Place forte du pétroplastique depuis les années 1960, le complexe industriel de la Basse Seine réoriente sa boussole vers le polymère décarboné. Après l’américain Eastman dans le recyclage du plastique, c’est au tour du belge Futerro de projeter l’implantation en Seine-Maritime d’une unité de production de bioplastiques de type PLA à partir de matières premières végétales. L'empreinte carbone du PLA est environ 80% plus faible que celle du PET issu du pétrole.Tout un symbole du virage vers la chimie post-fossiles. En quête d'un point de chute sur le Vieux Continent depuis plusieurs mois, Futerro a tranché. Deux ans après avoir inauguré une usine jumelle en Chine, le groupe belge annonce vouloir construire sa première bioraffinerie européenne à Saint-Jean-de-Folleville. Une commune située à l'épicentre du complexe pétrochimique de Port-Jérôme-sur-Seine, dont beaucoup de Français ont découvert l'existence pendant la grève des raffineries. L'investissement, qui vient juste après celui de 1 milliard confirmé par l'américain Eastman à un jet de pierre de là, devrait se monter à 500 millions d'euros.
Du blé aux polymères
Le lieu proche des terminaux d'exportation du port du Havre et des grandes plaines céréalières normandes n'a pas été choisi au hasard. L'entreprise ambitionne, en effet, de produire annuellement du PLA (polyacide lactique), un polyester fabriqué à partir de la fermentation de glucides d'origine végétale tels que l'amidon de maïs ou la canne à sucre. Dans le cas présent, c'est du sucre de blé qui sera transformé en acide lactique, ingrédient de base de PLA. Futerro projette d'en fabriquer à terme 75.000 tonnes par an : une goutte d'eau comparée aux 4,8 millions de tonnes de plastiques que les Français consomment chaque année (dont près de la moitié en emballages), mais une goutte appelée à grossir.
Pour cause, ce plastique biosourcé compostable industriellement (à plus de 60°C) est de plus en plus apprécié en raison de sa flexibilité, de sa transparence proche du verre, mais surtout de son empreinte carbone environ 80% plus faible que celle du PET issu du pétrole.
«Nous décrivons notre polymère comme le premier plastique "bio-renouvelable". Issu du carbone végétal, il peut être recyclé facilement et écologiquement pour obtenir un polymère vierge de même qualité que son premier cycle de vie : c'est une caractéristique unique», assure Frédéric Van Gansberghe, Pdg de Futerro.
Emballage, pièces auto, impression 3D... une multiplicité d'usages