NORMANDIE. Méthanisation, éolien, solaire, réseau de chaleur, sobriété… L’intercommunalité d’Argentan, dans l’Orne, fait feu de tout bois pour atteindre l’autonomie énergétique grâce aux renouvelables. Elle a parcouru presque un tiers du chemin et file droit vers le 100% ENR. Son tiercé gagnant : une volonté politique inoxydable, une équipe technique aguerrie et une stratégie claire en faveur d’une énergie « verte » et locale.L'histoire débute en 2016 avec un chiffre en bas d'une colonne. Cette année-là, un diagnostic demandé par l'exécutif de la communauté de communes calcule le montant global des achats d'énergie que réalisent les 49 communes, les entreprises et les habitants d'Argentan Intercom pour s'éclairer, se chauffer, se nourrir ou se déplacer. Toutes énergies confondues, la facture se monte alors à 93 millions d'euros par an. Une montagne pour cette petite agglo « rurbaine » d'à peine 35.000 âmes, à cheval entre ville et campagne.
«L'ampleur de la dépense a fait l'effet d'un électrochoc sur les élus. A partir de là, on les embarqué dans plusieurs programmes», se souvient Karine Bosser, coordinatrice du pôle territoires durables au sein de l'Ademe Normandie.
Sobriété bien ordonnée commence par soi-même
Avec un programme d'action en guise de boussole, l'intercommunalité prend le taureau par les cornes. Sa première mesure consiste à éteindre l'éclairage nocturne : une démarche quasi-généralisée aujourd'hui mais inusitée à l'époque. « Cela a été décidé en 2017 sous mon prédécesseur à un moment où la sobriété était un gros mot », se félicite Frédéric Leveillé, président de l'interco et maire PS d'Argentan. Grâce aux économies réalisées, des LEDs remplacent les lampes au néon des candélabres publics. Bilan total, une baisse de la facture de 175.000 euros. Mais ce n'est qu'un début.
C'est à son patrimoine bâti que la collectivité s'attaque ensuite, avec un schéma dit de sobriété foncière qui ne laisse rien au hasard. Les passoires thermiques sont traquées et les systèmes de chauffage modernisés, ajustés en temps réel. Deux écoles sont regroupées et plusieurs associations invitées à migrer dans des locaux moins énergivores. Les bâtiments délaissés sont remis sur le marché : 5.000 mètres carrés sortent des actifs de l'interco à la faveur de ce meccano immobilier. Soit près de 20% de la surface du parc. A la clef là encore, une baisse des coûts de l'énergie, des charges d'entretien... et des marges de manœuvre pour investir.