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Librairie Sauramps : sauvetage en cours

Photo de Cécile Chaigneau

Cécile Chaigneau

Publié le 16 avril 2018 à 10:17 - Mis à jour le 16 avril 2018 à 11:23

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04 juin 2026

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Neuf mois que la librairie Sauramps a été rachetée par Amétis et son dirigeant François Fontès. Un temps de gestation qui a donné ses premiers fruits : les rentrée scolaire et littéraire ainsi que les fêtes de Noël ont remis l’entreprise sur de bons rails. Une nouvelle étape, celle de la rénovation et de l’innovation, s’ouvre…

Le 19 juillet 2017, la librairie Sauramps à Montpellier tournait une page en étant rachetée par la société montpelliéraine Amétis, spécialisée dans le développement de logements locatifs sociaux et dirigée par l'architecte François Fontès et son associé, Bertrand Barascud.

Depuis, la frénésie médiatique qui avait accompagné les multiples rebondissements de cette reprise s'est apaisée. Fin août, les repreneurs avaient nommé Florence Doumenc, l'ex-DRH de Sauramps, directrice générale, et les 101 salariés repris (sur les 120) s'attelaient à préparer les rentrées scolaire et littéraire et les fêtes de fin d'années, temps forts majeurs pour une librairie.

La confiance est revenue

«Concernant la rentrée scolaire, les marchés ont été fournis dans les délais, détaille Florence Doumenc.Côté librairie, nous avons dû rouvrir les comptes fournisseurs, regagner leur confiance et passer les commandes après tout le monde. Bertrand Barascud m'a accompagnée chez les éditeurs et nous avons aussi été bien conseillés par le service juridique d'Ametis. Finalement, tout s'est bien passé... Pour ce qui est de la rentrée littéraire, c'était comme si on ouvrait une nouvelle librairie ! Il a fallu reconstituer le fonds en entier, ce qu'on a réussi à faire pour la fin septembre. Et les clients étaient là. Les fêtes de Noël ont été très bonnes. En termes de chiffre d'affaires, nous avons atteint le prévisionnel fixé. »

Si Julien Domergue, délégué syndical Sud, confirme que les repreneurs ont financièrement permis un redémarrage dans les meilleures conditions possibles, notamment par des apports financiers, il pointe pourtant des résultats 10 % en dessous des attendus.

«Nous sommes peut-être légèrement en deçà des résultats escomptés, mais beaucoup de choses sont à remettre en dynamique pour assurer l'équilibre et le développement,répond François Fontès.Toutefois, nous sommes satisfaits de voir que le sauvetage tel qu'on l'avait imaginé peut fonctionner. »

La force des équipes

La confiance regagnée chez les fournisseurs et éditeurs a-t-elle opéré en miroir chez les salariés, déstabilisés par la longue crise économique qu'a traversée leur librairie ?

«Elle était revenue alors que beaucoup de gens étaient sceptiques au départ, souligne le syndicaliste.Mais elle s'est étiolée, et des tensions ont subsisté du fait de la présence maintenue de certains cadres tenus en partie responsables de l'échec de Sauramps...»

Interrogé sur ce point, François Fontès répond : « Nous avons expliqué aux salariés que nous n'avions pas une stratégie de gestion dure, avec une perspective de suppression de salariés, que nous avions vraiment des projets. Quant aux tensions qui subsistent, ce sont des choses que nous allons régler rapidement. Nous souhaitons que les gens qui sont motivés trouvent la mesure de leur qualité. C'est la force des équipes qui nous a séduits ».

Le recrutement d'un DRH est en cours, et une directrice administrative et financière a pris ses fonctions la première semaine d'avril.

«Chez les salariés, j'ai observé une certaine impatience à voir les rénovations se faire, constate Florence Doumenc.Symboliquement, on aura alors tourné la page.»

600 m2 nouveaux pour Polymômes

Mais les travaux de rénovation attendus, tant dans la boutique du centre ville que dans celle d'Odysseum, ne sont pas près de démarrer...

«On ne peut pas mettre la charrue avant les bœufs, s'exclame François Fontès.Il faut que nous trouvions un chemin économique pour ce projet culturel. Quand vous avez un navire dont la coque est percée, vous n'essayez pas de gagner la régate, vous réparez et vous sauvez l'équipage ! L'essentiel était de conforter le personnel dans la sécurité de leur emploi, de reconstituer les stocks, de lancer une campagne de communication pour marquer le renouveau. Les projets sont dessinés mais il faut maintenant les faire valider.»

Florence Doumenc confirme : « Chaque magasin fait l'objet d'un projet, qui a été travaillé avec les libraires au travers d'ateliers une fois par semaine depuis janvier ».

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Au Triangle, 600 m2 supplémentaires viennent d'être loués par la librairie pour y déplacer l'espace jeunesse Polymômes à compter du 1er septembre prochain. L'espace actuel de Polymômes deviendra une papeterie, vente de matériel de beaux-arts et reprographie, « qui était le 1e métier de Sauramps », rappelle la directrice générale.

