L'industriel Ineos Inovyn mise sur un camion à hydrogène pour livrer son PVC

JURA. C’est la première entreprise en Europe à utiliser un camion à hydrogène pour le transport du PVC. Ineos Inovyn, producteur de PVC dans le top 3 mondial, prévoit, courant 2023, des livraisons depuis son usine de production à Tavaux jusqu’à Dijon. Objectif : économiser 60 tonnes de CO2 par an.
« L'idée est de transformer les camions que nous utilisons par des camions électriques mais aussi des camions à hydrogène sur des distances plus longues ».
« L'idée est de transformer les camions que nous utilisons par des camions électriques mais aussi des camions à hydrogène sur des distances plus longues ». (Crédits : Inovyn Ineos)

Pourquoi se lancer dans un projet de camion à hydrogène plutôt qu'un camion au GPL (gaz pétrole liquéfié) ? C'est que l'hydrogène fait déjà partie de l'ADN du leader européen de production de PVC. De par son expérience en tant qu'industriel spécialisé en chimie, Inovyn (4,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires, 4.200 employés dans 8 pays en Europe) est le plus grand opérateur d'électrolyse en Europe. En effet, pour fabriquer du PVC, un des ingrédients de base de la formule est le chlore fabriqué par électrolyse d'eau salée. Un savoir-faire qui a amené le groupe à se positionner, il y a deux ans, sur cette nouvelle énergie durable en créant une nouvelle entité spécialisée en hydrogène.

Inovyn était à l'origine une co-entreprise Ineos et Solvay, créée en 2015, mais le britannique Ineos est devenu propriétaire à 100% après un an. Inovyn est aujourd'hui une filiale du groupe.

« Nous avons pris conscience que nous étions capables de produire de l'hydrogène vert par électrolyse de l'eau puisque nous maitrisons déjà le process par électrolyse de l'eau salée », confie Wouter Bleukx, directeur commercial hydrogène chez Ineos Inovyn. Ce dernier constate qu'Inovyn génère déjà près de 500.000 tonnes d'hydrogène par an sous forme de co-produit dans ses process chimiques. « Nous avons décidé de valoriser cet hydrogène mais aussi de produire de nouvelles sources d'hydrogène vert par électrolyse de l'eau », précise-t-il.

Pour répondre aux objectifs européens de neutralité carbone d'ici 2050, le groupe s'est fixé une première marche à 33% d'ici 2030. Il voit dans l'hydrogène, un outil pour y parvenir : « Nous ne voulons pas seulement être un producteur mais aussi un consommateur d'hydrogène vert ou bas carbone pour diminuer nos émissions de CO2 », souligne Wouter Bleukx.

L'achat d'un camion à hydrogène

Enfin, Inovyn a pour but de décarboner ses flux logistiques : « L'idée est de transformer les camions que nous utilisons par des camions électriques mais aussi des camions à hydrogène sur des distances plus longues », explique Wouter Bleukx. C'est pour cette raison, que le leader européen de production de PVC s'est lancé un premier défi en investissant avec son partenaire logistique et son client dans un camion à hydrogène, environ cinq fois plus cher qu'un camion traditionnel.

Or, pour l'instant, sur le marché, il n'existe pas beaucoup de constructeurs de camion à hydrogène. Aussi, Ineos Inovyn s'est associée à GCA Trans Service, logisticien, pour mettre en œuvre ce nouveau camion à hydrogène construit sur la base d'un châssis DAF, dans lequel le moteur diesel est remplacé par des piles à hydrogène. Le camion, qui sera ravitaillé dans une station locale de Dijon fournissant de l'hydrogène 100 % vert, dispose d'une autonomie pouvant aller jusqu'à 500 km. « Outre son coût important, les deux principales difficultés étaient de trouver une station de ravitaillement opérationnelle en 2023 et un client à la fois proche de cette station et de notre usine de Tavaux », explique Wouter Bleukx. L'usine de Benvic qui est un leader mondial du compoundage (processus permettant le mélange par fusion d'un polymère avec un ou plusieurs additifs afin d'obtenir une matière plastique ndlr) et le plus grand compounder européen indépendant de PVC, situé à Dijon, soit à une cinquantaine de kilomètres de Tavaux, répondait à tous ces critères. Ce partenariat permet à Benvic d'améliorer la performance environnementale de son produit : « Nous sommes très fiers d'être l'un des premiers partenaires d'Inéos Inovyn à nous engager dans la technologie à base d'hydrogène pour nos livraisons », confie Luc Mertens, CEO de Benvic.

Une station hydrogène à Tavaux ?

Suite à ce projet pilote, Inovyn envisage des projets similaires avec d'autres clients au Benelux pour la fin de l'année 2023. Des projets de stockage d'hydrogène et de développement de l'approvisionnement de filières de produits chimiques en aval pourraient voir le jour prochainement. Et pourquoi pas une pompe de ravitaillement en hydrogène décarboné pour tous les camions qui viennent se charger en produits chimiques sur le site de Tavaux ?

Lire aussiSolvay entérine son projet de coentreprise avec Ineos pour créer Inovyn

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Commentaire 1
à écrit le 25/01/2023 à 8:39
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Et on leur en met quand des voiles à ces pachydermes cauchemardesque là aussi ? Nos infrastructures routières anéanties par les camions de l'Europe entière et seulement payées par les français. Une situation incompréhensible c'est l'argent public qui...

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