TOURISME (3/4) – Aux portes de l’été, les professionnels du tourisme sont partagés entre enthousiasme à la perspective d’une saison qui s’annonce bonne, et inquiétude face aux difficultés de recrutement de personnels. La menace est sérieuse et pourrait les obliger à réduire leur activité faute de salariés. Tour d’horizon en Occitanie où le compteur touristique affiche habituellement quelque 100.000 salariés, jusqu’à 134.000 au mois d’août…On le répète à l'envi dans les cercles économiques régionaux : le tourisme est la deuxième économie de l'Occitanie après l'agroalimentaire, pourvoyant 15,9 milliards d'euros de chiffre d'affaires (10% du PIB) et environ 100.000 emplois lissés sur l'année, jusqu'à 134.000 en août... Les professionnels, très optimistes au vu des belles perspectives que laissent entrevoir les taux de réservations dans les hébergements touristiques, affûtent leurs services et leurs produits pour optimiser au mieux la saison.
Mais un paramètre vient toutefois gâcher cette dynamique et distiller de l'inquiétude : la capacité de chacun à aligner du personnel en nombre suffisant pour faire face à l'activité estivale attendue.
« Ce n'est pas encore tout à fait avéré mais cet été, certains hébergeurs et restaurateurs risquent d'avoir un vrai problème et ne pas pouvoir ouvrir en pleine capacité parce qu'ils n'auront pas le personnel nécessaire »,note Jean Pinard, le directeur du Comité régional de Tourisme et de Loisirs d'Occitanie (CRTL) Occitanie, bras armé de la Région Occitanie sur le tourisme.
Selon les chiffres de la collectivité, l'Occitanie est la 3e région de France en nombre de saisonniers (derrière la Corse et la Nouvelle-Aquitaine) : en 2021, 43% des intentions d'embauche étaient saisonnières (contre 32% à l'échelle nationale). Trois départements se démarquent par une saisonnalité touristique et agricole importante : le Tarn-et-Garonne (63%), les Pyrénées-Orientales (61%) et l'Aude (61%).
« Quelque chose de schizophrène »
Brice Sannac est hôtelier à Banyuls-sur-Mer et président de l'Union des Métiers et des Industries de l'Hôtellerie des Pyrénées-Orientales (UMIH 66). Lui aussi a déjà perçu les signaux encourageants de la saison estivale 2022 mais se dit très préoccupé par les questions de recrutements. Mais pour la saison 2022, il lui manque encore deux femmes de chambre, un plagiste et un serveur.
« On sent une saison qui s'annonce positive sur le papier, avec de beaux taux de réservation dans nos établissements, mais les RH sont LE gros point noir !,analyse-t-il début juin.Il y a dans cette période quelque chose de schizophrène : beaucoup de monde qui appelle pour venir manger dans les restaurants et dormir à l'hôtel mais pas le personnel... Notre crainte, c'est la perte de 20 à 25% de chiffre d'affaires car on ne pourra pas ouvrir toutes les chambres ni les restaurants à tous les repas faute d'équipes ! C'est un crève cœur ! Dans les Pyrénées-Orientales, il y a entre 3.000 et 4.000 postes vacants dans le tourisme, et environ 45.000 chômeurs : il y a donc quelque chose d'ubuesque à ne pas trouver des femmes de chambre, des plagistes, des serveurs, des cuisiniers... »