LA TRIBUNE - Le nombre de nations spatiales en Afrique a explosé en l'espace de quelques années. Au-delà des pays pionniers, comme l'Egypte ou l'Afrique du Sud, premiers à lancer un satellite dans les années 1990, le continent compte désormais une quinzaine de nations spatiales. Comment l'expliquer ?
Maram KAIRÉ - C'est un réveil pour le continent et le spatial est devenu une ambition africaine. Pendant longtemps, on a estimé que le spatial coûtait cher, était technologiquement inaccessible aux Africains et que le continent avait d'autres préoccupations plus urgentes.
Mais en regardant les objectifs de développement durable fixés par les Nations Unies, on peut remarquer que les pays les plus avancés sont ceux qui ont misé sur le spatial. Cela a conduit à cette prise de conscience que cette activité pouvait soutenir les urgences auxquelles doit faire face l'Afrique. Les satellites permettent de mieux surveiller les frontières et d'améliorer la sécurité de nos territoires par les satellites. L'Afrique est une terre d'agriculture par excellence et en utilisant les données satellitaires, il est possible d'accroître la productivité du continent de façon considérable. Les satellites de télécommunications peuvent faciliter l'enseignement à distance. Dans le domaine de la santé, le paludisme reste la maladie qui fait le plus de victimes à travers le monde, et plus particulièrement sur le continent africain. Grâce aux satellites, il est possible d'identifier les zones dotées d'eaux stagnantes et polluées, et les proliférations de moustiques qui conduisent au développement de ces épidémies.
En prenant conscience de toutes ces questions, les Africains ont reconsidéré leur position par rapport au spatial et veulent profiter de l'avènement du New Space où les satellites sont miniaturisés, les coûts sont réduits et la technologie accessible à nos universitaires ou à nos ingénieurs. C'est ce qui justifie depuis ces vingt dernières années le lancement d'une quarantaine de satellites depuis le continent africain. L'Afrique ne veut plus être un spectateur mais devenir un acteur dans le domaine du spatial.