Si la production française de canne à sucre reste majoritairement concentrée en Guadeloupe, Martinique et à La Réunion, le réchauffement climatique pourrait redessiner les cartes. En Corse mais aussi dans l’Hérault, des expérimentations, en coopération avec le Cirad, visent à mesurer l’adaptabilité de cette espèce tropicale.Face aux producteurs brésiliens, indiens, thaïlandais et chinois qui réalisent à eux seuls plus de 60% de la récolte mondiale de canne à sucre, la production française, concentrée dans les départements et régions d'Outre-Mer - principalement en Guadeloupe, Martinique et à la Réunion - paraît très réduite : près de 2 millions de tonnes récoltées en 2023. Pour autant la canne à sucre joue un rôle majeur dans l'économie de ces territoires, d'autant qu'à chaque étape du processus sucrier, elle génère des sous-produits : son jus sert à faire du rhum agricole, la bagasse (partie fibreuse) produit de l'électricité verte, la paille de canne est utilisée comme protection de sol, les cendres servent d'engrais naturels et la mélasse (liqueur résiduelle concentrée), utilisée pour produire du rhum traditionnel, peut également être transformée en bioéthanol.
Une limite : le gel
A Montpellier, la filière canne à sucre du Cirad (70 collaborateurs) mène des travaux internationaux pour promouvoir une canne durable et agro-écologique. Face aux effets du changement climatique, l'agronome Christophe Poser a travaillé à La Réunion sur l'adaptation de variétés à des températures plus fraîches, en altitude, avant de s'interroger sur une possible adaptabilité dans l'hexagone.
« La canne a sucre est exemplaire en termes de production de biomasse en culture tropicale, dans un climat chaud et humide. On peut bien sûr réfléchir en amont aux rendements potentiels, aux coûts, à la consommation d'eau, aux calages des cycles de récolte et donc aux possibilités de conduire des espèces tropicales dans des conditions tempérées comme le sud de la France - chaud et sec l'été, froid et humide l'hiver - mais la limite de plantation reste le gel »,prévient le chercheur.
Il a d'ailleurs été sollicité par des agriculteurs gardois pendant la crise sanitaire mais l'expérience a rapidement tourné au fiasco en raison justement d'une courte période de gel qui a détruit les espèces. En revanche, l'essai scientifique mené depuis 2021 avec un consortium d'agriculteurs corses dans la plaine d'Aleria (entre Bastia et Porto-Vecchio) est plus concluant, comme le chercheur l'explique : « Une production de vitoplants a été faite à partir de boutures issues de la serre internationale de quarantaine Visacane du Cirad, en accord avec les règles européennes (il est interdit d'introduire des cannes à sucre en Europe pour éviter tout risque de maladies ou d'insectes, NDLR). Les premiers résultats sont encourageants avec un rendement comparable à celui des zones tropicales : 70 tonnes par hectare et une culture sans herbicide. Le premier rhum est en voie d'être embouteillé ».