Agricool lève 25 millions d'euros pour industrialiser l'agriculture urbaine

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Les containers d'Agricool permettent de produire des fraises sans terre, ni pesticides, en ville et en circuit court.
Les containers d'Agricool permettent de produire des fraises sans terre, ni pesticides, en ville et en circuit court. (Crédits : Agricool)
La startup francilienne veut déployer son partenariat avec Monoprix dans tout Paris et à Dubaï. Sa technologie brevetée permet de produire des fraises à haute valeur nutritionnelle sans terre ni pesticides, toute l'année, en circuit court, dans des containers high tech facilement déployables dans les villes.

Où s'arrêtera Agricool ? Trois ans à peine après sa création, la startup francilienne annonce le succès de sa troisième levée de fonds, d'un montant de 25 millions d'euros, pour industrialiser son improbable modèle de production de fraises toute l'année dans des containers. Le fonds Large Ventures de Bpifrance, Danone Manifesto Ventures, ainsi qu'une dizaine de business angels dont Antoine Arnault via Marbeuf Capital, rejoignent les investisseurs historiques Daphni, XAnge, Kima Ventures et Henri Seydoux.

Des fraises produites sans terre, ni pesticides, avec 99% moins d'eau

L'histoire d'Agricool est celle d'une utopie tellement folle qu'elle finit par marcher : une nouvelle forme d'agriculture urbaine, qui permet de produire en circuit court, dans les villes, des fruits et légumes de grande qualité, grâce à la technologie et avec un impact minimal sur l'environnement. « J'en avais assez d'acheter en ville des fruits et légumes sans goût, pleins de pesticides, très loin de la qualité de ceux qu'on consomme dans la campagne ou que mangeaient nos grand-parents », explique Guillaume Fourdinier, le co-fondateur avec Gonzague Gru, et Pdg d'Agricool.

Les deux entrepreneurs décident alors de s'attaquer à la source du problème : la « distance entre le produit et le consommateur », et « la production de masse, avec ses dérives, les produits chimiques ». Persuadé qu'on peut « bien manger aussi dans les villes », ils lancent la startup Agricool en 2015 avec l'espoir de révolutionner la production des fruits et légumes grâce à la technologie, qui permettrait de produire en circuit court et dans un environnement urbain.

Pour cela, Agricool mise sur des containers bardés d'innovations, dont deux sont protégées par des brevets. Dans un cube de 35 m² qui peut se garer n'importe où (dans un entrepôt, un parking...), ils font rentrer plusieurs milliers de plants de fraises installés à la verticale. Pas besoin de terre et à peine d'eau : les fruits mûrissent sous des lampes LED fabriquées par la startup elle-même, et se développent grâce à un "système fermé de nutriments". Impossible d'en savoir plus sur la technologie, pour des raisons de confidentialité.

Comme les plants n'ont pas besoin de terre, « on consomme 99% moins d'eau que n'importe quel producteur de fraises », revendique fièrement Guillaume Fourdinier. Les fraises ne sont pas bio car produites sans terre et à l'intérieur, mais elles sont sans pesticides et « meilleures, au niveau nutritionnel », que celles des supermarchés. Surtout, elles peuvent être cueillies à maturité et vendues à quelques kilomètres de leur lieu de production. « Cela fait toute la différence au niveau du goût, on se rapproche du produit que l'on cueille soi-même à la campagne. »

Industrialiser la production des containers, s'appuyer sur les "agricoolteurs"

Le premier container, en 2015, "produisait de bonnes fraises, mais en faible quantité". En 2016 et en 2017, Agricool lève donc 4 millions puis 8 millions d'euros pour améliorer son ingénierie. Aujourd'hui, la startup a créé et exploite six containers, qui produisent 7 tonnes de fraises par an. Cinq sont situés à Paris, le dernier se trouve à Dubaï où l'on aime consommer des fraises en plein désert toute l'année. À Paris, les fruits sont vendus pour l'instant dans deux Monoprix (Beaugrenelle et Asnières-sur-Seine), pour 4,5 euros la barquette de 250 grammes. Cher, mais comparable au bio.

Conforté par ses premiers succès, Agricool va donc utiliser les 25 millions d'euros de sa levée de fonds pour industrialiser la production des containers et les commercialiser, d'abord à Paris et à Dubaï, puis potentiellement partout ailleurs, et notamment en Asie.

« Plus on produira de containers, plus on va réduire les coûts. Notre modèle est très scalable car tout le monde peut gérer un container. Il n'y a pas besoin de compétence en agronomie car la technologie automatise la production, il suffit de suivre les instructions », explique Guillaume Fourdinier.

Pour son expansion, Agricool compte donc s'appuyer sur une communauté "d'agricoolteurs". Des autoentrepreneurs sur le modèle des plateformes numériques ? « Non, des employés en CDI, porteurs des valeurs de l'entreprise », précise le dirigeant. La startup, qui emploie aujourd'hui 60 employés dont 70% en R&D, compte recruter 200 personnes dans les trois années à venir, essentiellement pour développer la commercialisation de son produit.

Un marché potentiel immense et mondial

Cette levée de fonds, déjà conséquente, ne sera probablement pas la dernière. D'autres tours de financement, encore plus massifs, devraient arriver à mesure que la startup étendra ses activités à d'autres villes. « Notre technologie est unique et nous montrons qu'une autre agriculture, urbaine et de qualité, peut exister. Les potentialités sont immenses », se réjouit Guillaume Fourdinier.

C'est d'ailleurs pour cela que la startup a fait entrer à son capital les fonds Large Ventures de Bpifrance et Danone Manifesto, qui sont dotés de grandes capacités de ré-investissement et s'inscrivent sur le long terme. D'autant plus qu'Agricool pourrait, dans le futur, produire autre chose que des fraises, voire développer tout un arsenal de fruits et légumes. Ce qui nécessiterait encore plus de R&D, et donc encore plus d'argent.

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Commentaires
a écrit le 04/12/2018 à 19:37 :
Est ce que des tests ont été sur l’impact éventuel «  de fruits qui poussent à la lumière LED , sans eau et sans terre ? » sur le corps humain, sur la santé ?

Est ce considère comme des produits génétiquement modifiés ?

L’article ne mentionne pas ces points très importants pour les consommateurs.

Est ce que à la commercialisation ( par exemple par Danone) le procédé d’agriculture sera indiqué sur l’emballage ?
a écrit le 04/12/2018 à 18:59 :
La pollution par la lumière bleue dégénère plus rapidement les fruits ou les plantes .
Vous voulez devenir «  riches » en piétinant la «  nature » ( ce qu’il en reste)
J’espère que «  vous » allez consommer ces fruits comme vos futurs clients ?
En tout cas , si des marques utilisent ce système dans leur yaourts , obligation de le faire figurer sur les paquets et interdiction de mettre l’emblème bio car ça pousse sans terre ...
a écrit le 04/12/2018 à 12:51 :
Lire "agriculture" et "industrialisation" ne peut qu'effrayer vu les débats gigantesques causés par l'agro-industrie.

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