Terres arables : l'Afrique, proie de l'agrobusiness saoudien et asiatique

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Saudi Star, Karuturi Global, Olam International... ces mastodontes de l'agrobusiness mettent la main sur des terres africaines en vue d'assurer la sécurité alimentaire de leur pays.

Il s'appelle Mohammed al-Amoudi. Et, selon Forbes, il dispose de la 63e fortune mondiale. Saoudien d'origine éthiopienne, cet homme d'affaires s'est tout d'abord fait un nom dans l'immobilier et le raffinage pétrolier, avant de se trouver une nouvelle passion, l'agriculture. En quelques années, par le biais de la Saudi Star Agricultural Development, l'une de ses multiples sociétés, il est devenu le premier investisseur étranger dans les terres arables en Éthiopie, un pays dont le gouvernement pratique une politique affichée de location massive de terres à bas prix à des investisseurs étrangers.

Saudi Star a défrayé la chronique en mars dernier en annonçant son intention de produire du riz pour le marché saoudien sur 10.000 hectares loués dans la province de Gambela, à l'ouest du pays. Une annonce qui lui a valu de nombreuses critiques. Non seulement en raison du faible loyer obtenu (9,42 dollars l'hectare par an) mais aussi parce qu'il a annoncé son intention de s'étendre sur 290.000 hectares supplémentaires au cours des prochaines années. Objectif : exporter la majeure partie de sa production alors que l'Éthiopie continue de bénéficier de l'aide alimentaire internationale.

Achats gigantesques

Poussés par leurs besoins alimentaires croissants et la nécessité de sécuriser leur approvisionnement en eau, les groupes d'agrobusiness issus des pays émergents accélèrent leurs achats et leur politique de location de terres en Afrique. « Cette tendance se développe très rapidement, partout sur le continent, en Éthiopie notamment, mais aussi au Sud-Soudan, un pays plus que jamais dans l'actualité », souligne Anuradha Mittal, présidente et fondatrice d'Oakland Institute. Dans un rapport publié en juin dernier, ce think thank californien estime à 60 millions d'hectares (soit l'équivalent de la superficie de la France) les terres africaines passées sous contrôle étranger depuis deux ans, contre moins de 4 millions d'hectares par an en moyenne avant 2008.

Opacité des transactions

« La part qu'occupent ces groupes dans l'ensemble des rachats reste néanmoins difficile à définir en raison de l'opacité qui entoure ce type de transactions », ajoute-t-elle, estimant toutefois que les groupes et fonds d'investissement occidentaux se taillent encore la part du lion.

Outre les groupes saoudiens, l'Afrique attire également des sociétés sud-africaines et asiatiques : chinoises (lire ci-dessous), singapouriennes comme Olam International très présente au Gabon ou encore, et contre toute attente, indiennes. En Éthiopie, l'indienne Karuturi Global a par exemple loué 312.000 hectares afin de produire du maïs, du blé de l'huile de palme et de la canne à sucre...Et elle est loin d'être la seule : Sannati Agro Farm Enterprise, Ruchi Soya ou encore BHO Agro, d'autres sociétés du sous-continent, sont également sur place.

Selon le gouvernement indien, le secteur privé aurait déjà investi plus de 4 milliards de dollars dans des terres à l'étranger. Étonnant ? A priori, l'Inde est autosuffisante pour nourrir sa population. Reste que les petits fermiers peinent à s'en sortir, que le système de distribution est largement corrompu et que les terres arables sont comme ailleurs peu à peu grignotées au profit de l'urbanisation et de l'industrialisation. Sans compter que, dans certaines régions, des agriculteurs sont contraints de remplacer les cultures alimentaires par celles dédiées aux biocarburants.

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