Des milliards pour redynamiser l'économie, des miettes pour la transition verte ?

FACE A LA CRISE. Afin de sortir de la récession, des montants gigantesques ont été mobilisés. Mais la part dédiée à la la lutte contre le réchauffement reste très insuffisante, malgré l'urgence.

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+ 1,5 °C : Limite du réchauffement climatique fixée par les accords de Paris et qui paraît déjà inatteignable !
+ 1,5 °C : Limite du réchauffement climatique fixée par les accords de Paris et qui paraît déjà inatteignable ! (Crédits : CC / Pixabay)

Les chiffres donnent le tournis. 750 milliards d'euros par-ci, 540 milliards d'euros par-là en Europe. Et 2.000 milliards de dollars (1.780 milliards d'euros) aux États-Unis. Ou encore 3.600 milliards de yuans (450 milliards d'euros) en Chine. Ces derniers mois, les États ont promis de mobiliser des sommes colossales, et inédites, pour voler au secours de leurs économies, stoppées net par la propagation rapide du COVID-19. Après l'urgence s'ouvre désormais le temps de la relance. Et avec lui, une question primordiale : doit-il aussi chercher à accélérer la transition énergétique ?

Les enjeux sont connus. Pour atteindre les objectifs fixés en 2015 par les accords de Paris sur le climat, dont le plus ambitieux vise à limiter le réchauffement climatique à 1,5°C par rapport à la période préindustrielle, les plus grandes économies mondiales doivent fortement réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. La crise sanitaire a illustré l'ampleur des efforts nécessaires pour y parvenir.

« Il faudrait les effets d'un Covid-19 qui s'ajoute chaque année », souligne Gérald Maradan, le directeur général de la société de conseil EcoAct.

Si l'objectif de 1,5 °C apparaît déjà inatteignable, rester sous la barre des 2 °C demeure encore possible, estime le dirigeant. À condition, bien sûr, de s'en donner les moyens.

Un "green new deal" difficile à tenir

La crise économique offre, paradoxalement, une nouvelle chance aux États pour se montrer à la hauteur des enjeux.

« Les gouvernements doivent poursuivre deux objectifs : un plan de relance, pour redynamiser l'économie et créer des emplois, et une accélération de la transition énergétique », estime Roberto Bocca, responsable Énergie au sein du Forum économique mondial.

Autrement dit, puisqu'ils vont dépenser des milliards d'euros pour stimuler l'activité, autant investir dans le développement de la filière hydrogène, dans les véhicules et mobilités électriques, dans la capture du carbone, dans de nouvelles infrastructures énergétiques, dans la rénovation des bâtiments...

« Les besoins d'investissements sont considérables », note Ambroise Fayolle, vice-président français de la Banque européenne d'investissement (BEI).

Mais la période représente aussi un risque :

« Vouloir relancer l'économie qui existe déjà au lieu de faire émerger celle du futur. Et donc vouloir préserver les emplois d'aujourd'hui au détriment des emplois de demain », craint Roberto Bocca.

Chercheur à l'université de Liège et membre du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec), François Gemenne est encore plus pessimiste. Selon lui, les gouvernements pourraient être tentés de « tendre une bouée de sauvetage à l'industrie fossile » plutôt que de mettre en place un Green New Deal, indispensable pour faire émerger une économie post-carbone.

« Au lieu de cela, on risque bien de faire exactement le contraire, et de revenir plusieurs années en arrière », redoute-t-il.

Et de citer les exemples du Canada, qui veut relancer son industrie pétrolière et gazière, et de la Chine, qui envisage de construire des centaines de nouvelles centrales à charbon. Sans aller jusque-là, une étude publiée en mai par l'université d'Oxford - à laquelle ont notamment participé le Prix Nobel Joseph Stiglitz et l'économiste du changement climatique Nicholas Stern - jette le doute sur la motivation des États à accélérer la transition. Sur les 7 300 milliards de dollars de dépenses fiscales adoptées par les pays du G20, seulement 4% sont de nature à faire baisser les émissions. Dans le même temps, 92% des dépenses maintiennent le statu quo climatique. S'il s'agit principalement d'aides aux salariés touchés par la crise économique, en particulier des mesures de chômage partiel, ces actions incluent également « des plans de sauvetage des compagnies aériennes non assortis de conditions », notent les auteurs.

