Première femme française devenue astronaute, Claudie Haigneré est revenue à l'occasion du Toulouse Space Festival sur les freins à la féminisation de la filière spatiale dans un secteur qui compte moins d'un quart de femmes.Au printemps 2026, l'astronaute Sophie Adenot s'envolera pour une mission de six mois dans la station spatiale internationale. L'ingénieure diplômée de l'Isae-Supaero à Toulouse a confié dans plusieurs interviews une vocation née notamment en voyant adolescente Claudie Haigneré devenir la première femme française astronaute à la fin des années 1990. Trente ans plus tard, « la dernière promotion de l'agence spatiale européenne compte 8 femmes sur 17, on s'approche de la parité alors qu'à mon époque on ne comptait que 10% de femmes », observe Claudie Haigneré jeudi en ouverture du Toulouse Space Festival. L'événement va réunir plus de 10 000 personnes jusqu'à dimanche dans la Ville rose et 2 000 élèves pour leur faire découvrir de manière ludique les métiers du spatial, en espérant susciter des vocations, notamment chez les jeunes filles.
Moins d'un quart de femmes
Un enjeu devenu majeur pour l'industrie spatiale qui compte seulement 22% de femmes et encore moins à des postes techniques ou d'encadrement d'après une étude menée par l'association européenne Eurospace. Le vivier de candidatures féminines pourrait même connaître un nouveau coup de rabot dans les années à venir. Avec la réforme du lycée de 2019, un garçon a désormais 2,3 fois plus de chances qu'une fille d'avoir un bac scientifique.
Pourtant, le secteur aura d'énormes besoins dans la décennie à venir. La filière spatiale, qui emploie plus de 20.000 salariés dans le Sud-Ouest, entend recruter entre 1.200 et 2.600 personnes par an à horizon 2030.
« Nous observons une augmentation des candidatures pour les métiers d'ingénieurs et de techniciens qualifiés ou non, mais ça reste insuffisant puisque la part de femmes est d'environ 20 % parmi nos salariés », indique Fabienne Grazzini, chargée de communication au sein d'Airbus Defence & Space. Pour elle, « il ne faudrait pas attendre le collège mais sensibiliser les élèves dès le primaire. Nous incitons les salariés à parler de leur métier dans les écoles pour dire aux élèves que tout le monde a sa place et surtout les filles ». « Donner le goût aux sciences commence dès la maternelle. Même apprendre à lancer une fusée à eau constitue déjà un début », relève pour sa part Nathalie Font, directrice du site de Thales Alenia Space à Toulouse. L'ingénieure conseille aussi de leur « montrer en quoi le spatial est essentiel pour la préservation de notre planète, une cause aussi extrêmement importante pour la jeunesse ».