La Mayenne verdit son budget et ses ambitions

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En Mayenne, 81,8% des dépenses budgétaires n’auraient pas d’impact sur l’environnement. Le conseil départemental veut bâtir une stratégie sur 5  à 10 ans pour répondre aux enjeux du climat avant 2050.
En Mayenne, 81,8% des dépenses budgétaires n’auraient pas d’impact sur l’environnement. Le conseil départemental veut bâtir une stratégie sur 5 à 10 ans pour répondre aux enjeux du climat avant 2050. (Crédits : D.R)
La Mayenne ambitionne de devenir le premier département « bas carbone » de France. Le conseil départemental vient d’annoncer avoir voté son premier « budget vert ». Faut-il y voir une volonté affirmée de s’engager vers l’écologie ou une simple opération de communication dans la perspective du prochain scrutin départemental ?

Coup de com ou volonté affirmée d'inscrire la défense de l'environnement au menu des décisions mayennaises...? Dans ce département où les élus écologistes ont disparu de l'assemblée lors des dernières élections de 2015, le conseil départemental vient de voter « à l'unanimité » son premier budget « vert ». Un budget 2021 de 358 millions d'euros, avec un niveau d'investissement qualifié de « record ». A savoir, 87 millions d'euros fléchés vers l'économie locale, l'emploi et l'aménagement du territoire, où figurent, en première ligne, les travaux routiers (29 millions d'euros) avec la finalisation du viaduc sur la rivière la Mayenne et de Cossé-le-Vivien et la poursuite des contournements de Château-Gontier-sur-Mayenne et la modernisation des collèges publics, qui devrait être accélérée par le plan Mayenne Relance, et, enfin, un gros volet (125 millions d'euros) consacré à l'action sociale de proximité.

Une méthode éprouvée

Au total, trente-six programmes et deux budgets annexes relatifs au traitement des déchets, au laboratoire départemental d'analyses et au centre de valorisation énergétique des déchets de Pontmain ont été passés au crible pour mesurer l'impact environnemental de ces décisions. « Nous n'avons rien inventé. Nous avons déployé la méthodologie proposée par l'Inspection Générale des Finances (IGF), le conseil général de l'environnement et du développement durable (CGEDD) et modélisée par l'Institut de l'économie pour le climat (I4CE). Une solution déjà éprouvée par l'Etat », affirme Olivier Richefou (UDI), Président du Conseil départemental. L'analyse porte sur six critères ; l'adaptation ou la lutte contre le changement climatique, la gestion durable de l'eau, la transition vers une économie circulaire et la prévention des risques, la lutte contre les pollutions, la préservation de la biodiversité et la gestion durable des espaces naturels, agricoles et forestiers.

Des marges de manœuvres à trouver

Selon cette grille, 81,8% des dépenses budgétaires n'auraient pas d'impact sur l'environnement, 13% y serait favorable et 6% à 7% défavorable. « On trouve dans ce dernier point ; les matériaux utilisés pour les travaux routiers, ceux venus d'Asie pour la construction de bâtiment ou encore les investissements informatiques dont les appareils proviennent souvent d'Inde ou de Chine », remarque Olivier Richefou qui ajoute que «l'intérêt de cette première étape est d'avoir une photographie des actions à l'instant T et de pouvoir sensibiliser les élus, les services et les habitants. »

olivier richefou, president CD Mayenne

« Il faut désormais intégrer dans les mentalités que chaque action est soumise à une cotation et que chaque engagement financier est aussi un engament environnemental », souligne le patron du département, qui s'attendait « à avoir une part plus importante d'actions défavorables ». « Mais là où des marges de progrès existent, c'est sur les actions dites neutres pour l'environnement. On a besoin d'aller plus dans le détail. Sans être des ayatollahs de l'environnement, qui peut ignorer quand on est en responsabilité élective, que l'environnement est un critère à intégrer dans nos politiques. Ce dispositif va nous permettre de mesurer l'évolution dans le temps », affirme celui qui veut faire de la Mayenne le premier département « bas carbone » de France.

Le oui, mais... des écologistes

Si ces annonces interpellent les écologistes, elles ne les laissent pas moins sceptiques. « En soi, l'outil est intéressant, l'objectif bas carbone... très bien, ensuite tout dépend de l'ambition véritable. Aujourd'hui, le département se targue de 81,8% d'actions neutre -Or elles ne sont ni bonnes ni mauvaises- , ce qu'on voudrait, ce sont des actions positives pour, par exemple, enrayer la dégradation du paysage mayennais dont le bocage souffre de l'intensification de l'activité agricole, et dont les effets de compensation provoquent une spéculation sur les crédits carbone. Sans être dans le mouvement contre la 5G, on regrette la destruction d'arbres pour l'installation de la fibre », observe Maël Rannou, coordinateur d'EELV 53, qui entend retrouver des sièges au conseil départemental lors des prochaines échéances électoral. Lui, en tout cas, se dit prêt à être actif. « Ce n'est pas un budget vert que l'on souhaite, c'est une politique... verte dans son ensemble. J'espère qu'au-delà de l'effet d'annonce, ce sera véritablement suivi de projets écologiques et notamment sur la biodiversité», ajoute sa co-listière Solène Mesnager, un brin dubitative. « Le problème de la Mayenne, ce sont les transports. Le département est traversé par la ligne TGV Paris Rennes, mais au Nord et au Sud du territoire, faute d'infrastructures ferroviaires, les gens sont contraints de prendre leur voiture, ce qui génère la construction de quatre voies qui empiètent sur la nature», résume-t-elle.

La Mayenne, terre d'ambitieux

Pour le député socialiste de la Mayenne, Guillaume Garot, qui dit partager l'intention, « un budget vert, c'est un point de départ. Ensuite il faudra veiller, budget après budget, que l'on est bien dans une réorientation de l'action publique. Pour réduire, les émissions de gaz à effet de serre, il n'y a pas de secret, les leviers, sont le logement, les déplacements, notamment l'adaptation des transports publics en milieu rural, à l'instar de l'autopartage déployé dans le Nord Mayenne qui connait un vrai succès, et enfin, l'alimentation et l'agriculture. Même s'il n'a pas toutes les compétences, le département a, sur chacune de ces politiques, une capacité à agir », indique l'homme politique, candidat aux régionales 2021, qui appelle à plus de cohérence et de diversité des moyens de transports sur le territoire.

Suite à ce premier éclairage et pour parvenir à ses ambitions « bas carbone », le département de Mayenne a d'ores et déjà lancé un appel d'offres et sélectionné un cabinet d'études chargé de l'épauler dans ses démarches. Objectif : accélérer et d'aller plus loin dans le verdissement du parc automobile public, poursuivre la pose de panneaux solaires dans les collèges, multiplier la plantation de haies bocagères ou encore, créer une plateforme de la rénovation énergétique, etc. « Nous avons dressé l'état des lieux, il s'agit maintenant de savoir quel sont les axes d'amélioration pour bâtir une stratégie, sur 5, 7 ou 10 ans, sans attendre 2050. Ce qui nous permettra, ou à l'équipe qui nous succédera, de décliner le programme à mettre en œuvre », explique l'ambitieux, Olivier Richefou qui, s'il n'a pas officialisé sa candidature à la présidence du département, a indiqué son intention de briguer la présidence des départements de France.

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Commentaires
a écrit le 10/02/2021 à 10:22 :
Je cherche les contacts directs car J'ai un groupe des chercheurs oeuvrant de le domaine environnemental dans le parc salonga

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