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La Chine, dernière victime de la stratégie « allemande » de l'Europe

Romaric Godin

Publié le 23 mai 2013 à 16:26

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La panique qui s'est emparée des marchés jeudi n'était peut-être pas injustifiée. Elle trouve en tous cas son origine dans la contagion à la Chine de la crise européenne...

Les investisseurs japonais ont-ils sur-réagi ce 23 mai à Tokyo en provoquant un mini-krach boursier ? Faut-il n'y voir qu'un effet secondaire de l'abondance des liquidités déversées sur l'Archipel par la Banque du Japon qui a créé une bulle vouée à éclater ? Il y a sans doute là du vrai, car la hausse des marchés ces dernières semaines avait un aspect irréaliste. Mais réduire ce vent de panique nippon a un simple effet spéculatif serait passer à côté de l'essentiel, autrement dit à côté de l'enjeu chinois.

Le rôle de la Chine dans la reprise mondiale

C'est en effet la chute inattendue de l'indice d'activité industrielle chinois qui a été le grain de sable qui a fait trembler cette nuit le quadrilatère de béton gris qui borde l'avenue Kabuto-Chô et qui abrite la Bourse de Tokyo. Pourquoi ? Parce que le moteur chinois est aujourd'hui le seul capable de faire repartir l'ensemble de la machine économique mondiale. Nul ne peut en effet imaginer que les planches à billet en action aux Etats-Unis et au Japon ne suffisent en elles-mêmes à alimenter une reprise. Ce ne sont que des « générateurs de secours » qui permettent de maintenir l'activité le temps que les économies puissent disposer d'une dynamique propre. Or, seule la demande chinoise peut-être aujourd'hui en mesure de jouer le rôle d'entraînement nécessaire. Que le moteur chinois vienne à caler, et alors les banques centrales nippones et américaines seront condamnées à maintenir cette croissance « artificielle », jusqu'à perdre leur crédibilité et, in fine, leur capacité d'agir. Dans ce cas, les économies de ces pays entreraient dans une zone hautement dangereuse.

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Mais que dire de l'Europe ? Le Vieux continent serait également frappé de plein fouet par un ralentissement chinois. Rappelons que toute la stratégie menée dans la zone euro depuis 2010 consiste à améliorer la compétitivité extérieure de ses pays membres par une compression de la demande des ménages et de l'Etat. La croissance ne peut donc venir que des exportations. Un regard panoptique sur les prévisions de la Commission européenne pour 2014 suffira à s'en convaincre. La croissance prévue par Bruxelles rebondit assez nettement en passant de -0,1 % cette année à 1,4 % l'an prochain. Par quel miracle ? Par celui des exportations. « Les exportations mènent la croissance cette année », indique Bruxelles. Le flot continu d'exportations viendra irriguer les profits des entreprises qui pourront ensuite investir et embaucher et, ainsi, relancer la consommation. Mais d'où diable viendra la demande extérieure ? Evidemment de Chine qui, depuis plusieurs années est le principal moteur de la croissance des exportations européennes et singulièrement allemandes. Autrement dit, si la Chine cale, ce scénario rêvé de la Commission s'effondrera comme un château de cartes. Et la zone euro sera condamnée à demeurer dans l'abîme de la récession. C'est dire si la panique de la Bourse de Tokyo n'était pas entièrement dénuée de fondements raisonnables.

Romaric Godin

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