Le rêve américain titille aussi les esprits dans la Ville rose. Deux entreprises toulousaines qui ont réussi à s'imposer aux USA livrent leur expérience. Cyril Darmouni, associé du cabinet de conseil Exco, donne également quelques pièges à éviter. Décryptage."Si une entreprise toulousaine envisage de s'exporter aux États-unis pour un souci de rapidité et de simplicité, c'est une très grave erreur", assène Cyril Darmouni. De passage il y a quelques semaines dans la Ville rose à l'invitation de la chambre de commerce et d'industrie franco-américaine, cet associé du cabinet de conseil Exco veut démonter les clichés autour du marché des USA.
"La première erreur est de croire que le fonctionnement juridique et fiscale est similaire à la France. Le droit des contrats est différent. Aux États-Unis, un propriétaire peut mettre dans un bail commercial l'augmentation des loyers qui l'intéresse, par exemple une hausse de 10% chaque année ou imposer au commerçant de participer aux travaux du centre commercial. J'ai une cliente qui a reçu une facture de 50 000 dollars pour refaire tout le parking du centre commercial, elle n'avait pas vu qu'elle participait à tous les travaux de rénovation", illustre l'expert.
Les avocats incontournables dans le monde des affaires
Pour éviter ce type de déconvenues, "la première des démarches quand on envisage de s'implanter aux États-Unis est de prendre un avocat", conseille-t-il. Philippe Robardey, président de la société d'ingénierie toulousaine Sogeclair abonde :
"Le cadre juridique est plus complexe. Il y a une importance incroyable des avocats dans le monde des affaires. De la même manière, la fiscalité dépend de l'État dans lequel vous êtes implantés mais aussi là où vous livrez. Si vous livrez depuis un État dans un autre État, il faut tenir compte de la fiscalité de l'État dans lequel vous livrez. Ce n'est pas un grand pays, mais un grand pays avec des spécificités", témoigne-t-il.
Sogeclair, groupe de 700 collaborateurs, dispose de deux filiales aux USA. La première a été créée en 2016, à Wichita (Kansas), un grand centre aéronautique, dans le prolongement de l'activité de l'entreprise qui travaille pour les grands donneurs d'ordre du secteur. L'autre a été ouverte en 2017 en Georgie.
Recruter dans un pays en plein emploi
Bien choisir son lieu d'implantation peut donc s'avérer crucial, notamment pour le recrutement.
"La flexibilité de la relation entre employeur et salarié a des côtés positifs et négatifs. Le positif est d'avoir une flexibilité beaucoup plus grande pour suivre les variations d'activité de l'entreprise. L'inconvénient est que la fidélité du salarié s'inscrit dans une période beaucoup plus courte. Un collaborateur qui pose sa démission part dans les quinze jours. C'est la raison pour laquelle lorsque nous avons décidé d'implanter une entité juridique autour de la voiture autonome, nous avons choisi Détroit plutôt que la Silicon Valley car il y a moins de volatilité du personnel et un coût des effectifs moins élevé", témoigne Philippe Robardey.
"Embaucher quelqu'un c'est plus simple certes mais embaucher dans un pays où le taux de chômage est de 3% cela veut dire que vous êtes à la merci des candidats", confirme Cyril Darmouni.