Municipales 2020  : à quand la vague verte tant attendue  ?

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Si l'éveil d'une conscience collective est en cours, nous avons besoin d'une implication concrète et forte de tous nos élus locaux.
Si l'éveil d'une conscience collective est en cours, nous avons besoin d'une implication concrète et forte de tous nos élus locaux. (Crédits : DR)
OPINION. À moins de six mois des élections municipales en France, il est plus que jamais essentiel que les candidates et candidats prennent véritablement le sujet du "vert" en ville à bras le corps ! Par Hugo Meunier, défenseur du vert en ville et fondateur de Merci Raymond.

Protection de la biodiversité, diminution des îlots de chaleur urbains, limitation du
ruissellement des eaux de pluie, absorption des gaz polluants, création de lien social,
amélioration du bien-être des habitants... La liste des avantages du vert en ville est
aussi longue que les efforts se font malheureusement minces à l'échelle de nos
agglomérations.

Certes, la Ville de Paris, par essence (ou par urgence) souvent pionnière sur ces sujets, a le mérite de s'être fixée des objectifs ambitieux : végétaliser 100 hectares d'ici 2020. Pour les atteindre, l'on peut notamment compter sur les appels à projets successifs Parisculteurs et Réinventer.Paris, visant à accélérer les actions d'agriculture urbaine et de végétalisation des toits, façades, murs et sous-sols de la ville, avec, avouons-le, un certain succès ! Mais l'heure n'est pas encore venue de nous reposer sur ces lauriers... Si l'éveil d'une conscience collective est en cours, nous avons besoin d'une implication concrète et forte de tous nos élus locaux.

Une coopération durable pour le mieux manger en ville

En effet, selon le dernier rapport du GIEC, 50% à 70% des leviers d'action contre le
dérèglement climatique se situent au niveau local ! Or, au lendemain d'un épisode
caniculaire sans précédent, subi de façon accentuée en zone urbaine, il semble que ce
message soit resté lettre morte dans bon nombre de nos communes. Loin des luttes
partisanes, tentons d'être force de proposition, avec quelques actions simples, mais
néanmoins fondamentales.

Mesure numéro 1, promouvoir un Plan d'Alimentation Durable Territorial (PAT) avec les
différents acteurs de l'agriculture urbaine et périurbaine. La clé réside ici dans le fait de créer des synergies entre acteurs traditionnels et plus récents afin d'envisager une coopération durable pour le mieux manger en ville, et cela à l'échelle des métropoles. Nous pourrions ainsi imaginer d'une part la création d'un "carreau des producteurs" de l'agriculture urbaine et péri-urbaine visant à faciliter la logistique du dernier kilomètre intra-muros, et celle d'autre part d'un label ayant pour but de valoriser les restaurateurs travaillant des produits ultra-locaux.

Mesure numéro 2, créer un réseau de villes françaises permettant une entraide et un
échange d'expertises entre acteurs publics et privés. La Ville de Paris doit être instigatrice de cette dynamique à l'échelle du pays, non seulement par sa taille mais aussi par son rayonnement économique et son avant-gardisme. Inspirons-nous ici du réseau international des villes écologiques, présidé justement par Paris. Un des objectifs sous-jacents est là aussi de connecter zones urbaines et périurbaines. De nombreux citadins sont en effet à la recherche d'espaces potagers alors même que des surfaces sont disponibles à proximité des grandes villes.

30% d'espaces verts pour chaque nouveau projet immobilier

Mesure numéro 3, développer les habitats participatifs et les éco-lieux accessibles à toutes et tous en favorisant l'émergence de nouveaux projets comme en soutenant les projets actuels. Ces tiers-lieux où l'on coproduit la ville de demain aident à la création et au renforcement de liens sociaux et rééquilibrent les espaces entre lieux « dortoirs » et lieux de vie en permettant leur réappropriation par les habitants. Ils ont aussi vocation à devenir des lieux de formation. Permaculture, plantation verticale, rotation des cultures... Pour que chacun contribue à rendre nos villes plus végétales, il est nécessaire de former tous les citadins au jardinage, et cela des écoliers jusqu'aux seniors.

Mesure numéro 4, développer des trames vertes (couloirs végétaux), bleues (fleuves,
rivières, canaux), brunes (sols non artificialisés) et noires (sans éclairage artificiel) pour
redonner place au vivant et préserver tout à la fois la biodiversité et la qualité de vie des
citadins. Pour cela, freinons l'étalement urbain et instaurons au minimum une présence
obligatoire de 30% d'espaces verts pour chaque nouveau projet immobilier. Pour l'eau,
multiplions mares et fontaines. Pour l'éclairage, appliquons simplement la loi en demandant d'abord aux enseignes et entreprises de rester lumières closes la nuit ! De manière générale, valorisons et redéfinissons l'ensemble des espaces urbains en cartographiant chaque mètre carré susceptible de recevoir du vivant : copropriétés, souterrains, toits, murs... et même parking ! 20% des places de stationnement pourrait ainsi être transformées en potagers.

Une distribution mensuelle de plusieurs milliers de plantes aux urbains

Mesure numéro 5, lancer un grand plan pour la nature d'intérieur en soutenant les
pépinières productrices de plantes d'intérieur à proximité des zones urbaines. Alors même que l'air intérieur est - en règle générale - deux à cinq fois plus pollué que l'air extérieur, nous pourrions envisager une distribution mensuelle de plusieurs milliers de plantes aux urbains afin de faire baisser ce niveau de pollution, souvent extrême.

Mesure numéro 6, supporter davantage les startups dans leur démarche écologique. Il
s'agirait ici de multiplier partout en France les aides dédiées, à l'instar de « Paris Fonds
Vert » : un fonds d'investissement de 150 millions d'euros pour la transition écologique. Un soutien qui consiste aussi et surtout à défendre économiquement le modèle urbain de demain.

Candidates, candidats, nous sommes convaincus que ces élections municipales recouvrent des enjeux qui nous dépassent, en ce qu'il en va des générations futures. Nous sommes également certains que c'est par la co-construction, mais aussi par des pouvoirs locaux élargis, que nos villes de demain verront le jour. Enfin, nous sommes persuadés que ces dernières devront impérativement être vertes, pour répondre aux aspirations de leurs habitants, comme aux impératifs liés à l'Environnement. Et vous, y croyez-vous ?

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Commentaires
a écrit le 20/11/2019 à 18:06 :
"Limitation du ruissellement des eaux de pluie"....on fait comment ?
On met un panneau "interdiction de ruissellement"? Un radar aussi tant qu'on y est pour vérifier la "vitesse du ruissellement"...et on leur colle une amende aux eaux de ruissellement?
Couillonades! L'eau, elle tombe du ciel et elle fait ce qu'elle veut, elle ruisselle si ça lui chante et inonde si elle en a envie. L'eau est libre ...quoique de plus en plus privatisée, et ce n'est pas un signe de bonne santé de nos sociétés.
a écrit le 20/11/2019 à 14:57 :
"30% d'espaces verts pour chaque nouveau projet immobilier" : ben vous feriez bien de vous magner les gars ! Dans mon quartier nombre de maison + jardin ont disparus pour être remplacés par des blocs de bétons immondes sans la moindre place pour le plus petit brin d'herbe !
a écrit le 20/11/2019 à 11:58 :
Lobbys trop puissants, politiciens trop faibles.

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