Si les agriculteurs sont des entrepreneurs à part entière, leur domaine d'activité nécessite que l'on s'intéresse de plus près à leur quotidien. Selon les études menées par l'Observatoire Amarok, institut de recherche fondé en 2010 à Montpellier par le professeur Olivier Torrès, pas moins de 35,1% d'agriculteurs étaient en situation d'épuisement en 2019. C'est ainsi que la nécessité d'évaluer de manière ciblée la santé au travail des agriculteurs a donné naissance à un dispositif inédit, intitulé « Amarok e-Santé Agri », dont les premiers résultats ont été rendus publics ce mardi 20 février par le président fondateur d'Amarok.
« Il s'agit pour nousd'évaluer la santé au travail des agriculteurs et si nécessaire enclencher un dépistage du risque d'épuisement professionnel »,explique Olivier Torrès, professeur à l'université de Montpellier spécialiste des petites et moyennes entreprises.Quand on s'intéresse à la santé au travail, on a l'impression que les études ne sont basées que sur des facteurs négatifs, alors qu'il y a aussi des aspects positifs dans le travail. Avec Mathieu Le Moal, nous avons codifié trente événements stressants et trente événements satisfaisants de la vie agricole, puis évalué leur intensité en termes de stress et de satisfactionafin de créer deux échelles de santé au travail : l'une positive et l'autre négative. »
Alors que la France compterait environ 430.000 agriculteurs, ils sont 20.000 agriculteurs à avoir été sensibilisés au système d'auto-évaluation numérique de leur santé testé avec trois partenaires : l'UNEP (Union nationale des entreprises du paysage) en novembre 2022, la Chambre d'agriculture de Saône et Loire en décembre 2022, et la MSA Languedoc en janvier 2023. Gratuit et entièrement anonyme, le dispositif mesure les événements positifs, dits satisfacteurs, et les éléments négatifs, dits stresseurs, de la vie agricole. La balance est ensuite faite entre les indicateurs du satisfactomètre et ceux du stressomètre, pour une approche volontairement positive de la santé mentale des agriculteurs. Et les résultats sont plus optimistes qu'on ne pourrait le croire. Sur les 714 agriculteurs qui ont fait le diagnostic - 70% d'hommes et 30% de femmes - , 39% d'entre eux affirment également avoir vécu plus d'événements positifs que négatifs. À la question « Mon travail et mon entreprise sont des éléments essentiels de mon entreprise », 88% ont répondu « plutôt d'accord » ou « tout à fait d'accord ».