LA TRIBUNE - Le 14 octobre dernier, la ministre du Logement Emmanuelle Wargon a qualifié les maisons individuelles de « non-sens écologique, économique et social », assurant que le modèle du pavillon avec jardin n'était plus « soutenable » en France. Avant de rétropédaler. Est-ce la déclaration de trop ?
CELINE TORRES-GUITARD, présidente du pôle Habitat de la FFB dans l'Hérault - Je suis choquée par les annonces qui se succèdent de la part d'un gouvernement qui a manifestement décidé de briser tous les rêves, dont celui de devenir propriétaire d'une maison pour y loger sa famille. Le droit d'habiter librement le logement de son choix est une liberté essentielle. Or, par la voix d'Emmanuelle Wargon, posséder une petite maison avec son jardinet est devenu un crime, une forme d'écocide... J'avoue ne pas comprendre et je reste dubitative face à cette absence totale de considération pour les aspirations les plus simples de nos concitoyens. Il ne faut pas opposer le logement collectif à la maison individuelle. Je rappelle que la maison individuelle demeure l'idéal de vie des Français, à un moment de leur vie, pour 75% d'entre eux !
Où en est le marché de la maison individuelle aujourd'hui en Occitanie ?
La maison individuelle est en baisse : il y a 10% d'ouvertures de chantiers en moins, mais on a plus de demandes. Ce qui signifie que les gens souhaitent de la maison individuelle mais on n'a plus de foncier disponible et on n'est donc pas en mesure de répondre à la demande. Les chiffres (voir encadré ci-dessous) ne représentent pas la demande qu'on reçoit.
N'est-il pas cependant légitime d'interroger la façon d'urbaniser, de consommer du foncier ou d'utiliser son véhicule pour rejoindre son lieu de travail quand on habite loin ?
Bien sûr que ces questions sont légitimes, mais les aménageurs ont vraiment pris conscience de leur responsabilité écologique. On sait respecter, on sait compenser en créant des espaces verts. Il y a confusion : depuis Paris, on pense la maison individuelle comme celle de nos grands-parents ! Mais on ne construit plus de la même façon, et d'ailleurs, certains aménageurs aujourd'hui ne sont pas fiers de ce qui a été construit il y a 30 ans. On ne bâtit plus de maison sur 3.000 m² de terrain, ni même sur 1.500 m2. La maison individuelle édifiée sur une parcelle de lotissement de 500 m² est même devenue un luxe inabordable pour la plupart des ménages. La maison d'aujourd'hui est construite sur un terrain de 150 à 250 m², souvent accolée à d'autres maisons en bande, et son jardin dépasse rarement les 50 à 100 m²... Et on sait construire propre, avec des matériaux biosourcés, les chantiers ne sont plus conduits comme avant, on sait faire des maisons qui s'auto-suffisent avec des panneaux solaires ou des puits canadiens... Ce qui me dérange, c'est qu'on impose un mode de fonctionnement qui va à l'encontre de ce qu'attendent les Français, et qui va produire l'inverse de ce qu'on veut : pour avoir leur maison individuelle, les gens vont aller construire en zone C, éloignée des centres-villes, et devront donc prendre leur voiture pour aller travailler dans les villes ou les métropoles. Aujourd'hui, j'ai des clients qui travaillent à Montpellier et qui sont prêts à aller vivre dans le Gard...