INTERVIEW - Alors que les femmes représentent moins de 30% des effectifs dans le numérique, le cluster montpelliérain La Mêlée tire la sonnette d’alarme avec son Livre blanc : "Femmes et numérique : état d’urgence, 25 propositions pour les entreprises et les collectivités". Car il y a urgence à agir pour un monde digital égalitaire et inclusif.Réseau d'acteurs du numérique en Occitanie, la Mêlée accompagne la transformation digitale des entreprises et organisations avec des valeurs paritaires et intrusives. Au printemps dernier, le cluster montpelliérain a organisé deux journées de conférences et débats sur le thème "Femmes et Numérique". Ces échanges, qui ont réuni 33 experts, ont donné lieu à l'écriture d'un livre blanc, "Femmes et numérique : état d'urgence, 25 propositions pour les entreprises et les collectivités", publié à la mi-octobre, à l'occasion des cinq ans d'existence de La Mêlée à Montpellier.
Rencontre avec son auteur, Anne-Sophie Calais, consultante innovation et développement Dynnov, membre de la Mêlée Montpellier.
LA TRIBUNE : Quelle est la genèse de ce livre blanc ?
ANNE-SOPHIE CALAIS : Lors des deux évènements organisés en mars et avril dernier sur le thème des femmes et du numérique, les interventions et les keynotes de 33 experts du digital ont révélé une situation d'urgence qui nous a interpellés. Edouard Forzy, le président de la Mêlée, et Amandine Raynaud, responsable du cluster montpelliérain, m'ont alors sollicitée pour faire la synthèse de ces échanges. De là est né le Livre blanc.
Quelle est cette situation d'urgence que vous évoquez ?
Les chiffres sont éloquents : alors qu'on comptait en France 30% de femmes dans les fonctions techniques du numérique en 1980, elles ne sont plus que 15% en 2021 ! Contrairement aux autres pays européens, qui ont enregistré une augmentation de +18% entre 2013 et 2018, ce déficit féminin est une exception française qui va s'accentuer en l'absence de mesures concrètes. On le voit d'ailleurs dans les formations académiques et les écoles d'ingénieurs où les effectifs féminins sont en baisse constante.
Alors que le numérique irrigue toute la société, comment analyser cette dégradation ?
Plutôt que d'expliquer les causes, les 33 experts se sont attachés à pointer les externalités négatives de ce déficit. Et elles sont nombreuses : manque de profils féminins dans le secteur IT/numérique - 10% en université, 8% en IUT et BTS -, déficit de création d'entreprises par les femmes, stéréotypes genrés qui perdurent... Penser que "le cerveau des filles n'est pas fait pour les métiers de l'informatique et du digital" est un cliché persistant. C'est oublier que la pionnière informatique s'appelait Ada Lovelace et que c'est Grace Hooper qui a conçu le premier ordinateur en 1951. A cela s'ajoutent des biais cognitifs : 100% de l'intelligence artificielle est conçue par des hommes, ce qui signifie que les algorithmes, logiciels et applications excluent les perceptions et représentations de la moitié de la population ! Il s'agit là d'une altération de la représentativité de la démocratie.
Propos recueillis par Valentine Ducrot