Le coronavirus, une "bombe à retardement pour le climat"

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(Crédits : Gonzalo Fuentes)
LE MONDE D’APRÈS. Au-delà effets positifs de court terme pour l’environnement, la crise actuelle sera une catastrophe pour la lutte contre le changement climatique, estime le chercheur François Gemenne.

La baisse de la pollution et des émissions de gaz à effet de serre, constatée dans de nombreux pays en raison de la chute de l'activité économique et des déplacements, ne doit pas faire croire à l'opinion publique que la crise du coronavirus est bénéfique pour l'environnement. C'est avertissement lancé par François Gemenne, chercheur à l'université de Liège et membre du Giec, dans une tribune publiée dans le quotidien belge Le Soir. Et de prévenir:  "A long terme, cette crise sera une catastrophe pour le climat".

Pour le chercheur, les effets positifs à court terme n'auront en effet aucun impact sur la trajectoire du réchauffement climatique, que les pays signataires de l'Accord de Paris se sont engagés à limiter à 2°C, voire même à 1,5°C, d'ici à 2010 par rapport aux niveaux préindustriels. "Le climat a besoin d'une baisse soutenue et régulière des émissions de gaz à effet de serre, pas d'une année blanche", note François Gemenne. D'autant plus, poursuit-il, que les émissions rebondiront une fois la crise sanitaire et économique passées, comme l'a démontré de la récession de 2008-2009.

Pis encore, estime le membre du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, les gouvernements pourraient être tenté de "tendre une bouée de sauvetage à l'industrie fossile" plutôt que de mettre en place le "Green New Deal" indispensable pour faire émerger une économie post-carbone. "Au lieu de cela, on risque bien de faire exactement le contraire, et de revenir plusieurs années en arrière", redoute-t-il. Et de citer les exemples du Canada, qui veut relancer son industrie pétrolière et gazière, et de la Chine, qui envisage de construire des centaines de nouvelles centrales à charbon.

Parallèlement, "beaucoup de gouvernements risquent aussi d'en profiter pour remettre en cause les quelques mesures engagées pour lutter contre le changement climatique, au nom de la relance économique", insiste François Gemenne. En Europe, note-t-il, la République Tchèque et la Pologne ont déjà demandé l'abandon du "Green New Deal" européen, mesure phare de la nouvelle Commission, présidée par l'Allemande Ursula von der Leyen. La COP26, qui doit se tenir en novembre à Glasgow, permettra d'y voir plus clair: un après l'accord minima de la COP 25, les Etats accepteront-ils de prendre des mesures encore plus fortes ?

A force de répéter qu'il faut appliquer au climat les mêmes mesures que celles prises face à l'épidémie du coronavirus, la crise actuelle présente, enfin, un dernier risque: "installer l'idée que la lutte contre le changement climatique implique la mise à l'arrêt de l'économie, la limitation des échanges et l'enfermement chez soi", avance François Gemenne. Ce qui pourrait l'adhésion de la population. "La crise du coronavirus et le changement climatique possèdent évidemment de nombreux traits communs - leur caractère mondial, la nécessité de réponses urgentes, les alertes scientifiques - mais ce sont deux problèmes fondamentalement différents, qui appellent des réponses différentes", souligne le chercheur. Et de conclure:

"Le changement climatique n'est pas une crise: c'est une transformation irréversible. Il n'y aura pas de retour à la normale, pas de vaccin contre le changement climatique. Et il faudra des mesures structurelles, qui engagent une véritable transformation de la société et de l'économie".

