Magali Boisseau-Becerril lâche dans un soupir : « J'ai l'impression d'être en apnée depuis trois ans ! ».
Le 30 novembre, alors qu'elle avait réuni quelque 160 personnes au Marché du Lez à Montpellier pour célébrer les 10 ans de son entreprise BedyCasa, la jeune femme, lâche une nouvelle qui crée une immense surprise : BedyCasa a été rachetée à la barre du tribunal de commerce le 10 novembre dernier.
Rien n'avait filtré de l'ampleur des difficultés auxquelles la fondatrice de l'entreprise, spécialisée dans la location d'hébergement chez l'habitant, dit avoir été confrontée. Elle résume les trois dernières années, passées à sauver ce qui pouvait l'être et à chercher un repreneur, par une « traversée de l'enfer ».
Que s'est-il passé pour que, malgré des apparences sauvegardées, l'entreprise finisse à la barre du tribunal ?
Ce n'est pas tant le modèle économique initial qui est remis en cause que des divergences importantes au sein de l'actionnariat.
Les relations avec cet actionnaire, dont elle préfère taire le nom, se dégradent rapidement. S'en suivent une vingtaine de départs de salariés en quinze mois, quelques ruptures conventionnelles mais surtout des licenciements économiques. La dirigeante parle de « quelque chose de violent »... En octobre 2015, ils ne sont plus que trois à travailler chez Bedycasa.
Le tour-opérateur Verdier Voyages approche alors l'entreprise montpelliéraine. Un « deal » est proche d'être conclu mais finalement n'aboutit pas.
Créée à Montpellier en 1996, l'entreprise Langue Sans Frontières (LSF) est dirigée depuis 2016 par Marc Lavigne Delville (ancien fondateur et dirigeant de Adthink Media, à Lyon). École de « français langue étrangère », elle propose l'apprentissage du français à des étrangers qui en ont besoin pour leurs études, dans un cadre professionnel ou simplement pour le plaisir (2 500 apprenants dans 80 pays).
Depuis le 10 novembre, LSF est donc l'actionnaire majoritaire de la nouvelle société Bed & Learn, aux côtés entre autres de deux business angels, dont Yves Peïs, actionnaire des débuts de BedyCasa (et primo-actionnaire de Price Minister) qui a souhaité revenir au capital.
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Magali Boisseau-Becerril, quant à elle, a obtenu du tribunal de pouvoir reprendre 10 % des parts de sa société. Elle s'occupera des volets opérationnel, communication digitale, business développement et projets web, tandis que Marc Lavigne Delville prendra en charge la gestion et les finances.
Bed & Learn exploitera les deux marques BedyCasa et BedyLingua. La fondatrice de BedyCasa détaille le projet : « Nous allons continuer l'activité mais plus largement, et développer l'économie collaborative adossée à l'apprentissage linguistique. L'idée, c'est de mettre en relation voyageurs et hébergeurs sur une plate-forme d'intermédiation. BedyLingua existe déjà, c'est le projet que je voulais développer avec l'opération de crowdfunding, et qui finalement n'avait pas abouti... »
Le projet démarre dès maintenant, avec le lancement d'une version-pilote sur Montpellier, Madrid et Dublin, dont le modèle économique reposera également sur le principe du commissionnement.
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Chacune des deux entreprises restent dans ses locaux. LSF (1,25 M€ de CA en 2015-2016, 1,8 M€ en 2016-2017) emploie 15 personnes et jusqu'à 40 professeurs vacataires en période de forte activité. Bed & Learn emploie désormais 8 personnes, et des passerelles seront établies entre les deux sociétés pour trois salariés de LSF.
Magali Boisseau-Becerril sort du tunnel. Elle témoigne avoir toutefois reçu beaucoup de soutien dans les temps les plus difficiles.
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