléger son bilan carbone et, au passage, mettre en avant son territoire "à 30% forestier".