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"Les perspectives restent très bonnes pour les énergies renouvelables"

Propos recueillis par Jérôme Marin

Publié le 17 avril 2020 à 08:33 - Mis à jour le 17 avril 2020 à 08:45

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LE MONDE D'APRÈS. Pour Xavier Barbaro, PDG du producteur d'énergies renouvelables Neoen, la crise du coronavirus va pousser les pays à produire de l'énergie de manière décentralisée et sans dépendre des importations.

LA TRIBUNE - Lors de la publication de vos résultats annuels, vous avez prévenu que votre rythme de construction et de mises en service allait ralentir. Quels sont les défis que vous rencontrez ?

Xavier Barbaro - Nous anticipons des perturbations qui s'étalent sur douze mois. Nous faisons partie de la minorité des entreprises qui n'ont pas interrompu leurs activités. Nos salariés sont habitués à se déplacer et à travailler depuis un site distant. En France, la construction de nos centrales a été interrompue mais nos fournisseurs sont en train de s'organiser pour reprendre les chantiers. A l'étranger, la situation dépend des pays. En Australie, par exemple, la construction se poursuit. Sur ces chantiers, les panneaux solaires, les cables électriques, les structures métalliques sont déjà là. Ce qui est train de manquer c'est la main d'oeuvre pour les assembler. Dans les prochains mois, le problème sera différent: il faudra rassembler à nouveau tous ces éléments. Nous risquons d'être confrontés à un effet cumulatif: en raison des vagues successives de confinement, il manquera soit un composant, soit un expert. En outre, nous dépendons aussi d'autorisations administratives, pour lesquelles nous pourrions subir un effet rattrapage où nous serions pris dans le lot de toutes les procédures à relancer.

Pour autant, vous restez confiant sur les perspectives à long terme

Nous sommes intiment persuadés que les perspectives sont très bonnes, car les énergies renouvelables résonnent sur des thèmes actuels extrêmement forts. Notre activité se développait déjà très vite, non seulement parce qu'elle est verte mais aussi parce qu'elle désormais très compétitive sur le plan économique, alors qu'elle était très subventionnée il y a dix ans. S'y ajoute désormais un autre thème

 dont la valeur n'était jusqu'à présent pas forcément perçue: la capacité

de produire de l'énergie de manière décentralisée, à l'échelle d'un pays, sans dépendre des importations. Nous le voyons aujourd'hui, chacun garde ses masques ou ses ventilateurs. Le jour où il y aura une crise dans l'énergie, nous serons bien contents d'avoir une production locale forte. Cette crise va aussi renforcer notre volonté d'avoir des sociétés plus propres, moins polluées. En outre, les changements économiques qui s'amorcent pour le monde d'après seront bénéfiques pour les énergies renouvelables. Que ce soit les voitures électriques, qui sont à un tournant alors que les gens prennent goût à l'absence de pollution et de bruit, ou les datas centers avec le télétravail, la migration vers le cloud et la hausse de consommation de bande passante à la maison. Les renouvelables vont être un thème d'avenir, surtout dans le cadre d'un plan de relance.

Ne faudrait-il pas aussi produire localement les panneaux solaires par exemple ? Est-ce encore possible ?

Bien sûr. Les discussions s'accélèrent pour savoir comment on peut avoir en France des usines de batteries ou de panneaux solaires. Fabriquer un panneau solaire ce n'est pas très compliqué: pour 90% des panneaux dans le monde, c'est du silicium et un peu d'électronique. C'est a dire des choses qui peuvent parfaitement se produire sans que l'on soit dépendant de matériaux étrangers. Les usines chinoises sont de superbes objets industriels, de très grandes tailles, avec d'importantes économies d'échelles. On pourrait avoir les mêmes en France ou en Europe. Il n'est pas encore trop tard: il est encre possible d'avoir une industrie européenne du module photovoltaïque ou de la batterie. Un panneau européen est 10% et 15% plus cher qu'un panneau chinois. Il faut une volonté politique, par exemple en valorisant le bilan carbone dans les appels d'offres et les retombées économiques.

La chute des cours du baril de pétrole est-elle un défi pour les énergies renouvelables, même si certains projets pétroliers vont s'arrêter ?

En tant que citoyen, je ne vais pas pleurer sur la perte d'équilibre économique des sables bitumeux de l'Alberta ou d'autres projets qui sont des aberrations écologiques. Cela peut faire un peu le tri entre les bons projets pétroliers et les mauvais. J'espère cependant que les cours du pétrole remonteront un peu - et d'ailleurs leur niveau n'est pas soutenable pour les pays producteurs qui ont des budgets à équilibrer. Nous avons envie d'être comparés à des prix du pétrole qui sont réalistes. En ce moment, nous ne sommes pas vraiment compétitifs, mais dans six mois nous le serons redevenus. Si on regarde sur les dernières années, en moyenne, nous le sommes. Nos clients restent, en outre, intéressés par notre électricité parce que cela reste une bonne manière de se protéger en s'engageant sur des prix fixes sur plusieurs années.

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Le prix du baril va-t-il encore pousser les grands groupes pétroliers à encore accélérer dans le renouvelable ? Et devenir de nouveaux rivaux pour Neoen ?

Leur intérêt pour les renouvelables n'est pas nouveau. BP et Shell s'étaient intéressés au solaire il y a une dizaine d'années. Mais ces grands groupes pétroliers sont en train d'accélérer. Ils sont principalement intéressés par l'éolien en mer, parce que cela ressemble à leurs plates-formes pétrolières, et par le solaire parce que cela se déploie rapidement sans grande barrière à l'entrée. On voit par exemple Total être un acteur très dynamique. Cela ne nous fait pas peur. Nous avons des concurrents de grandes tailles depuis toujours, plutôt des énergéticiens classiques comme Engie ou Enel. Nous sommes suffisamment agiles pour garder notre croissance. En outre, nous sommes sur un secteur très large: environ 200 milliards de dollars par an d'investissements dans le monde. Il y a donc de la place pour des acteurs comme nous.

La COP 26 a été repoussée en raison du virus. Restez-vous confiants sur la capacité des Etats à s'entendre ? Cela était déjà difficile avant, cela risque de l'être encore plus dans un contexte de relance économique et de déficits publics croissants.

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Je ne pense pas que ces grands-messes vont donner grand chose. Mais en même temps, ce n'est pas grave. Aujourd'hui, le besoin d'une transition énergétique est suffisamment ancré dans l'esprit de chaque pays, de chaque entreprise, de chaque consommateur pour que nous n'ayons plus besoin de grands accords internationaux, trouvés dans la douleur au cours de la dernière nuit de négociations, qui ne sont de toute façon pas complètement engageants et qui peuvent être remis en cause par le gouvernement suivant. Ce qui important, c'est ce qui est en train de se passer en ce moment. Cela va accélérer la volonté des consommateurs finaux de participer à la transition énergétique, la volonté des grandes entreprises de montrer qu'elles jouent le jeu, la volonté des Etats réinternaliser la production énergétique avec du renouvelable. Je serai ravi que la COP 26 débouche sur quelque chose, mais nous n'aurons pas de cela pour avancer.

Propos recueillis par Jérôme Marin

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