Les travaux de rénovation du magasin du centre-ville interviendront en coordination avec les propriétaires des murs.

Bientôt des cafés littéraires

Quant à la librairie d'Odysseum, les réaménagements sont toujours à l'étude pour « rendre le lieu plus attractif, faire revenir les jeunes », préconise François Fontès.

« Seuls 2000 m2 sur les 3000 sont commercialement exploités,ajoute Florence Doumenc.L'objectif serait de récupérer de la surface de vente sur les fonctions supports et la logistique, qui elle, serait délocalisée sur notre site de Mauguio. »

Quant à l'idée d'ouvrir un café littéraire dans chacun des deux magasins, elle est toujours d'actualité, « pour que les gens réinvestissent la librairie comme un lieu commercial mais aussi comme un lieu où on prend du plaisir », souhaite François Fontès.

Commercialement, les repreneurs ont notamment exigé un axe de développement : les collectivités (lycées, collèges, écoles, bibliothèques, etc.).

«Sauramps n'allait plus sur ce secteur alors qu'il y a du potentiel, c'était une erreur, commente la directrice générale.Nous avons aussi une mission au plan de l'éducation et j'y tiens beaucoup. Nous nous attelons à reconquérir ce segment depuis début de l'année en répondant à deux ou trois appels d'offres par semaine, comme par exemple celui portant sur 15 lots du nouveau marché à l'échelle de la région Occitanie. Et nous avons élargi notre périmètre d'intervention sur tout le grand sud, de Bordeaux jusqu'à Lyon. »

Le défi du digital

Mais le « Sauramps nouveau » passera par l'élaboration d'un projet renouvelé pour la librairie, tenant compte des exigences digitales qui s'imposent à tous les secteurs d'activité, y compris celui de la librairie.

« Le problème majeur pour la librairie indépendante, c'est la concurrence presque déloyale d'Amazon,énonce François Fontès. Je pense que l'avenir n'est pas à ce modèle-là, tout digital, mais à un ancien modèle revivifié, car le contact humain est essentiel. Certaines librairies indépendantes s'en sortent bien, comme la librairie Mollat à Bordeaux. »

Le curseur est posé, l'exemple à suivre donné. Les repreneurs attendent des propositions de la part des salariés de la librairie.

« Aujourd'hui, on peut commander sur internet, et à la fin du mois d'avril, on pourra récupérer en magasin,indique Florence Doumenc. Dès ce mois d'avril également, nous avons confié à une entreprise prestataire le développement de la communication sur les réseaux sociaux. Sauramps est un acteur culturel important et il faut le faire savoir. Il faut réveiller la belle endormie ! »

En attente d'innovation

Mais Julien Doumergue s'inquiète et rapporte un point d'achoppement dans le processus de rénovation du modèle : « Les repreneurs ont rempli leur part de marché et en retour, ils attendent des idées, une révolution des méthodes de vente. Or dans la librairie, on n'est pas dans la culture de projet... ».

À lire également

  • Florence Doumenc est nommée directrice générale des librairies Sauramps
  • Rentrée, budgets, travaux : Barascud dresse la feuille de route de Sauramps
  • Sauramps : le tribunal retient finalement l’offre d’Amétis

La directrice générale est plus optimiste : « François Fontès et Bertrand Barascud sont des développeurs et ils attendent en effet des salariés de Sauramps qu'ils soient innovants. Il faut que les collaborateurs sortent du cadre, alors qu'ils sont habitués depuis un long moment maintenant à gérer des difficultés. Mais je suis confiante, ce sont des gens passionnés et engagés ».

Elle évoque dans le même temps le travail sur la gestion qui est mené pour améliorer l'outil et se moderniser.

«Nous avons ré-informatisé tout le parc de tous les magasins et sites administratif et logistique. En cinq semaines, tout le monde aura été formé. Et nous travaillons sur le système de facturation avec un nouveau logiciel de dématérialisation qui nous fera gagner en temps et en fiabilité. Les librairies éditent quand même près de 3 000 factures d'achat par mois !»

« Une ambition peut-être folle »

Les projets de développement élaborés par les salariés passeront entre les mains de consultants spécialisés dans le secteur de la librairie

«Les équipes, qui sont formidables, font des propositions pertinentes mais différenciées, et nous avons la prudence de dire qu'il faut les faire valider par des gens experts, affirme François Fontès.Sauramps, c'est une ambition peut-être folle mais que Bertrand et moi ne soyons pas des spécialistes est une bonne chose. Nous faisons des paris, nous relevons des enjeux sociétaux, c'est notre ADN. Nous avons réussi sur le logement social en montrant qu'il était possible de faire de la qualité. Si nous réussissons avec Sauramps à Montpellier, il n'est pas exclu que nous en ouvrions d'autres ailleurs en France !»

Cécile Chaigneau

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