Fondée par un ancien cadre de Dassault, la jeune société Blue Spirit Aero développe depuis Toulouse un avion à hydrogène de quatre places équipé de douze piles à combustible. Elle compte installer sa première chaîne de production dans le futur campus hydrogène de Francazal pour atteindre un rythme de fabrication de 150 avions par an à l'horizon 2030.
Olivier Savin fait figure de pionnier dans ce domaine. Dès les années 90, ce diplômé de Supaéro a travaillé au sein de Honeywell aux États-Unis pour le remplacement de la pile à combustible de la navette spatiale mais aussi sur des projets d'avions solaires. De retour en France au début des années 2000, il a rejoint le groupe Dassault Aviation dans lequel il a mené là encore plusieurs projets hydrogène. Une expertise que le conduit à devenir chairman du groupe de travail international sur la standardisation des solutions piles à combustible et hydrogène.
Quatre places, douze moteurs et trois heures d'autonomie
En 2020, il quitte Dassault pour créer Blue Spirit Aero, une jeune société qui a l'ambition de faire voler dès 2026 un avion de quatre places uniquement avec de l'hydrogène.
Photo d'illustration (Crédits : Blue Spirit Aero)
L'avion de Blue Spirit Aero disposera de douze moteurs répartis sur les deux ailes de l'appareil (Crédits : Blue Spirit Aero).
« Mes 25 ans d'expérience m'ont permis d'imaginer l'avion idéal. Plutôt que d'avoir un seul moteur électrique alimenté par une grande pile à combustible qui reçoit l'hydrogène, j'ai préféré immédiatement répartir ma propulsion à puissance sous la forme de douze petits moteurs dispatchés sur les deux ailes de l'aéronef. Ce design renforce la robustesse de l'appareil face à la panne. L'avion peut continuer à voler avec jusqu'àhuit moteurs sur douze en panne. Ensuite, l'avantage de la pile à combustible est de fournir trois fois plus d'énergie qu'une batterie. Cela permettra à notre appareil de voler 700 kilomètres à 230 km/h avec autrement dit près de trois heures d'autonomie, soit beaucoup plus que de petits avions électriques alimentés par des batteries », détaille Olivier Savin.
Autre avantage de l'hydrogène par rapport à un système électrique, ajoute-t-il, « l'avion n'aura pas à se recharger sur le réseau électrique mais le fera via une station de ravitaillement d'hydrogène, une opération qui prendra seulement 5 à 10 minutes ».
Si son siège social est installé dans la région parisienne, le coeur du développement de Blue Spirit Aero est mené depuis Toulouse. À l'été 2021, la jeune société a pris ses quartiers au sein du B612, bâtiment totem des projets aéronautiques et spatiaux innovants dans la Ville rose. Désormais, ils sont une quinzaine à imaginer le futur avion dont une moitié de jeunes diplômés de l'Isae-Supaéro mais aussi des ingénieurs seniors passés par les grands noms de l'aéronautique et qui apportent leur expertise au projet.