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a écrit le 02/04/2020 à 16:29 :
Il parait que ce sont toutes les planètes du système solaire qui se réchauffent, même la très lointaine Pluton. L'effet de l'homme sur le réchauffement du système solaire reste à prouver!
Si j'apprécie une chose dans cette situation de crise, c'est que le ciel est beaucoup plus bleu, et que l'on n'y voit plus les trainées des avions. C'est sûr qu'il y a beaucoup moins de pollution et je m'en réjouis. Se battre pour diminuer la pollution à du sens pour moi, mais votre réchauffement climatique du à l'homme je n'y crois pas. La terre a connu des variations de températures bien plus grandes aux cours des millénaires, et le propre de l'homme, c'est de s'adapter à la vie. S'il fait 2 degrés de plus, à la fin du siècle, hé bien l'homme vivra très bien quand même. Et d'autre part, s'attaquer au CO2 qui est source de vie, et qui est produit en masse par les océans est une aberration!
Réponse de le 02/04/2020 à 17:04 :
Houla, la c'est du lourd, du très lourd !
Climatosceptique et complotiste des chemtrails, je parierais bien que c'est un antivax celui là.
Réponse de le 02/04/2020 à 17:04 :
Houla, la c'est du lourd, du très lourd !
Climatosceptique et complotiste des chemtrails, je parierais bien que c'est un antivax celui là.
Réponse de le 04/05/2020 à 19:55 :
Le réchauffement climatique est une vaste fumisterie, les écolosbobos peuvent se réjouir actuellement de la diminution des émissions de CO2 et de la décroissance que cela entraîne, sauf que cela amènera crise économique, sociale, monétaire, donc chomâge de masse. Mais ils s'en fichent puisque de toutes façons ils ne bossent pas et vivent aux frais de la société.
a écrit le 01/04/2020 à 16:34 :
Il n'y aucune raison de changer de direction dans la lutte pour une meilleure économie respectueuse de la planète et de tous ses habitants.
Le problème du retard pris ne doit pas conduire à rendre anxiogène sur ce plan, ceux qui croient qu'on peut aller vite dans ce domaine sans effets sociaux dommageables ( taxes et normes techniques affaiblissant les plus fragiles )sont soient des extrémistes comme l'ont pu être l'URSS ou la Chine dans leurs projets communistes soient des gens pas très sérieux.
Le réchauffement climatique de toute façon , s'il est bien principalement du fait de l'activité humaine, ne peut être inversé sur un cours terme, donc il faut raison garder.
Réponse de le 02/04/2020 à 9:36 :
C'est affligeant en 2020 de lire à propos du changement climatique des allégations telles que "s'il est bien principalement du fait de l'activité humaine".... Renseignez-vous, lisez les rapports des scientifiques qui travaillent sur le sujet depuis des décennies. Sur tous les fronts, les faits ne manquent pas. Et si des avis d'experts ne vous suffisent pas, allez vous balader dans la nature autour de chez vous, observez, comparez. Ouvrez les yeux.
a écrit le 01/04/2020 à 14:22 :
Je suis plus pragmatique. Pour l'instant je constate qu'avec les attestations obligatoires et beaucoup plus volatiles et éphémères que le virus, se sont des xxx hectares de forêts qui sont abattues...(je laisse aux experts si nombreux en ces temps difficiles le soin de le calculer)! On est loin des discours incitant à la dématérialisation pour lutter contre le réchauffement climatique. On peut même se poser la question (subsidiaire) quelle valeur donne-t-on sur cette attestation à "sur l'honneur"?
En résumé, après la crise, nous verrons bien (ou pas) la sincérité des dirigeants de ce bas monde en matière de lutte contre le réchauffement climatique!
a écrit le 01/04/2020 à 12:28 :
On s'en tape du réchauffement climatique, il faut relancer immédiatement et massivement nos économies, quelle différence avec 1 ou 2 degrés de plus ou de moins si nous sommes tous chômeurs, SDF, malades, rmistes et j'en passe. Balayons toutes ces utopies et reconstruisons nos économies rapidement afin de retrouver prospérité et plein emploi.
Réponse de le 01/04/2020 à 17:28 :
C'est une blague hein ?
Réponse de le 01/04/2020 à 19:19 :
En relançant l'économie et le plein emploi, à 8 ou 9 milliards d'humain et avec les mêmes besoins energivores, c'est 6 degrés au moins d'ici la fin du siècle. Il faudrait institué un TPI avec des inculpations pour crime contre la planète et donc contre l'humanité...
a écrit le 01/04/2020 à 12:10 :
"Ce qui pourrait l'adhésion de la population." >il manque un verbe...
a écrit le 01/04/2020 à 10:40 :
On peut espérer que la Chine consciente d'une pollution omniprésente de ses villes et tt particulièrement d'un air de plus en plus pollué et irrespirable qui a probablement contribué à diffuser le virus, va fortement infléchir sa politique énergétique encore basée sur le tt fossile ( ctrales nucléaires ou à GN plutôt que charbon, transition accélérée vers les transports électriques ).
Ce serait un signal fort pour les autres nations.
a écrit le 01/04/2020 à 10:29 :
On comprend l'inquiétude des chercheurs qui ont bâti leur plan de carrière sur une théorie soutenue par un large consensus scientifico-politique, et qui risque à présent d'être mise à mal par une baisse brutale et prolongée du principal facteur sur lequel elle était fondée.
a écrit le 01/04/2020 à 9:28 :
Rien ne pourra enrayer le réchauffement climatique, nos dragons célestes savaient depuis au moins 30 ans et ont décidé de ne rien faire

Par contre on supportera bien mieux la chaleur avec un air beaucoup moins pollué donc oui la crise du covid est bonne pour la nature dont nous faisons partie même si en étant une ennemie.

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