Pourquoi Pierre Mestre (Orchestra) assure être le meilleur candidat à la reprise de Toys’R’Us

Pierre Mestre, P-dg du groupe Orchestra
Christine Caville

Pierre Mestre, P-dg du groupe Orchestra
Christine Caville
Le tribunal de commerce d'Evry a examiné le 3 octobre les offres des trois candidats à la reprise de la filiale française de Toys'R'Us (53 magasins, 1 167 salariés), en redressement judiciaire depuis fin juillet. Sa décision est attendue ce lundi 8 octobre.
Le géant américain du jouet Toys'R'Us, en graves difficultés financières, avait mis en liquidation ses 735 magasins aux États-Unis, en mars 2018, après avoir échoué à trouver un repreneur mais aussi à conclure un accord portant sur la restructuration de sa dette de plusieurs milliards de dollars.
Pour éviter ce funeste destin, la filiale française du groupe a préféré se placer en redressement judiciaire en juillet dernier, et chercher un repreneur.
Parmi les trois candidats au rachat, on compte la Financière Immobilière de Bordeaux (FIB), fonds spécialisé en immobilier commercial et dirigé par Michel Ohayon, par ailleurs connu pour avoir repris, début 2018, quelque 22 magasins Galeries Lafayette en régions. Le 2 octobre, le tribunal de commerce de Paris a validé le plan de continuation du groupe Ludendo, propriétaire de l'enseigne de distribution de jouets La Grande Récré, porté par Jean-Michel Grunberg, le P-dg de l'enseigne, soutenu financièrement par FIB. Avec sa candidature au rachat de Toys'R'Us, Michel Ohayon ambitionne de créer un champion du jouet en fédérant les deux chaînes sous la bannière de La Grande Récré.
Deuxième candidat : le consortium Jellej Jouets, associant la famille Lesaffre (production de levures à Marcq-en-Baroeul), la petite enseigne nordiste Picwic (famille Mulliez, fondateur du groupe Auchan), ainsi que le fonds Cyrus Capital Partners, l'un des fonds créanciers des entités américaines du groupe Toys'R'Us.
Le 3e candidat à la reprise de Toys'R'Us est Pierre Mestre, fondateur à Montpellier et P-dg du groupe Orchestra (spécialisé dans la vente d'articles de puériculture et de prêt-à-porter pour enfants), à titre personnel.
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Pierre Mestre se tourne alors vers l'enseigne King Jouet, 3e acteur français du jouet, et une collaboration démarre pour installer du jouet dans les magasins Orchestra et inversement des vêtements pour enfants et de la puériculture dans les King Jouet, via des accords de franchises réciproques.
Pour Pierre Mestre, l'avenir est à cette formule, liée à la complémentarité de l'offre et à la convergence des formats de magasins : « Cela nous a permis de confirmer que le jouet, la puériculture et les vêtements pour enfants permettaient d'augmenter très sensiblement la rentabilité des magasins ».
Son autre argument stratégique, c'est la saisonnalité du jouet, la moitié du chiffre d'affaires des magasins spécialisés se faisant entre novembre et décembre : « Il faut désaisonnaliser les ventes ».
Pourquoi Pierre Mestre s'intéresse-t-il à Toys'R'Us ?
Leur première offre portait sur le maintien de 38 magasins (sur les 53) et la reprise de 80 % des effectifs. Elle a été améliorée le 28 septembre, pour monter à 43 magasins et 91 % des effectifs travaillant dans les entrepôts, les bureaux et le réseau de magasins.
« Je suis le mieux-disant financièrement et socialement, assure Pierre Mestre. J'ai besoin des compétences de Toys'R'Us, du siège comme de l'entrepôt. »
Sur le volet économique, le Montpelliérain déroule les vertus de son projet : « C'est le projet le plus pérenne car il répond aux problématiques de saisonnalité et de concurrence digitale, qui pèse 20 % du marché du jouet. Chez Orchestra-Prémaman, nos propres marques, qui représentent par exemple 40% de ce qu'on vend en puériculture, nous permettent de ne pas être prisonniers d'une concurrence digitale car elles ne sont vendues que chez nous. Quand un magasin de jouets vendra des produits Orchestra-Prémaman, son chiffre d'affaires sera moins impacté par la concurrence du digital.»
Le chef d'entreprise réfléchit aussi en termes de techniques de vente. Il s'intéresse notamment au savoir-faire de Toys'R'Us en matière de « ship from store », un mode livraison par lequel un distributeur phygital disposant d'une offre e-commerce et d'un réseau de points de vente physiques livre ses clients à partir de ses magasins et non à partir d'une plateforme d'entreposage.
Concernant les offres concurrentes, Pierre Mestre reste évasif, mais évoque une interrogation : « Sachant que le projet de l'enseigne Picwic est d'avoir une seule marque, je m'interroge sur le devenir des 9 magasins qui se retrouveraient alors en doublon et des 200 salariés concernés ».
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Quand on pointe le bilan financier de son entreprise, Pierre Mestre fait remarquer, qu'avec 38 M€ d'ebitda soit 6,5 % de son CA en 2017 et avec un objectif de 5 à 6 % 2018, il a « l'un des meilleurs excédents bruts d'exploitation du métier » : « Dans ce marché difficile, notre performance a certes baissé mais c'est l'une des meilleures du marché ! ».
Le Montpelliérain fera-t-il le poids face aux puissances financières des deux autres candidats ?