Quand la Fed s'alarme des conséquences de sa politique trop accomodante
Pierre Manière
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune
Pierre Manière
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune
La politique de liquidités à bon compte des Etats-Unis risque-t-elle d'accoucher de nouvelles bulles spéculatives? Oui, et c'est la Fed elle-même qui en convient. En publiant la semaine dernière les minutes de son Comité de politique monétaire des 29 et 30 janviers, la banque centrale américaine a évoqué "l'inquiétude" de certains de ses membres vis-à-vis de sa politique dite de "quantitative easing" ("assouplissement monétaire").
Initié en 2008, ce programme repose sur l'achat de centaines de milliards de dollars de titres adossés à des créances hypothécaires et de bons du Trésor. Depuis septembre, la Fed achète ainsi chaque mois en moyenne 85 milliards de dollars de ces actifs. En maintenant parallèlement ses taux proches de zéro, elle souhaite ainsi pousser les banques à réactiver le levier d'un crédit grippé par la crise, et favoriser ainsi la reprise de l'économie.
Or, selon les minutes, certains membres de la banque centrale ont jugé que "la poursuite de ces rachats pourrait encourager les marchés à adopter un comportement susceptible de saper la stabilité financière". Ce qui, en d'autres termes, pousse l'institution à mettre un terme plus tôt que prévu à cette politique de soutien.
Un bilan multiplié par trois
À lire également
Cette annonce a immédiatement jeté un froid sur les marchés. Le même jour, le Dow Jones et le Nasdaq ont lâché respectivement 0,77% et 1,53%. Et pour cause : jusqu'à présent, la Fed avait promis de tenir le cap de sa politique monétaire tant que le taux de chômage serait au-delà des 6,5% -contre 7,9% actuellement-, et que l'inflation serait maîtrisée. Le problème, c'est que la reprise américaine n'est pas aussi bonne qu'espérée. Aussi, selon plusieurs spécialistes sondés par La Tribune, un réel recul du chômage pourrait bien prendre deux voire trois ans... Pour les responsables de la Fed, il n'est visiblement pas imaginable de continuer aussi longtemps dans cette voie, qui, en définitive, revient à faire tourner la planche à billets en inondant l'économie de liquidités.
Pierre Manière