Et quand des conditions ont été imposées, comme l'a fait le gouvernement français avec Air France et Renault, elles sont souvent « symboliques », dit Gérald Maradan.

« Nous sommes en train de laisser passer l'opportunité du pilotage d'une vraie stratégie climat des entreprises, regrette-t-il. C'est aujourd'hui que des aides massives des États pourraient contraindre des industries à se transformer. »

Autre illustration au Canada, où les entreprises aidées par l'État ne s'engagent, en contrepartie, qu'à soumettre un rapport sur leur risque climatique...

Parallèlement, « beaucoup de gouvernements risquent aussi d'en profiter pour remettre en cause les quelques mesures engagées pour lutter contre le changement climatique, au nom de la relance économique », ajoute François Gemenne.

En Europe, note-t-il, la République tchèque et la Pologne ont déjà demandé l'abandon du Pacte vert européen, mesure phare de la nouvelle Commission, présidée par l'Allemande Ursula von der Leyen. Et aux États-Unis, le président Donald Trump a profité de la période pour assouplir, voire supprimer, plusieurs normes environnementales. Notamment pour les centrales à charbon.

Prise de conscience salutaire

« Au-delà de la crise économique, sur laquelle les acteurs publics sont très déterminés, l'ambition climatique restera très forte et ne sera pas remise en cause par la crise actuelle », veut croire Ambroise Fayolle, alors que la BEI s'est engagée, fin 2019, à décupler ses financements verts et à ne plus soutenir des projets fossiles. La raison de son optimisme :

« Une prise de conscience au niveau des États, des collectivités territoriales et de l'opinion publique. »

De fait, ces derniers mois, les appels se sont multipliés en faveur d'une relance verte, rassemblant des personnalités, des politiques, des chefs d'entreprise, des financiers... Si des mesures de relance verte sont souhaitables pour le climat, elles le sont également pour l'économie, conclut par ailleurs l'étude menée par l'université d'Oxford.

« Les projets verts créent plus d'emplois, génèrent des rendements à court terme plus élevés par dollar dépensé, et conduisent à de plus grandes économies de coûts à long terme, par rapport aux mesures de relance budgétaire traditionnelles », avancent ses auteurs.

Et de préconiser des « mesures de relance qui cherchent des synergies entre les objectifs climatiques et économiques ».

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Commentaires 7
à écrit le 21/07/2020 à 1:29
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J'espère qu'il y aura un gros financement de la filière Thorium en lieu et place des EPR 2...

à écrit le 20/07/2020 à 14:20
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il me semble que les 1,5° c'est déjà du passé, informez vous mieux des milliers de scientifiques ont appelés à cesser de faire croire à des fadaises. Ce système ne veut pas se remettre en cause donc les conséquences seront désastreuses comme prévu. A...

à écrit le 20/07/2020 à 13:14
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La seule action îndispensable c'est le substitut au pétrole au charbon , la guerre du feu depuis la nuit des temps . L' HYDROGÈNE .

à écrit le 20/07/2020 à 10:33
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"750 milliards d'euros par-ci" Heu... faites attention quand même on est en UERSS hein, à savoir c'est pas encore voté ! ^^

à écrit le 20/07/2020 à 9:55
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Nous n'allons pas nous ruiner pour cette transition verte pendant que le reste du monde ne fait rien. De plus avec nos belles règles européennes, il est impossible d'exiger que ce soit des travailleurs français qui fassent le travail. Même si ce sont...

le 21/07/2020 à 1:31
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Les gros bataillons de travailleurs détachés sont dans l'agriculture...

à écrit le 20/07/2020 à 7:41
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