SERIE (1/2) - La question de l’accès au foncier agricole constitue un enjeu essentiel pour la viticulture française. Or on sait que le coût du foncier est un frein majeur à l'installation. L’Occitanie, soumise à une forte pression démographique urbaine, est une région particulièrement concernée par cette difficulté. La SAFER et l’entreprise héraultaise Terra Hominis (financement participatif pour soutenir du foncier viticole) évoquent quelques solutions.Depuis plusieurs décennies, la situation du foncier agricole est critique et la pression urbaine est de plus en plus forte, notamment en Occitanie, une région où une population de plus en plus nombreuse cherche à s'installer, et en particulier dans l'Hérault.
« Les SAFER s'efforcent de maintenir le foncier agricole à un prix agricole et accessible, mais ça devient difficile dans les périphéries d'agglomérations, particulièrement autour de Montpellier,confirme Frédéric André, le directeur général de la SAFER Occitanie, àLa Tribune. Ces situations d'attentisme sont l'une des raisons de l'augmentation des friches, des bandes de terres agricoles qui ne sont plus exploitées car les propriétaires ne veulent plus les mettre en fermage. Et ce alors qu'on a besoin de foncier pour permettre des installations d'agriculteurs... Il y a une proportion importante d'agriculteurs vieillissants, on parle du fameux mur des générations. Et sur la vigne, on aura un triple effet : le vieillissement des exploitants, l'accroissement des normes de qualité qui demandent aux petites caves d'investir beaucoup, et les aléas climatiques qui se succèdent, notamment le gel. Autant d'éléments qui peuvent faire peur. »
Le monde viticole fait un constat alarmant : deux-tiers des vignerons ont plus de 55 ans alors que la nouvelle génération de vignerons rencontre de réelles difficultés pour financer l'acquisition du foncier nécessaire à leur installation.
Le 20 octobre dernier, le député héraultais Philippe Huppé, qui est aussi le président de l'association nationale des élus de la vigne et du vin (ANEV), organisait un colloque à l'Assemblée nationale, intitulé "Foncier agricole, entreprise à mission, respect de l'environnement, la révolution culturelle de la viticulture". Objectif : présenter à ses homologues le modèle économique développé par l'entreprise héraultaise Terra Hominis : le financement participatif (non réglementé) pour aider des vignerons à s'installer ou à développer leur vignoble.
« La viticulture, ce sont d'abord des hommes »
Ludovic Aventin, le président-fondateur de Terra Hominis, confirme en effet qu'on enregistrait en France « 34 % d'installations agricoles en moins entre 2014 et 2017 » et qu'en 2018, la SAFER annonçait « seulement 437.000 exploitations agricoles en 2016, contre 2 millions en 1955 ».
« On est allés pour témoigner à l'Assemblée nationale combien la transmission du foncier agricole est importante,déclare Ludovic Aventin.Ce qui fait la force de notre viticulture en France, c'est la diversité des territoires et on est en train de la perdre. Notamment parce que pour devenir vignerons, il faut aussi être chef d'entreprise car il y a de plus en plus d'administratif. Or l'investissement est lourd, les banques ne suivent pas les jeunes viticulteurs, et les aléas climatiques de plus en plus fréquents peuvent rebuter à la fois les candidats à l'installation et les banques... Nous voulons montrer que des solutions existent. Chez Terra Hominis, nous sommes petits mais nous prouvons qu'il est possible d'installer des jeunes, de sauver des vignobles avec l'investissement participatif (depuis la création, 39 projets accompagnés en Occitanie essentiellement, mais aussi à Cognac, dans le Bordelais, le Beaujolais et la Loire, réunissant plus de 2.900 associés, NDLR). Aujourd'hui, nous sommes surtout présents en Occitanie mais notre modèle peut s'exporter ailleurs. Les députés qui se sont déplacés le 20 octobre se sont montrés intéressés... L'objectif, c'est de faire prendre conscience qu'il y a de moins en moins d'agriculteurs et de viticulteurs en France, et qu'on risque d'aller vers une standardisation de l'agriculture alors que la viticulture, ce sont d'abord des hommes. »
« Du foncier, des bras et des financements »