Veolia revient à la charge sur Suez, après le recadrage de l'AMF

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(Crédits : BENOIT TESSIER)
"Veolia invite (...) les dirigeants de Suez à désactiver dès à présent la fondation et à saisir l'opportunité d'une discussion raisonnable permettant enfin le dénouement positif de la situation", a demandé le géant du traitement de l'eau et des déchets pour voir enfin aboutir son projet d'OPA.

Veolia, leader du secteur de l'eau et des déchets, est revenu à la charge lundi dans sa tentative de prise du contrôle de son rival Suez, profitant du rappel à l'ordre adressé à ce dernier par le gendarme de la Bourse.

Veolia, qui a lancé à l'été 2020 son offre de rachat sur Suez, a enjoint à ce dernier de "désactiver" sa fondation de droit néerlandais, qui vise à empêcher la cession des actifs de Suez sur l'eau, tout en l'appelant au "dialogue", dans un communiqué publié lundi.

> Dossier - Veolia-Suez : la bataille décisive


"Veolia invite (...) les dirigeants de Suez à désactiver dès à présent la fondation et à saisir l'opportunité d'une discussion raisonnable permettant enfin le dénouement positif de la situation", a indiqué Veolia, trois jours après un rappel à l'ordre de son concurrent par l'Autorité des marchés financiers (AMF).

Suez tente d'échapper à Veolia, qui a déjà acquis 29,9% de ses parts auprès d'Engie et déposé une OPA hostile pour acquérir le solde, et qui entend mettre sur pied un champion mondial dans un marché de plus en plus soutenu et concurrentiel.

Mais les moyens employés par Suez pour contrer l'appétit de Veolia ne sont pas du goût de l'AMF : cette dernière a rappelé à l'ordre Suez vendredi, l'accusant de "porter atteinte" à plusieurs principes de fonctionnement des marchés, dont l'obligation de transparence et de loyauté dans les transactions.

Elle a notamment pointé du doigt la décision de Suez d'activer une fondation de droit néerlandais, créée pour chapeauter ses actifs Eau France et en empêcher la cession.

Lire aussi : Suez retrouve le droit de rendre irrévocable la fondation créée contre Veolia

"Le conseil d'administration de Suez (...) réitère sa volonté d'aboutir à une solution respectueuse de toutes les parties prenantes. Dans cet esprit, il rappelle qu'il a mis en place le 21 mars un dispositif de désactivation de la Fondation en cas de solution négociée", a déclaré lundi soir dans un communiqué, Philippe Varin, président du conseil d'administration de Suez.

Suez s'est engagé à désactiver cette structure si Veolia relève son offre d'achat à 22,50 euros l'action (au lieu de 18 euros aujourd'hui) ou transfère une part importante d'actifs au consortium des fonds Ardian et GIP, partenaires de Suez. Des conditions trop restrictives, selon l'AMF.

Une prise de position "incompréhensible, favorisant une nouvelle fois Veolia", a réagi Suez.

Retour au tribunal

"Depuis le début, l'AMF prend systématiquement partie en faveur de Veolia, en acceptant l'entrée au capital de Suez sans contraintes, en acceptant le renoncement à l'amicalité de Veolia et, aujourd'hui, en renonçant à la possibilité pour les actionnaires de Suez de bénéficier d'une meilleure valorisation", avait renchéri Guillaume Thivolle, président de l'Association des salariés actionnaires du groupe Suez (Asas), qui représente les intérêts de quelque 50.000 actionnaires salariés et 5,6% du capital.

"Dès lors que Suez se sera conformée aux principes rappelés par l'AMF, Veolia appelle Suez au dialogue afin de parvenir à apaiser la situation et permettre à l'ambitieux projet industriel porté par Veolia de se réaliser", a indiqué Veolia lundi. "Et ce dans un esprit constructif respectueux de l'intérêt des deux sociétés, d'une saine concurrence en France et plus largement de l'économie française".

Veolia propose de maintenir un Suez France, dont il céderait tous les actifs nationaux au fonds Méridiam. Mais cette solution ne satisfait pas la direction de Suez, qui cherche, avec le soutien du consortium franco-américain Ardian - GIP, à conserver les activités "Eau et Technologie" à l'international.

Quand Veolia vante la construction d'"un grand champion mondial" du secteur, Suez met en avant le besoin d'"agilité" des entreprises et son propre plan stratégique de développement.

Cet appel au "dialogue" présage-t-il d'un apaisement du climat entre les deux rivaux ? Veolia ne cache pas son agacement devant l'attitude de Suez.

Ce dernier a donné à Veolia jusqu'au 20 avril pour trouver un accord à partir de ses propositions, et dans l'intervalle poursuit les cessions/acquisitions prévues dans le cadre de sa stratégie à 2030.

Suez a ainsi annoncé jeudi, dans une information réglementée sur son site internet, être parvenu à un accord préliminaire avec l'australien Cleanaway pour lui céder des actifs dans les déchets en Australie.

Veolia a lui mis en garde contre des ventes d'activités stratégiques, accusant la direction de Suez de vouloir dépecer le groupe, et a déposé un recours au tribunal de commerce de Nanterre contre de telles cessions. Une audience est prévue mardi.

Faute d'accord à l'amiable, il devrait revenir aux actionnaires de Suez d'arbitrer le duel, à la prochaine assemblée générale, attendue d'ici la fin juin.

Lire aussi : L'AMF rappelle Suez à l'ordre face à l'offre hostile de Veolia

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Commentaires
a écrit le 06/04/2021 à 12:00 :
Veolia et son board a la folie des grandeurs. Cela ne va pas aboutir à un champion mais surtout renforcer la concurrence et provoquer des licenciements en france, des hausses de l'eau et de la collecte des dechets en france.
Bref aucune vision, ni de projet cela ne creera pas autant de valeur ajouté.
a écrit le 06/04/2021 à 9:29 :
Il vaut mieux de géants leaders dans le secteur de l'eau qu'un seul. Cette bataille picrocholine
va affaiblir la France. Il faut se souvenir de l'acier avec Usinor et la perte de cette industrie rachetée par Mittal. Le déclin continu, pas un jour sans que notre pays perde du terrain quelque soit le secteur concerné. École qui n'assure plus une éducation de bon niveau, hôpitaux à l'abandon, industrie inexistante, nos chercheurs qui quittent la France, la francophonie qui recule , nos dettes qui deviennent ingérables etc...
a écrit le 06/04/2021 à 9:23 :
Tiens, Frérot se met moins en avant visiblement faut avouer que sa stratégie manquait totalement de finesse mais pas sûr que cette entreprise aie les ressources lui permettant de dialoguer sereinement vu ce communiqué ne parlant que de ses seuls intérêts au final. Et on voudrait être compétitif à l'international... -_-

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